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Le marxisme-léninisme en Acadie, un mouvement éphémère, mais important

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30

Le marxisme-léninisme en Acadie, un mouvement éphémère, mais important

Une faucille et un marteau formant l'emblème communiste sur une table de bois.

Une faucille et un marteau formant l'emblème communiste sur une table de bois

Photo : iStock

Durant les années 1970, les militants communistes ont été de toutes les luttes syndicales et nationalistes visant à améliorer les conditions de vie des Acadiens, à une époque où ceux-ci étaient particulièrement vulnérables économiquement. Puis, ils ont disparu aussi vite qu'ils sont apparus, stigmatisés et désillusionnés. Philippe Volpé, chercheur et auteur, raconte à Jacques Beauchamp que l'émergence du marxisme-léninisme acadien a coïncidé avec celle du nationalisme acadien.

Au début des années 1970, le keynésianisme et les vagues de rationalisation, d’urbanisation et d’industrialisation d’après-guerre ont laissé des marques dans la Péninsule acadienne. Dans les secteurs de la pêche et des forêts, notamment, les emplois se font rares. Le nord-est du Nouveau-Brunswick a un taux de chômage deux fois plus élevé que la moyenne nationale, atteignant parfois 19,5 %. Certaines communautés comptent jusqu’à 30 % d’assistés sociaux.

Un terreau fertile pour la contestation

Pour ceux qui ont un emploi, la situation n’est pas toujours plus reluisante. Les mauvaises conditions de travail sont à la source de blessures, et les salaires sont si bas que le chômage devient un choix avantageux. C’est ce qui pousse les employés de l’usine Cirtex, sous propriété japonaise, à déclencher une grève qui dure 13 mois.

Ces remous mènent à la fondation du Parti acadien, de la revue de gauche L’acayen, de conseils régionaux d’aménagement et du Front de libération de l'Acadie.

Fondation du Parti acadien en 1971.

Fondation du Parti acadien en 1971

Photo : Centre d'études acadiennes via collections.musee-mccord.qc.ca

Il y a une convergence entre les questions économiques et nationales. Les Acadiens sont défavorisés en raison de leur statut socioculturel. On lit Albert Memmi, Frantz Fanon, Jacques Berque… […] Être pauvre, au Nouveau-Brunswick, c’est un peu être francophone. Le grand mot d’ordre, c’est de libérer l’Acadie. Il faut l’émanciper de son oppresseur. L’oppresseur est le méchant anglophone, qui sera tantôt incarné par l’État ou par les industries.

Philippe Volpé

D’un parti à l’autre

Voué à la décolonisation des francophones des Maritimes, le Parti acadien compte notamment des partisans marxistes-léninistes. Ces derniers souhaitent habiliter politiquement les francophones et s’opposent à la politique d’aménagement territorial du gouvernement, qui consiste à dégarnir les régions au profit des villes afin de simplifier l’administration des services. Ils favorisent plutôt le développement régional par l’ouverture de jardins communautaires, de comptoirs alimentaires et de coopératives.

De fil en aiguille, l’idéal de la lutte des classes prend le pas sur celui de la décolonisation. La question de l’affirmation acadienne devient secondaire à la lutte globale contre le capitalisme. Le coup d’État du 11 septembre 1973 au Chili avive l’idéal révolutionnaire.

Les militants marxistes-léninistes rejoignent en bloc la Ligue communiste (marxiste-léniniste) du Canada, qui devient le Parti communiste ouvrier. Lors de la crise du hareng, en 1979, marquée par l’opposition des petits pêcheurs côtiers aux pêcheurs hauturiers, ils font des grèves tournantes, bloquant l’accès aux quais.

Un bateau bat le pavillon acadien dans un port de Caraquet, au Nouveau-Brunswick.

Port de pêche à Caraquet, au Nouveau-Brunswick

Photo : iStock

Une étiquette qui fait mal

L’Union des pêcheurs des maritimes (UPM) sort minée de son affiliation avec le Parti communiste ouvrier. Une centrale syndicale de Moncton refuse l’accès à ses membres et la Fédération des travailleurs et travailleuses du Nouveau-Brunswick menace de désaffilier l’UPM. Les préjugés forcent les partisans à militer dans la clandestinité.

En 1983, il ne reste plus rien du mouvement marxiste-léniniste. Le peu de gains obtenus au fil des ans, la dureté de la lutte et la découverte des crimes commis en Chine au nom du maoïsme achèvent de désengager même les plus convaincus.

Selon Philippe Volpé, les marxistes-léninistes d’hier ont pu tirer profit de leurs apprentissages dans d’autres combats, comme le féminisme, l’écologie, le syndicalisme et la coopération internationale.

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