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Françoise Sullivan, pionnière ultrapolyvalente de l’art québécois

Aujourd'hui l'histoire

Avec Jacques Beauchamp

Du lundi au jeudi de 20 h à 20 h 30

Françoise Sullivan, pionnière ultrapolyvalente de l’art québécois

Audio fil du mardi 17 septembre 2019
Françoise Sullivan.

Françoise Sullivan

Photo : Radio-Canada

Peinture, danse, sculpture, art performatif... Au cours d'une carrière exceptionnellement longue de plus de sept décennies, l'artiste multidisciplinaire a été une précurseure dans chacun de ces domaines, en plus de signer le manifeste Refus global. Gilles Daigneault, ancien critique d'art, explique à Jacques Beauchamp que Françoise Sullivan a su s'inspirer de disciplines qu'elle maîtrisait déjà pour en apprendre d'autres, et ainsi innover.

Née dans un milieu aisé, la petite Françoise déclare à l’âge de 10 ans vouloir devenir artiste. Ravis, ses parents l’inscrivent à des cours de piano, de danse et d’art. Elle continue de pratiquer la danse pendant une décennie, puis fréquente les Beaux-Arts.

Grandes rencontres

Dès 1941, elle se lie d’amitié avec les membres-clés du futur mouvement automatiste par l’entremise de son ami Pierre Gauvreau, qui la présente à Paul-Émile Borduas. Après avoir rencontré le peintre Fernand Léger à Montréal, en 1943, elle suit des cours particuliers auprès de lui. La même année, elle participe aux Sagittaires, une importante exposition sur la relève artistique québécoise.

Dans une cohorte à moitié composée de disciples de Borduas, elle se distingue et remporte un prix.

Françoise Sullivan et Eric Hyrst, costumés en cadets de la forêt, dansent à l'émission <i>L'heure du concert</i>, en 1954.

Françoise Sullivan et Eric Hyrst dansent à l'émission L'heure du concert, en 1954.

Photo : Radio-Canada / Henri Paul

En mouvement

Dès 1945, elle fait un premier virage en s’installant à New York pour perfectionner sa formation de danseuse.

Dès qu’elle n’est plus contente de ce qu’elle fait, dès que ça ne la transporte plus, elle s’arrête. Pour New York, elle est mécontente de sa peinture. Elle dit : "Il faut que je fasse autre chose." Elle revient à la danse. […] Elle commence, dit-elle, par désapprendre tout ce qu’elle a appris. Elle va faire à ce moment-là, avec la danse, ce qu’elle fera toute sa vie avec la sculpture, avec la peinture… Ce sont des réflexes automatistes. C’est par l’automatisme qu’elle apprend à danser quelque chose qui la satisfait.

Gilles Daigneault
Françoise Sullivan en 1979.

Françoise Sullivan en 1979

Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty

Au terme de cette phase de sa carrière, elle écrit La danse et l’espoir, considéré comme un texte fondateur de la danse au Québec (Nouvelle fenêtre). Inspiré d’une conférence, il sera également intégré à Refus global.

À son retour à Montréal, en 1947, l’artiste se rapproche encore plus des automatistes. Sans cesse inspirée par Paul-Émile Borduas, elle le considère comme l’homme de sa vie professionnelle.

L’homme de sa vie personnelle, toutefois, est le peinte Paterson Ewen, qu’elle épouse en 1949 et dont elle aura quatre enfants. Gilles Daigneault le décrit comme une sorte de pendant masculin de Françoise Sullivan.

Sculpte-moi un mouton

Durant les années 1950, elle passe à la sculpture, en prévision de quoi elle suit des cours de soudure pendant trois mois. Durant les années 1960, elle sera déjà reconnue comme l’une des sculpteures les plus importantes au pays.

L'artiste sculpteure Françoise Sullivan en 1979.

L'artiste sculpteure Françoise Sullivan en 1979.

Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty

Elle peint comme un sculpteur. Elle sculpte comme un danseur. Si Françoise n’avait eu que l’aventure de la danse, ça aurait valu la peine d’en faire un personnage historique. Si ça n’avait été que la performance, si ça n’avait été que la sculpture… Le miracle, c’est que toutes ces disciplines se retrouvent chez la même personne et ne cessent de s’enrichir mutuellement au lieu de se nuire.

Gilles Daigneault

La continuité dans le changement

Contrariée par le côté matériel de son travail, elle se concentre sur l’art de performance dans les années 1970. Elle avait déjà touché à la chose avec Danse dans la neige, une chorégraphie improvisée en 1948, dont avait été tirée une série de photos.

Françoise Sullivan dansant dans la neige.

Françoise Sullivan dans Danse dans la neige (1948), performance photographiée par Maurice Perron. Source : Musée national des beaux-arts du Québec

Photo : Maurice Perron

De Montréal à l’Irlande en passant par Rome, elle réalise des installations et des œuvres où, comme le dit Gilles Daigneault, « c’est l’idée qui compte ».

<i>Fenêtres bloquées</i> de Françoise Sullivan.

Fenêtres bloquées de Françoise Sullivan

Photo : Françoise Sullivan / SODRAC (2017)

Dans les années 1980, elle revient à la peinture. Inspirée par les paysages naturels de Grèce et d’Italie, elle embrasse un style de plus en plus dépouillé, presque monochrome.

Une première rétrospective de son travail de peintre a eu lieu au Musée d’art contemporain en 1981, alors qu’elle avait 58 ans. Peu portée à regarder derrière elle, l’artiste avait alors accepté en se disant que ce passage obligé n’aurait lieu qu’une fois dans sa vie.

Toujours active à 95 ans, elle en a vu passer au moins trois de plus depuis.

Un homme est assis devant l’œuvre <i>Rouge</i>, de Françoise Sullivan, au Musée d'art contemporain de Montréal.

Un homme contemple l’œuvre Rouge, de Françoise Sullivan, au Musée d'art contemporain de Montréal.

Photo : Getty Images / Thierry Falise

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