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Jacques Beauchamp
Audio fil du mardi 5 novembre 2019

Les origines militaires du symbole de la paix, cet emblème vivant

Publié le

Une sculpture représentant le symbole de la paix en blocs Lego.
Une sculpture de l'artiste américain Nathan Sawaya représentant le symbole de la paix en blocs Lego   Photo : afp via getty images / MARCO BERTORELLO

C'est à Gerald Holtom, un militant pacifiste à l'époque de la Deuxième Guerre mondiale, qu'on doit la conception du symbole, formé de trois branches à l'intérieur d'un cercle, en 1958. Inspiré du langage sémaphorique, il a été offert par Holtom aux organisateurs d'une grande marche contre l'arme nucléaire pour reconnaître les participants, et il est libre de tout droit d'auteur depuis. Carl Bouchard, historien, raconte à Jacques Beauchamp comment différentes causes se sont approprié le dessin.

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la course à l’armement nucléaire est bel et bien lancée quand l’Union soviétique, l’Angleterre et la France se dotent également de la bombe atomique. Les scientifiques, dont certains ont participé à la mise au point de l’arme, sont les premiers à craindre son potentiel dans un contexte de guerre froide, et à vouloir mettre la population en garde.

Le physicien Albert Einstein et le philosophe Bertrand Russell s’associent pour signer un manifeste qu’endossent d’autres lauréats du prix Nobel. L’association Campaign for Nuclear Disarmament (CND) est mise sur pied peu après, en 1957.

En marche

La CND prépare, pour le 4 avril 1958, un geste d’éclat pour frapper l’opinion publique : une marche de quatre jours de Londres vers le siège social du centre de recherche atomique d’Aldermaston, dans le Berkshire.

Gerald Holtom crée une première version du signe sur un morceau de papier de la taille d’une pièce de monnaie. Cette version évoque un individu au centre du symbole, et s’inspire de la toile Tres de mayo, de Goya, qui montre un homme sur le point d’être fusillé. Contrarié par son défaitisme, il refait son dessin.

C’est durant son service militaire que Gerald Holtom apprend le langage sémaphorique. [Il a] cette idée de génie de se servir – ce qui est très ironique, d’ailleurs – d’un langage essentiellement utilisé dans le monde militaire pour combattre l’arme nucléaire. Son coup, c’est de dire “nuclear disarmament” (désarmement nucléaire) [avec] le “n” et le “d”. […] Le “n”, ce sont les deux bras vers le bas, à peu près à 45 degrés, et puis le “d”, c’est une main en haut, une main en bas.

Carl Bouchard
Foule au Trafalgar Square de Londres à l'occasion de la marche antinucléaire du 4 avril 1958.
La marche antinucléaire du 4 avril 1958, lors de laquelle le symbole de la paix de Gerald Holtom est apparu pour la première fois. Photo : Getty Images/Fox Photos

Comme une traînée de poudre

La CND fait fabriquer 500 exemplaires du symbole en terre cuite vernissée à l’approche de la marche du 4 avril, et les distribue avec un mot prévenant les participants qu’au terme d’une guerre nucléaire, la terre cuite est tout ce qui restera.

Bayard Rustin, un militant pacifiste américain qui était à la marche de la CND, ramène le symbole aux États-Unis. Dès lors, il se met à apparaître dans les manifestations pour les droits civiques, dans les campus et lors des actions de désobéissance civile. Les manifestations durant la guerre du Vietnam achèvent d’en faire le symbole pacifiste universel.

Une femme passe devant un mur où se trouve un graffiti du symbole de la paix avec la tour Eiffel devant.
Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, l'artiste Jean Jullien a créé une nouvelle version du symbole de la paix qui inclut la tour Eiffel. Photo : afp via getty images/KENZO TRIBOUILLARD

La tour de la paix

Au lendemain des attentats de Paris du 13 novembre 2015, le dessinateur Jean Jullien reprend le signe en y intégrant la tour Eiffel. L’artiste affirme l’avoir fait d’abord pour ses proches qui vivent à Paris, mais, en quelques heures, le dessin fait le tour de la planète.

Selon Carl Bouchard, cela prouve à quel point le signe de la paix est présent et vivant. Il croit que Gerald Holtom, aujourd’hui disparu, n’aurait pas d’objection à tant de récupération, puisque son seul objectif était de promouvoir la paix.

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