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Jacques Beauchamp
Audio fil du jeudi 19 septembre 2019

Émile Nelligan, l’incarnation du mythe du génie précoce et prescient

Publié le

Le poète Émile Nelligan.
Émile Nelligan   Photo : Archives publiques Canada

Avec les métaphores d'un navire doré sombrant dans l'abîme du rêve, ou d'une fenêtre perlée de frimas par un soir d'hiver, le plus grand poète québécois du 19e siècle annonçait ses problèmes mentaux à venir, selon Claude La Charité. Au micro de Jacques Beauchamp, l'écrivain et professeur de lettres évalue les parts de mythe et de réalité dans le bref parcours de celui qu'on a retiré du monde à 19 ans pour cause supposée de « démence précoce ».

Émile Nelligan enfant.
Émile Nelligan à sa première communion, en 1886.   Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Né dans un milieu bourgeois la veille de Noël 1879 d’un père irlandais et d’une mère canadienne-française, Émile Nelligan fréquente les meilleures écoles de son temps, mais ne montre aucun intérêt envers les études et les abandonne très tôt.

Il est cependant admis à l’École littéraire de Montréal, un important regroupement d’hommes de lettres. Il y lit ses poèmes les plus connus, dont La romance du vin, qui lui vaut un triomphe lors d’une rencontre de mai 1899.

La fin [de La romance du vin] exprime très bien une sorte de mélange ambivalent, qui est un petit peu, je dirais, sa marque de commerce : un mélange indissociable de gaieté et de tristesse. Le vers final exprime bien cette idée d’un poète qui est "gai, si gai [qu’il a] peur d’éclater en sanglots".

Claude Lacharité
David Nelligan et Émélie Amanda Hudon, les parents d'Émile Nelligan.
David Nelligan et Émélie Amanda Hudon, les parents d'Émile Nelligan, vers 1880.   Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Un mentor en coulisses

Le poète peut aussi compter sur l’aide de Louis Dantin, un religieux à qui il fait lire ses œuvres et avec qui il mène d’intenses séances de remue-méninges s’apparentant presque à l’écriture automatique. Nelligan improvise des rimes que Dantin note et lui remet en lui proposant des corrections.

Écrivain lui aussi, il sera son premier éditeur lorsque Nelligan sera interné. Dantin réclame à la mère de celui-ci les œuvres en chantier, les trie, les sélectionne et les publie pour la première fois, en 1904.

Les similitudes entre le style des deux hommes ont amené la critique littéraire Yvette Francoli à avancer, en 2013, que Dantin pourrait être le véritable auteur des poèmes de Nelligan. Claude La Charité croit cependant que l’homme de foi, qui reconnaissait la supériorité artistique de son jeune protégé, aurait pu, si cela avait été vrai, faire preuve d’autant de maîtrise dans ses propres œuvres.

Selon lui, Nelligan n’en aurait pas moins été oublié, n’eût été Louis Dantin.

Émille Nelligan à 40 ans.
Émile Nelligan en 1919, à 40 ans, alors qu'il était toujours interné à l’asile Saint-Benoît-Joseph-Labre.    Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Une folie bien convenable

La même année que son triomphe à l’École littéraire de Montréal, Émile Nelligan est interné par son père à l’asile Saint-Benoît-Joseph-Labre, dans l’est de Montréal. Le diagnostic officiel est « démence précoce », mais comme le note Claude La Charité, au 19e siècle, une telle indication voulait tout et rien dire à la fois.

Ce qui est certain, c’est que David Nelligan décide, en quelque sorte, de plus ou moins se débarrasser de son fils, qui est un peu encombrant, qui n’a pas réussi à terminer ses études, qui refuse les emplois qu’il lui propose. Son père lui avait trouvé un emploi de comptable, mais le jeune Nelligan est beaucoup plus intéressé par la poésie. Il y a probablement [...] une volonté de mettre au pas un fils qui est indiscipliné, mais il n’est pas exclu que Nelligan ait effectivement eu des problèmes psychiatriques réels.

Claude La Charité
Aperçu du manuscrit <i>Les tristesses</i>, d'Émile Nelligan (1929).
Les tristesses, un manuscrit rédigé par Émile Nelligan entre le 11 janvier et le 31 décembre 1929, alors qu'il était interné à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu.   Photo : Jean-Guy Kérouac / Ministère de la Culture et des Communications

Un petit air d’ailleurs

Mort en 1941, le poète a laissé derrière lui une œuvre sans grand lien avec celle de ses contemporains québécois et canadiens du 19e siècle. Ces derniers étaient davantage intéressés par les grands épisodes historiques ou les beautés de la nature.

En se tournant vers l’intérieur et en usant de références européennes, Émile Nelligan s’est montré plus proche d’Arthur Rimbaud que d’Octave Crémazie, selon Claude La Charité.

Michel Comeau et Yves Soutières en Émile Nelligan, en 1990.
Michel Comeau et Yves Soutières ont interprété Émile Nelligan à deux époques différentes de sa vie dans Nelligan : un opéra romantique, de Michel Tremblay et André Gagnon, en 1990.    Photo : Inconnu

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