Vous naviguez sur l'ancien site
Aller au menu principal Aller au contenu principal Aller au formulaire de recherche Aller au pied de page
Ici Radio-Canada Première

Contrôleur audio

Extension Flash Veuillez vous assurer que les modules d'extension (plug-ins) Flash sont autorisés sur votre navigateur.

Chargement en cours

Jacques Beauchamp
Audio fil du mercredi 25 septembre 2019

La crise des obus de 1915, ou le prix humain de l’insouciance politique

Publié le

Des soldats britanniques dans une tranchée durant la Première Guerre mondiale.
La pénurie de munitions était telle au début de la Première Guerre mondiale que les soldats britanniques devaient se réfugier dans des tranchées.   Photo : Getty Images / Hulton Archive

À peine l'Angleterre venait-elle d'entrer en guerre qu'un constat terrible s'imposait : ses soldats se faisaient massacrer sur le champ de bataille. Décimés par l'artillerie de l'adversaire allemand, ils répondaient par une utilisation excessive de munitions, approchant la fin des stocks. L'historien David Girard raconte à Jacques Beauchamp comment le Canada, non sans scandale, a doublé son effort de guerre dans ce qui s'est avéré être une vaste restructuration de la production d'armes dans le Commonwealth.

En dépit de l’assurance du premier ministre anglais H. H. Asquith, la situation se détériore. Lors de la bataille de la crête d’Aubers, le 9 mai 1915, les troupes anglaises sont anéanties en moins d’une heure.

En 30 minutes, c’est 11 000 pertes britanniques : tués, disparus, blessés, dont beaucoup d’officiers… C’est l’un des plus hauts taux de pertes durant toute la guerre, d’ailleurs.

David Girard
Des soldats britanniques dans une tranchée étroite durant la Première guerre mondiale.
Des soldats britanniques dans une tranchée étroite durant la Première guerre mondiale. Photo : Getty Images/Hulton Archive

Un gouvernement parmi les victimes

L’opprobre, moussé par un éditeur de journaux ayant perdu un neveu au combat, est tel que le gouvernement britannique tombe. Asquith demeure premier ministre, et Lord Herbert Kitchener, secrétaire d’État à la Guerre, mais l’on nomme un nouveau ministre des Munitions, et une nouvelle loi sur les munitions de guerre est promulguée. Celle-ci limite les profits des dirigeants d’entreprises et place la production de munitions sous contrôle gouvernemental.

Les droits des travailleurs sont suspendus et tous les pays du Commonwealth, incluant le Canada, doivent désormais contribuer.

Le secrétaire d'État à la guerre du gouvernement britannique, Lord Kitchener, en visite dans une tranchée de l'armée en 1915.
Le secrétaire d'État à la guerre du gouvernement britannique, Lord Kitchener, visite une tranchée de l'armée en 1915. Photo : Getty Images/Keystone
Herbert Henry Asquith en 1916.
Le premier ministre de l'Angleterre durant la Première Guerre mondiale, Herbert Henry Asquith Photo : Getty Images/Hulton Archive

Le Canada met les bouchées doubles

Impliqué dans la production d’armements pour l’Angleterre depuis 1914, le Canada passe en vitesse supérieure avec la création d’une instance de supervision, le Comité des obus (Shell Committee), constituée de membres militaires et issus de l’industrie de l’armement.

Ce comité s’avère toutefois être un nid à conflits d’intérêts. Proches des conservateurs du premier ministre Robert Borden, les manufacturiers qui en font partie obtiennent indûment des contrats au détriment de compétiteurs et touchent des pots-de-vin. Ces accrocs retardent la production au prix des vies sur le champ de bataille.

Le premier ministre canadien Robert Borden.
Le premier ministre canadien durant la Première Guerre mondiale, Robert Borden Photo : Getty Images/Hulton Archive

Nouveau départ

Le gouvernement Borden est contraint de mettre sur pied la commission Meredith-Duff. En se concentrant sur les entreprises américaines impliquées dans les pratiques fautives, cette dernière évite au premier ministre d’être éclaboussé, et mène à la création d’une nouvelle instance, la Commission impériale des munitions (Imperial Munition Board), dirigée par Joseph Flavelle.

Comme ça a été le cas en Angleterre, cette nouvelle structure place sous contrôle gouvernemental la production d’armements. En 1917, 250 000 travailleurs sont sous sa gouverne, ce qui fait de la Commission impériale des munitions la plus grande entreprise canadienne de l’époque.

À l’arrêt depuis 1914, l’économie canadienne est revigorée par cette nouvelle donne, et la capacité de résistance des alliés face aux Allemands est grandement renforcée.

C’est aussi un facteur majeur dans l’arrivée des femmes sur le marché du travail.

Chargement en cours