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Jacques Beauchamp
Audio fil du mercredi 2 octobre 2019

La mutinerie d’Attica, ou la fin brutale du réformisme des années 1960

Publié le

Plusieurs prisonniers lèvent le poing dans une cours de prison.
Une photographie du soulèvement des prisonniers d'Attica, à New York, le 10 septembre 1971.   Photo : Associated Press / Bob Schutz

Quarante-trois morts, cinq mille balles tirées et le feu vert pour des représailles agressives de la part des geôliers. Le 13 septembre 1971, le plus important soulèvement de prisonniers de l'histoire des États-Unis se termine dans un bain de sang, après quatre jours de négociations pourtant prometteuses. Karine Prémont, professeure de sciences politiques, explique à Jacques Beauchamp que l'événement a eu l'effet contraire de celui souhaité par ses instigateurs en se soldant par un durcissement des conditions de vie en prison.

Dans un milieu carcéral déjà miné par les tensions raciales et politisé en raison de l’emprisonnement de militants noirs, l’assassinat du Black Panther George Jackson par des gardiens, en août 1971, envenime l’atmosphère.

Ce sont des conditions tout à fait déplorables. […] Les prisonniers ne prennent pas toujours une douche par semaine. Ils ont un rouleau de papier hygiénique par mois. Il y a censure du courrier, à peu près pas de visites, ou, en tout cas, c’est très aléatoire; pas de soins médicaux, une nourriture absolument abominable… La question du racisme, aussi, est très criante : 55 % des prisonniers américains sont d’origine afro-américaine, et l’entièreté des gardiens est blanche.

Karine Prémont

L’étincelle de trop

À la prison d’Attica, dans l’État de New York, c’est l’isolement de deux prisonniers à la suite d’une querelle mineure qui met le feu aux poudres, le 9 septembre. Des détenus attaquent un gardien, s’emparent des clés, défoncent des portes de cellules au volant d’un monte-charge et prennent le contrôle de tout l’établissement.

La cour du bloc D durant les émeutes de la prison d'Attica, en 1971.
La cour du bloc D durant les émeutes de la prison d'Attica, en 1971 Photo : The Associated Press/Buffalo Evening News

Quarante-deux personnes – gardiens et membres du personnel civil – sont prises en otage et 1200 détenus prennent part à la mutinerie. Les leaders demandent un traitement plus humain et l’accès à des programmes de réhabilitation, entre autres.

Un historien montre un cocktail Molotov datant de 1971.
Un historien montre un cocktail Molotov fabriqué par les détenus de la prison d'Attica durant la mutinerie de 1971. Photo : The Associated Press/John Carl D'Annibale

La ligne dure

Nelson Rockefeller, alors gouverneur de l’État de New York et en campagne électorale, refuse de se rendre sur les lieux. Le négociateur Russel Oswald fait néanmoins du progrès, mais l’interférence d’observateurs externes, des médias et d’avocats complique les choses.

Le 13 septembre, Rockefeller ignore l’avis de ses conseillers et ordonne l’assaut de la prison par 600 policiers. Des hélicoptères jettent des bombes lacrymogènes dans la cour du bloc D et Attica est reprise en une heure.

Bien que la mort de 33 prisonniers et de 10 gardiens soit d’abord imputée aux mutins, un médecin légiste prouvera par la suite que les balles des policiers ont fait le plus gros des dégâts.

L'avocat William Kunstler, le reporter Tom Wicker et le journaliste Clarence Jones discutent à l'extérieur de la prison d'Attica.
L'avocat William Kunstler, le reporter Tom Wicker et le journaliste Clarence Jones discutent à l'extérieur de la prison d'Attica, en septembre 1971. Photo : The Associated Press/William E. Sauro

Tout ça pour ça

Politiquement, l’affaire est sans conséquence pour le gouverneur. La population est de son côté et Richard Nixon, élu avec la promesse de faire régner la loi et l’ordre en 1968, le félicite. Rockefeller deviendra par ailleurs vice-président des États-Unis en 1974.

Quant aux conditions de vie en prison, elles empirent avec la naissance des prisons privées, la syndicalisation des gardiens, le durcissement général des règles et une augmentation du taux d’emprisonnement par habitant.

Selon Karine Prémont, la mutinerie d’Attaca marque réellement la fin du vent de contestation sociale des années 1960 et le début d’une ère de répression.

Un ancien gardien à la prison d'Attica montre la casquette qu'il portait lors des émeutes de septembre 1971.
Ray Bogat, ancien gardien à la prison d'Attica, pris en otage lors du soulèvement de 1971, montre la casquette qu'il portait à ce moment. Photo : The Associated Press/Heather Ainsworth

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