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La crise de Saint-Léonard, ou le début du conflit linguistique au Québec

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30

La crise de Saint-Léonard, ou le début du conflit linguistique au Québec

Reggie Chartrand et Raymond Lemieux accompagnent un groupe de manifestants tenant des pancartes le 10 septembre 1969.

Le leader séparatiste Reggie Chartrand et le chef du Mouvement pour l’intégration scolaire, Raymond Lemieux, à la tête de la manifestation de Saint-Léonard, le 10 septembre 1969.

Photo : toronto star via getty images / Garth Pritchard

Le 10 septembre 1969, une manifestation tourne à l'émeute dans le quartier Saint-Léonard, à Montréal. Des francophones et des Italo-Montréalais s'affrontent sur la question de la langue d'enseignement. La cause : une nouvelle directive obligeant les familles à éduquer leurs enfants en français. Julie Noël, historienne, explique à Jacques Beauchamp que cette crise soulevait les problèmes du libre-choix pour les communautés culturelles, mais aussi celui de l'anglicisation des minorités.

Foules entremêlées de manifestants et de policiers lors de l'émeute du 10 septembre 1969 à Saint-Léonard.

L'émeute du 10 septembre 1969 à Saint-Léonard

Photo : Radio-Canada / Bouthillier Photographie

À ce moment, les commissions scolaires québécoises sont encore confessionnelles. Les commissions scolaires catholiques sont surtout fréquentées par des francophones, et les protestantes, surtout par des anglophones.

Lors de la première grande vague d’immigration, à la fin du 19e siècle, le réseau protestant se montre plus accueillant envers les Juifs de langue yiddish. Pour les Italiens, le réseau catholique est un choix plus adéquat, et la Commission scolaire catholique de Montréal accepte de leur enseigner dans des langues autres que le français. Dans certaines paroisses, on trouve même des écoles trilingues.

Le français désavantagé?

Dès les années 1940, une inquiétude se fait sentir quant à l’anglicisation des Québécois issus de l’immigration lorsqu’on constate que 70 % d’entre eux choisissent d’envoyer leurs enfants à l’école anglaise.

Le Comité des Néo-Canadiens est mis sur pied pour trouver des solutions. Offrir des classes de français le soir ou la fin de semaine? Établir un réseau d’écoles trilingues? Comme le réseau anglophone ne veut pas perdre sa clientèle et que la religion est toujours considérée comme le point d’ancrage des commissions scolaires, les négociations achoppent. Entre-temps, la communauté italienne montréalaise grandit pour atteindre 100 000 personnes en 1970.

Un homme est maîtrisé par des policiers lors de la manifestation du 10 septembre 1969 à Saint-Léonard.

L'émeute du 10 septembre 1969 à Saint-Léonard

Photo : Radio-Canada / Bouthillier Photographie

L’unilinguisme l’emporte

En 1969, la pression des résidents francophones de Saint-Léonard et la victoire de partisans de l’unilinguisme aux élections scolaires tranchent le débat : à partir de la rentrée, les élèves de première année de la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM) devront aller à l’école française.

Dans la communauté italo-montréalaise, la décision ne passe pas.

[Les Italiens] voient bien qu’à Montréal, la langue des patrons, c’est l’anglais. Ils voient bien, aussi, que ceux qui travaillent avec eux dans les manufactures sont des francophones. Les francophones sont encore, à bien des égards, des citoyens de deuxième classe. [Les Italiens] veulent être du bon côté de la clôture. Angliciser leurs enfants, c’est cohérent avec leur choix d’immigration.

Julie Noël

Comme des altercations ont lieu à Saint-Léonard dans la foulée du décret, les manifestations sont interdites dans le quartier. La montée du nationalisme québécois et la colère des Italo-Québécois créent une tension palpable.

Policiers et manifestants s'affrontent lors de l'émeute du 10 septembre 1969 à Saint-Léonard.

L'émeute du 10 septembre 1969 à Saint-Léonard

Photo : Radio-Canada / Bouthillier Photographie

L’éclatement

Le 10 septembre, des membres du Mouvement pour l’intégration scolaire, un groupe de parents en faveur de l’unilinguisme, bravent l’interdiction et sortent dans la rue. Des partisans du Saint-Léonard English Catholic Association of Parents, un groupe qui milite pour le libre-choix, suit pour les affronter. Ils sont des milliers dans la rue. Des commerces sont attaqués, 500 policiers sont dépêchés sur les lieux, et la violence éclate.

Impossible réconciliation

Les mesures des gouvernements successifs ne font qu’attiser les tensions. En 1969, l’Union nationale de Jean-Jacques Bertrand réinstaure le libre-choix avec la Loi pour promouvoir la langue française au Québec, mais s’attire les foudres des nationalistes.

En 1975, le Parti libéral de Robert Bourassa adopte la Loi sur la langue officielle. Elle impose aux familles cherchant à accéder au réseau anglais un examen, et établit une distinction entre les familles d’origine britannique et les autres nouveaux arrivants. Pour les nationalistes, c’est une mesure trop peu coercitive. Pour les allophones, c’est un ciblage injuste.

Dans la communauté italienne, des écoles clandestines sont ouvertes pour offrir des cours d’anglais, et ainsi, préparer les élèves au nouvel examen d’anglais prévu par la loi.

Un homme marche devant une voiture de police renversée lors de l'émeute du 10 septembre 1969 à Saint-Léonard.

L'émeute du 10 septembre 1969 à Saint-Léonard

Photo : Radio-Canada / Bouthillier Photographie

La solution péquiste

Selon Julie Noël, cette crise prolongée contribue à la victoire du Parti québécois en 1976. René Lévesque avait promis d’intervenir rapidement, ce qui est fait avec l’adoption de la Charte de la langue française en 1977. L’unilinguisme à l’école redevient de mise pour les enfants des nouveaux arrivants, forçant le réseau protestant à ouvrir des classes francophones, et le réseau catholique à devenir multiethnique.

Il faut attendre l’allègement de la Charte de la langue française, en 1986, pour régulariser le statut de plus de 1000 écoliers qui fréquentaient encore illégalement le réseau anglophone.

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