•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Montaigne, le philosophe du doute et de l’expérience personnelle

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30

Montaigne, le philosophe du doute et de l’expérience personnelle

Le philosophe Michel de Montaigne vers 1580.

Le philosophe Michel de Montaigne vers 1580

Photo : Getty Images / Getty/Hulton Archive/Augustin de Saint-Aubin

Avec ses Essais, il a ouvert la voie à la philosophie française. Conservateur dans sa pratique, mais humaniste avant tout, il privilégiait un raisonnement basé sur l'expérience et le raisonnement critique plutôt qu'une obéissance aveugle de la tradition, de l'autorité et des textes anciens. Claude La Charité, écrivain et professeur de lettres, explique à Jacques Beauchamp que l'œuvre de Montaigne visait d'abord à poursuivre le dialogue avec un ami défunt, Étienne de La Boétie.

Gravure de 1725 représentant Michel Eyquem de Montaigne.

Michel Eyquem de Montaigne sur une gravure datant de 1725

Photo : Getty Images / Hulton Archive

Né Michel Eyquem en 1533 dans le sud de la France, il exerce d’abord la profession de magistrat au Parlement de Bordeaux. À 37 ans, il délaisse sa charge pour se consacrer à l’écriture, mais aussi à la politique. Il est maire de Bordeaux de 1581 à 1585, et mène également des missions diplomatiques pour Henri III et Henri IV en pleine période de guerres de religion. Il présente l’avantage d’être en bons termes avec les deux camps : catholiques et protestants.

Essais réussis

En 1580, il publie Les essais, l’œuvre de sa vie, avec laquelle il dit ne faire qu’un. Il s’agit d’un recueil de courts textes réflexifs portant sur une variété de sujets, des plus futiles aux plus philosophiques : la bonne manière de prier, l’ivrognerie, les lois somptuaires, les livres, le cannibalisme, l’incertitude de nos jugements, l’inconstance de nos actions, etc.

On a l’impression que c’est un livre éminemment disparate. Mais en réalité, derrière tout ça, il y a bel et bien une cohérence. Ce fil conducteur, c’est précisément le titre d’Essais. Le genre n’existe pas encore, c’est Montaigne qui l’invente. [...] Ce sont des exercices, ce sont des mises à l’épreuve, ce sont des expérimentations, des évaluations du monde, de lui-même, de la pensée des auteurs de l’Antiquité qu’il affectionne. D’une certaine façon, c’est son Discours de la méthode.

Claude La Charité

Une amitié qui vit sur papier

Après sa carrière de magistrat, Montaigne se consacre également à l’édition des textes de son ami intime Étienne de La Boétie, qui meurt en 1563 à 32 ans. Un texte des Essais portant sur l’amitié lui est dédié. Sans cette disparition, le philosophe n’aurait probablement pas écrit son œuvre phare. Celle-ci représente largement un exercice de recherche dans la pensée des auteurs de l’Antiquité quant aux raisons de sa complicité avec son défunt ami.

Pensée composite

Dans son discours, Montaigne montre un dédain de la philosophie telle qu’elle est enseignée à l’université – un aristotélisme strict, axé sur la logique – et prône des emprunts à différentes écoles de pensée. Aristote y a sa place, mais aussi Platon, Pythagore, Héraclite, de même que le stoïcisme et le scepticisme. Cette dernière école est celle à laquelle il s’identifie le plus.

Pour lui, la philosophie se doit d’être vécue et vivante, et la valeur d’une pensée se mesure par l’expérience personnelle et le jugement critique. Dans ses textes, il n’hésite donc pas à inclure des détails extrêmement personnels.

Le château de Montaigne.

Le château de Montaigne, dans le Périgord, où Montaigne avait sa bibliothèque

Photo : getty images/istockphoto / KitHamilton

Tradition et progression

Dans sa carrière politique, il est réputé pour sa franchise et son sens de la diplomatie. Il reconnaît le caractère extrêmement changeant du monde et croit que, pour se protéger, les points d’ancrage et l’ordre établi sont importants puisqu’ils ont fait leurs preuves. Dans la guerre des religions, il se range donc du côté des catholiques, mais il condamne la torture, prêche la tolérance et montre un intérêt quasi anthropologique pour les Autochtones.

Montaigne est mort en 1592. Doit-on s’en souvenir d’abord comme un philosophe ou comme un écrivain? Selon Claude La Charité, le débat est impossible à clore. Son œuvre est à la croisée des deux cultures et, bon an, mal an, elles cherchent toutes deux à se l’approprier avec de nouvelles œuvres à son sujet.

Les tribunes de Radio-Canada.ca font peau neuve

Les tribunes de Radio-Canada.ca sont actuellement fermées pour permettre de grandes rénovations destinées à rendre votre expérience encore plus agréable.

Quelques points à retenir:

  • Vos nom d'usager et mot de passe demeurent inchangés
  • Les commentaires publiés ces derniers mois seront transférés graduellement
  • La modération des commentaires se fera selon les mêmes règles.
Nous croyons que ce changement rendra votre expérience sur Radio-Canada.ca encore plus intéressante et interactive.

À plus tard!

L'équipe de Radio-Canada.ca

Vous aimerez aussi