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Jacques Beauchamp
Audio fil du mercredi 9 octobre 2019

Le photoreportage qui a révélé les deux faces du Québec de 1950

Publié le

La famille du conteur Pierre Pilote, Les Éboulements, été 1950.
L'une des 4000 photos prises par Lida Moser pour son spécial pour Vogue, en 1950 : la famille du conteur Pierre Pilote, Les Éboulements   Photo : Lida Moser / Bibliothèque et Archives nationales du Québec

D'un côté, la modernité vibrante de villes comme Québec et Montréal, au diapason des grandes métropoles mondiales. De l'autre, des campagnes vivant encore au rythme de la religion et des récoltes, comme 100 ans auparavant. Ce sont les deux réalités québécoises paradoxales que la photographe Lida Moser a révélées au monde dans son célèbre reportage pour Vogue, en 1950. La conservatrice Anne-Marie Bouchard explique à Jacques Beauchamp que ces clichés marquants ont subrepticement annoncé la Révolution tranquille.

Issue de la Photo League, un groupe d’artistes adeptes de la photo de rue, Lida Moser, dont le travail est souvent publié dans les grands magazines, est une photographe établie quand Vogue l’envoie préparer une série de photos sur le Canada en 1950.

Grâce au directeur de Radio-Canada, elle fait la connaissance de Paul Gouin, conseiller culturel de Maurice Duplessis, qui la convie plutôt à une tournée du Québec en limousine. Elle sera accompagnée de M. Gouin lui-même, du prêtre et auteur Félix-Antoine Savard et de l’ethnologue Luc Lacourcière, entre autres.

L'artiste Suzanne Guité réalisant un portrait de son mari, Alberto Tommi, au Pic de l'Aurore, à Percé, 1950.
L'une des 4000 photos prises par Lida Moser pour son spécial pour Vogue, en 1950 : L'artiste Suzanne Guité réalisant un portrait de son mari, Alberto Tommi, au Pic de l'Aurore, à Percé.   Photo : Lida Moser / Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Plongeon dans l’inconnu

Au fil des rencontres avec autres bourgeois de passage, de cocktails en dîners, la caravane mène un train faste qui passe près de faire dévier la photographe de sa mission première. Moser est toutefois bien vite saisie par l’architecture du Vieux-Québec, par les enfants et les chemins de croix des villages, par les paysages des campagnes, de même que par les grandes familles pauvres qui y vivent.

Ces enfants et ces familles deviennent le centre de son attention et de son périple. Quitte à faire un peu de mise en scène, elle les croque au jeu ou au travail, en Gaspésie, dans le Bas-Saint-Laurent ou à l’île d’Orléans.

De retour à Montréal, elle s’attarde à la communauté artistique, qui comprend Jori Smith, Jean Palardy et autres Alfred Pellan.

Une religieuse accompagnant un jeune garçon dans un autobus, à Montréal, été 1950.
L'une des 4000 photos prises par Lida Moser pour son spécial pour Vogue, en 1950 : une religieuse accompagnant un jeune garçon dans un autobus, à Montréal.   Photo : Lida Moser / Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Ce qui transperce, quand on voit le montage final du Vogue, c’est vraiment à la fois la vie culturelle moderne […], qui ressemble plus à ce que Lida Moser connaît à New York, et la situation dans les régions rurales. Elle arrive à saisir le grand paradoxe du Québec de 1950, qui est vraiment scindé, d’une certaine façon. Elle prend des photographies de familles à Montréal et il y a deux enfants. On arrive dans le Bas-Saint-Laurent et il y en a quinze. On voit vraiment que quelque chose est en train de se transformer.

Anne-Marie Bouchard

Des photos qui font école

Ce photoreportage sera le point culminant de la carrière de Lida Moser, transformée à jamais par ce contact avec des gens d’une autre langue, d’une autre culture. Invitée à faire d’autres expéditions semblables ailleurs, elle veillera toute sa vie à la diffusion de ses photos du Québec.

Pour le Québec aussi, il sert de campagne promotionnelle sans précédent.

Pêcheurs chargeant de la morue fraîche sur la grève, à Percé, été 1950.
L'une des 4000 photos prises par Lida Moser pour son spécial pour Vogue, en 1950 : pêcheurs chargeant de la morue fraîche sur la grève, à Percé.   Photo : Lida Moser / Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Invitation prémonitoire?

Anne-Marie Bouchard croit que Paul Gouin savait ce qu’il faisait en invitant Mme Moser à immortaliser le Québec d’alors. Le contact prolongé avec les ethnologues et les historiens de l’art lui aurait permis de sentir l’entrée imminente des campagnes dans la modernité.

Selon elle, le reportage est un témoin indirect de l’électrification et du pavage d’un Québec à la veille d’une grande métamorphose.

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