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Jacques Beauchamp
Audio fil du jeudi 7 novembre 2019

Ethel Smyth, héroïne victorienne de la musique et du droit des femmes

Publié le

La compositrice Ethel Mary Smyth (1858 - 1944).
Ethel Smyth en 1901   Photo : Getty Images / Hulton Archive

Première femme à entrer en composition au Conservatoire de Leipzig et première compositrice à présenter un opéra au Metropolitan Opera de New York, l'exubérante musicienne anglaise a également milité ardemment au sein des suffragettes. Lesbienne assumée, elle fumait le cigare, jouait au golf, croquait dans la vie et ne dissimulait jamais sa présence. Katerine Verebely, chroniqueuse et musicienne, explique à Jacques Beauchamp que la musique d'Ethel Smyth était le reflet de sa personnalité.

Née en 1858 dans une famille militaire, elle apprend la broderie, la musique et les règles du savoir-vivre, comme toute bonne future ménagère. À 10 ans, toutefois, elle écrit ses premières œuvres et décide qu’elle sera compositrice.

Son père s’y oppose d’abord vigoureusement, mais consent finalement à l’envoyer au Conservatoire de Leipzig, qui l’accepte en composition – une première pour une femme.

La compositrice Ethel Smyth conduisant un orchestre de policiers lors de dévoilement d'une statue à Londres, en 1930.
Ethel Smyth conduit un orchestre de policiers lors de dévoilement d'une statue à Londres, en 1930. Photo : Getty Images/Central Press

Grandes rencontres pour un grand appétit

Elle n’aime pas l’établissement, qu’elle trouve trop conservateur, mais aime la ville allemande, où Bach et Mendelssohn ont vécu, et y vit une dizaine d’années. Le compositeur Heinrich von Herzogenberg la prend sous son aile à la présente à d’influentes figures comme Brahms, Dvorak, Grieg, Tchaïkovski et Schumann.

Tout le monde passe par Leipzig. Musique, théâtre, discussions avec les maîtres… C’est le rêve, au fond, de l’artiste qu’elle est.

Katerine Verebely
La compositrice Ethel Mary Smyth (1858 - 1944) assise à un bureau en 1925.
Ethel Smyth en 1925 Photo : Getty Images/Sasha

Des œuvres qui font contraste

De retour à Londres vers 1890, elle se fait connaître avec sa Messe en ré, jouée au Royal Albert Hall. L’œuvre établit sa signature musicale : des lignes musicales bien assumées, une grande quantité de musiciens sur scène, un romantisme tonal typique de la fin du 19e siècle, ainsi qu’une prédominance de cuivres et de montées dramatiques.

À une époque où l’opéra est délaissé, surtout en Angleterre, elle s’impose également avec The Wreckers (Les naufrageurs), que plusieurs critiques qualifient de meilleur opéra de l’histoire britannique. Elle y aborde le thème, assez rare pour cette forme d’art, du fanatisme religieux.

Elle voit grand, alors qu’à l’époque, on considère que les formes plus féminines, c’est la musique de chambre et la mélodie avec piano. Elle dit : "Oui, je vais vous en donner, mais je vais aller ailleurs. Je veux un grand tintamarre pour qu’on m’entende, pour que vous sachiez que j’existe. "Selon moi, cette affection pour les grandes formes nuit un peu, aujourd’hui, à son rayonnement, parce que ça coûte cher, monter du Ethel Smyth. Vous devez mettre beaucoup de musiciens sur scène.

Katerine Verebely

Troquer l’art pour l’activisme

En 1910, elle se joint à l’Union sociale et politique des femmes, le regroupement féministe qui milite pour le droit de vote des femmes en Grande-Bretagne. Son engouement pour la cause est tel qu’elle arrête de composer pendant deux ans, sauf pour produire l’hymne féministe The March of the Women (La marche des femmes). En 1912, elle est arrêtée lors d’une manifestation et purge deux mois de prison.

L’âge atteint son ouïe et elle s’enlise dans la surdité. Elle se retire progressivement de la vie publique et se consacre plutôt à l’écriture de livres inspirés de son parcours, puis meurt en 1944 à l’âge de 86 ans.

Selon Katerine Verebely, toute sa vie, Ethel Smyth a dû affronter des injustices parce qu’elle était une femme, par exemple voir des pages de partitions retirées de ses œuvres par des chefs d’orchestre capricieux. Il appartient au monde de la musique classique de redonner la parole aux femmes ignorées par les livres d’histoire.

Ethel Smyth devant une maison avec un chien en 1925.
Ethel Smyth en 1925 Photo : Getty Images/Sasha

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