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Jacques Beauchamp
Audio fil du mardi 15 octobre 2019

Adoré par Bourassa, honni par Landry : le bunker, un bâtiment contesté

Publié le

Le complexe H en 1979.
Le complexe H en 1979   Photo : Radio-Canada

« Calorifère », « blockhaus », « bunker », « crime contre l'architecture »... Ses saillies de béton et son allure hyperaustère lui ont valu les surnoms les moins enviables, si bien que Bernard Landry a voulu le démolir. René Lévesque l'a détesté aussi. Robert Bourassa, lui, s'est fait dorer la couenne sur sa terrasse, tandis que Lucien Bouchard en a fait le symbole de la rigueur budgétaire. Dave Noël, historien et journaliste, raconte à Jacques Beauchamp que l'édifice Jean-Talon devait pourtant symboliser l'affirmation du Québec moderne.

C’est Daniel Johnson père qui, en 1967, ordonne la construction de nouveaux bureaux pour le premier ministre et son conseil, à Québec. Il désire un « palais présidentiel » plus au goût du jour que l’édifice Honoré-Mercier, employé depuis 1925.

Reflet contemporain, inspirations anciennes

L’architecte Evans St-Gelais imagine un design robuste, inspiré des trois structures bien connues se trouvant à proximité : le parlement, les murs de la Citadelle et le Manège militaire de la Grande Allée. La silhouette de l’édifice est aussi prétendument inspirée des maisons victoriennes que l’on rase pour construire le complexe de deux bâtiments, originalement baptisés H et J. Par souci de continuité, on préserve également les arbres qui se trouvaient devant les maisons démolies.

Même si M. St-Gelais prétend que ses plans font l’unanimité, le projet provoque une levée de boucliers dès le départ. Dès son inauguration, l’immeuble présente par ailleurs des problèmes de chauffage, d’aération et de ruissellement qui donnent des sinusites fréquentes aux secrétaires.

Manifestation devant l'édifice Jean-Talon, anciennement nommé complexe H ou complexe J.
Des manifestations ont fréquemment lieu devant l'édifice Jean-Talon, qui abrite encore aujourd'hui les bureaux de certains organismes gouvernementaux.   Photo : Jean-Simon Fabien

Robert Bourassa y pend néanmoins la crémaillère en 1972. Evans St-Gelais lui aménage une chambre comparée à celle d’un yacht de luxe de même qu’une terrasse sur le toit. Le premier ministre y loge trois jours par semaine, s’y plaît et y reçoit même des invités.

Quand on dirige, on est vraiment isolé dans une bulle. Le bunker a contribué à l’ambiance un peu concentrationnaire [de la fonction de premier ministre], surtout que la salle du conseil du ministre était très particulière : elle avait un plafond bas et elle ressemblait à une soucoupe volante, avec un plafonnier en lattes de bois, une table ronde et les gens qui fumaient sans arrêt.

Dave Noël

Plaie ou instrument du pouvoir?

René Lévesque trouve l’endroit fort déplaisant. Lorsqu’il prend le pouvoir, il fait fermer le Centre analyse et documentation (CAD) instauré par Bourassa dans la foulée de la crise d’Octobre, qui se trouve dans l’un des deux pavillons et qui comprend des fiches sur 30 000 Québécois.

Lucien Bouchard, lui, y trouve chaussure à son pied. Censé habiter, comme Jacques Parizeau, rue des Braves à son élection, en 1996, il choisit finalement d’occuper la même chambre que Bourassa. Le bunker devient un outil politique : il symbolise la rigueur et l’austérité prêchées par son gouvernement. En adoptant ce décor simple, vaguement brutaliste, il prêche par l’exemple.

Le complexe H porte maintenant le nom d'édifice Jean-Talon.
Le complexe H porte maintenant le nom d'édifice Jean-Talon.   Photo : Google Maps

Le cycle du changement d’image

Bernard Landry exècre lui aussi les édifices H et J, qui n’ont pas été réaménagés en 30 ans, et dont les problèmes structurels sont devenus critiques au point de rendre urgents des travaux coûteux. Il souhaite leur destruction.
Des questions d’argent le font reculer, mais il choisit tout de même de ramener les bureaux du premier ministre dans l’édifice Honoré-Mercier en 2002.

Trente ans après le geste de Daniel Johnson, il s’agit à nouveau de redorer la fonction de premier ministre.

Le complexe a depuis été renommé édifice Jean-Talon.

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