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La Grande Tabagie de 1603, vrai début de la présence française au Canada

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

En reprise tout l'été
Du lundi au vendredi de 23 h 30 à minuit

La Grande Tabagie de 1603, vrai début de la présence française au Canada

 Pointe-aux-Alouettes de Baie-Sainte-Catherine, dans Charlevoix.

Le traité de la Grande Alliance, ou la Grande Tabagie de 1603, a eu lieu à la Pointe-aux-Alouettes de Baie-Sainte-Catherine.

Photo : Radio-Canada / Benoit Jobin

Sans cette alliance historique, conclue à Tadoussac entre les Français et les Premières Nations, la fondation de Québec en 1608 n'aurait peut-être pas été possible. Elle a donné le feu vert à la colonisation du territoire de la région en échange d'un engagement militaire contre les ennemis jurés des Innus, les Iroquois. L'historien Éric Bédard raconte à Jacques Beauchamp que cette nouvelle lecture des débuts de la Nouvelle-France résulte d'une volonté de tenir compte de la perspective autochtone.

Reconstitution du poste Chauvin à Tadoussac.

Reconstitution du poste Chauvin à Tadoussac.

Photo : iStock

En 1603, la seule installation française permanente au Canada est le poste Chauvin, inauguré trois ans plus tôt. Seize artisans y sont installés, notamment pour sécher et transporter la morue, objet de la première traite locale, mais aussi pour développer le commerce florissant de la fourrure. De ces seize hommes, neuf meurent dès le premier hiver. La traite se poursuit néanmoins jusqu’à la mort de Pierre Chauvin, détenteur du monopole de traite émis par Henri IV, en 1603.

Gravure représentant Samuel de Champlain.

Avant de fonder Québec en 1608, Samuel de Champlain a été de l'expédition ayant mené à la Grande Tabagie de 1603.

Photo : Hulton Archive/Getty

La relève arrive

Le 26 mai de la même année, une petite expédition dirigée par le navigateur François Gravé du Pont accoste à Tadoussac. L’équipage est notamment composé du cartographe Samuel de Champlain, mais aussi de deux Innus qui avaient passé l’année en France. Ces derniers servent d’interprètes et de guides au cas où l’expédition tournerait mal.

Sur l’autre rive du Saguenay, ils distinguent au loin les lumières d’une grande fête. Il s’agit de la coalition laurentienne, soit des représentants innus, anichinabés, malécites et autres Premières Nations de la vallée du Saint-Laurent, rassemblée pour fêter une victoire contre les Iroquois. Dans un récit, Samuel de Champlain signale la présence de scalps sanguinolents sur place.

Le 27 mai, l’expédition française rejoint la fête, et les interprètes innus racontent ce qu’ils ont vécu en France.

Il paraît qu’il y a un silence, que les gens écoutent, sont fascinés. Ces Innus sont arrivés sur des îles flottantes – c’est ainsi que les Amérindiens voyaient les bateaux au départ. À la suite de quoi le grand chef, Anadabijou, se serait levé et aurait dit à Champlain et à Gravé du Pont : "Vous êtes les bienvenus ici, vous pouvez peupler ces terres si vous le souhaitez, mais à une condition : vous allez combattre nos ennemis à nos côtés."

Éric Bédard

Entente de raison

Minoritaires, les Français n’ont d’autre choix que d’accepter, même s’ils n’ont, à ce moment, aucun désir de conquête ni de violence. Les Autochtones, eux, voient probablement que les Français ont des armes à feu.

Six ans plus tard, Champlain tient promesse en allant combattre les Iroquois sur les rives du lac qui portera plus tard son nom, dans ce qui deviendra l’État de New York. Les colons français restent les ennemis des Iroquois jusqu’au traité de la Grande Paix de Montréal, en 1701.

Dessin en noir et blanc relatant l'attaque de Samuel de Champlain et des Innus contre les Iroquois sur les rives du futur lac Champlain, le 29 juin 1609.

Illustration de l'attaque des Innus et des Français, dont Samuel de Champlain, contre les Iroquois sur les rives du futur lac Champlain, le 29 juin 1609

Photo : Getty Images / MPI

Amicale au départ, la relation entre Premières Nations et Français se complique au fil de l’expansion coloniale et des demandes de ses instigateurs. Les Autochtones, de leur côté, saisissent mal le concept de monopole, sous-entendu par l’entente de la Grande Tabagie, et continuent de traiter avec les commerçants basques, portugais, espagnols et anglais.

Les limites d’un récit

Selon Éric Bédard, ce récit montre qu’à l’instar de la démarche d’Henri IV, dont Samuel de Champlain était l’émule, les premiers colons n’avaient guère de désir d’asservissement des Premières Nations.

Il traduit aussi le grand problème entourant la fondation de la Nouvelle-France : on n’en conserve réellement qu’un seul point de vue, celui de Champlain. Le point de vue autochtone, lui, s’est perdu dans la tradition orale et ne se souvient que de la fondation de Québec, vécue comme une dépossession.

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