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Jacques Beauchamp
Audio fil du mardi 22 octobre 2019

L’héritage immense de Magnus Hirschfeld, pionnier de la sexologie

Publié le

Magnus Hirschfeld assis dans un fauteuil.
Magnus Hirschfeld   Photo : Getty Images / ullstein bild Dtl.

Fondateur du premier institut de sexologie au monde, à Berlin en 1919, ce médecin avant-gardiste s'est battu toute sa vie pour la dépénalisation de l'homosexualité. Qui sait s'il aurait réussi si les nazis n'avaient pas freiné son élan et brûlé sa bibliothèque lors d'un autodafé en 1933. L'auteure Brigitte Giraud raconte à Jacques Beauchamp que Magnus Hirschfeld a donné sa vie pour apporter un regard scientifique sur la sexualité.

Juif et lui-même homosexuel, il est médecin au front durant la Première Guerre mondiale et voit de près la déshumanisation dont sont victimes les soldats gais, à une époque où cette orientation sexuelle est illégale en Allemagne. Dans son cabinet, il est témoin de la détresse de certains d’entre eux et souhaite dès lors lutter contre cette stigmatisation.

Les réalités cachées sous l’uniforme

Il s’intéresse également à la question des travestis (tel qu’on les nommait à l’époque), notamment ces femmes qui, pour réussir à s’enrôler dans les troupes allemandes alors que le combat est réservé aux hommes, revêtent des traits et des costumes masculins.

Persuadé que bon nombre d’entre elles choisissent ce prétexte pour vivre en tant qu’hommes, il n’arrive pas à vérifier cette théorie, mais convainc la police d’émettre des laissez-passer aux travestis afin qu’ils ne soient pas arrêtés.

Magnus Hirschfeld dans le film <i>Différent des autres</i> (1919).
Magnus Hirschfeld, à droite, a joué son propre rôle dans Différent des autres, un film de 1919 qui tentait de démythifier l'homosexualité.    Photo : YouTube

L’épicentre d’une nouvelle discipline

En 1919, il fonde l’Institut de sexologie de Berlin, le premier du genre au monde. Magnus Hirschfeld y reçoit des patients de toutes orientations sexuelles pour des consultations et des thérapies de groupe au sujet de contraception et de maladies transmissibles sexuellement, à une époque où la syphilis fait rage. Une large bibliothèque est mise à la disposition des patients, ainsi que des chambres lorsque l’hospitalisation est nécessaire.

C’est là que le médecin pratique la première opération de changement de sexe, sur un peintre danois qui deviendra Lili Elbe. Elbe subit en tout quatre interventions, mais meurt un an et demi après la dernière, une greffe d’utérus rejetée par son organisme.

Autodafé du 10 mai 1933 à Berlin, en Allemagne.
La bibliothèque de Magnus Hirschfeld a été brûlée lors d'un autodafé comme celui-ci, survenu le 10 mai 1933. Les autodafés étaient des cérémonies lors desquelles les nazis dénonçaient et punissaient les esprits jugés anti-allemands en brûlant des livres.   Photo : Domaine public

Mauvais moment pour le progrès

Magnus Hirschfeld gagne en notoriété en même temps que la montée du nazisme. D’un côté, ses travaux suscitent un intérêt à l’échelle internationale, mais ses conférences sont également chahutées. Des membres de l’assistance sont attaqués, lui-même est passé à tabac.

Le 6 mai 1933, son institut est saccagé et sa bibliothèque est brûlée à l’occasion d’un autodafé. Les nazis s’opposent à l’homosexualité pour des raisons natalistes, puisqu’elle ne contribue pas à la perpétuer la race aryenne.

À ce moment, Magnus Hirschfeld est déjà en exil à Zurich. Il se réfugie ensuite aux États-Unis, puis à Nice, en France, où il meurt deux ans plus tard, en 1935. Selon Brigitte Giraud, il serait mort de chagrin.

Homme de science et de conviction

L’auteure estime que le sexologue a laissé sa marque sur deux fronts. Comme chercheur, il a publié d’importants travaux, comme Le tour du monde d’un sexologue et Le corps et l’amour. Comme militant, il a imposé un modèle de résistance en parvenant à faire changer les mentalités rigides de son époque.

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