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Le procès de Marie-Josèphe-Angélique ou le simulacre de justice en Nouvelle-France

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30

Le procès de Marie-Josèphe-Angélique ou le simulacre de justice en Nouvelle-France

Fresque de personnages peinte par Marie-Denise Douyon, en lien avec l'incendie du 10 avril 1734 à Montréal. On y voit notamment Marie-Josèphe dite Angélique, esclave noire ayant été accusée d'allumer l'incendie.

Fresque de personnages peinte par Marie-Denise Douyon, en lien avec l'incendie du 10 avril 1734 à Montréal. On y voit notamment Marie-Josèphe dite Angélique, esclave noire ayant été accusée d'allumer l'incendie.

Photo : Marie-Denise Douyon / Centre d'histoire de Montréal

Accusée d'avoir allumé l'incendie qui a consumé Montréal le 10 avril 1734, l'esclave noire a été reconnue coupable, puis exécutée publiquement sur la foi d'aveux recueillis sous la torture. Denyse Beaugrand-Champagne, historienne, raconte à Jacques Beauchamp que même si personne n'a vu Marie-Josèphe-Angélique commettre le crime, 22 « témoins » ne l'ont pas moins accablée à cause de ouï-dire.

Née au Portugal, Marie-Josèphe-Angélique arrive dans les colonies anglaises en tant qu’esclave d’un Hollandais habitant l’État de New York. Ce dernier la vend à la famille de Francheville, et elle arrive à Montréal en 1725.

Les nombreuses langues imposées à la jeune femme forment le premier obstacle à un procès équitable, selon Denyse Beaugrand-Champagne. L’aversion ouverte de Marie-Josèphe-Angélique pour les Blancs de même que pour sa condition d’esclave la rend par ailleurs suspecte.

Dessin en noir et blanc représentant Montréal au 18e siècle, vue du fleuve.

Montréal au 18e siècle

Photo : Getty Images / Print Collector

Pour plusieurs Noirs, elle est un symbole de résistance. […] Pour moi, c’est une femme innocente accusée d’un crime qu’elle n’a pas commis. S’il y a résistance, c’est plutôt [sur le plan] de sa personnalité. C’était une femme forte, une femme qui ne se cachait pas pour donner son opinion et contester les règlements, dans son quotidien et dans ses gestes. Elle l’aurait clamé, elle se serait vantée d’avoir mis le feu, si [ça avait été] un acte de résistance.

Denyse Beaugrand-Champagne

Une si belle soirée

Le 10 avril 1734, il fait particulièrement doux, et un vent fort souffle d’ouest en est. Marie-Josèphe-Angélique et sa voisine, une esclave amérindienne de 15 ans nommée Marie-Manon, veillent ensemble sur des enfants pendant que leurs maîtres sont à la prière du soir, rue Notre-Dame.

Un soldat de garde devant l’Hôtel-Dieu crie au feu. En 3 heures, 45 maisons sont brûlées. L’Hôtel-Dieu, dont la reconstruction vient d’être achevée après l’incendie de 1721, n’est pas épargné.

Une page dossier de la poursuite contre Marie-Josèphe-Angélique, daté du 11 avril 1734.

Aperçu du dossier de la poursuite contre Marie-Josèphe-Angélique, daté du 11 avril 1734

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Coupable d’avance

Marie-Josèphe-Angélique est promptement arrêtée. On présume qu’elle a allumé l’incendie chez Mme de Francheville pour se venger d’elle. Pourtant, l’esclave n’a pas tenté de s’enfuir pendant que les flammes faisaient rage, et a même aidé à sauver des meubles, mais elle est incriminée par une récente tentative d’évasion, par sa liaison avec un Blanc, Claude Thibault, ainsi que par une déclaration rapportée par Marie-Manon : « Ma maîtresse ne dormira pas chez elle ce soir. »

Une série d’interrogatoires serrés ne suffisent pas à faire avouer la jeune femme, qui subit ensuite un procès sans avocat, auquel elle ne peut assister parce que confinée à sa cellule, et durant lequel elle n’a pas accès aux dépositions des témoins. La cour base son verdict de culpabilité sur les témoignages de 22 personnes qui n’ont rien vu, mais ont entendu dire que le feu avait été allumé par Marie-Josèphe-Angélique.

Ses seuls aveux sont faits sous le supplice des brodequins, qui écrasent ses membres sous des planches de bois attachées aux genoux et aux chevilles. Elle est ensuite pendue, et son corps est brûlé.

Selon Denyse Beaugrand-Champagne, l’incendie de 1734 résultait vraisemblablement d’un accident. L’histoire de Marie-Josèphe-Angélique met surtout en lumière l’ampleur de l’esclavage en Nouvelle-France, et les manquements du système de justice de l’époque.

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