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Jacques Beauchamp
Audio fil du lundi 16 septembre 2019

L’invasion de l’Afghanistan, le début de la fin de l’Union soviétique

Publié le

Des soldats soviétiques à bord de tanks saluent la foule à Kaboul, le 15 mai 1988.
Un convoi soviétique salue la foule à Kaboul pendant le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan, le 15 mai 1988.   Photo : Reuters / Stringer .

En voulant protéger son empire d'une possible révolution islamique dans un pays avec lequel il partageait des frontières, en 1979, la Russie soviétique a actionné un mécanisme qui mènerait, un peu plus d'une décennie plus tard, à la fin du bloc de l'Est. Aidés des États-Unis et de leurs alliés arabes, les moudjahidines, des rebelles issus du peuple, infligeraient un revers irrémédiable à l'URSS, pavant toutefois la voie à l'arrivée des talibans. Le journaliste Frédéric Nicoloff explique à Jacques Beauchamp que l'Afghanistan est le Vietnam des Russes.

Royaume jaloux de son indépendance, l’Afghanistan est déséquilibré en 1973 à la suite d’un coup d’État mené par le prince Mohammad Daoud Khan, qui souhaite le transformer en pays athée d’allégeance communiste.

Étant donné l’opposition des musulmans, d’autres coups d’État s’ensuivent jusqu’à l’avènement au pouvoir du Parti démocratique populaire d'Afghanistan (PDPA), soutenu par Moscou, en 1978.

Le va-tout de Moscou

À la suite d’une série de tentatives de déstabilisation, l’armée soviétique entre dans Kaboul le 25 décembre 1979. Pour l’URSS, qui compte 50 millions de musulmans à l’intérieur de ses frontières, il s’agit d’endiguer une autre possible révolution islamiste et de se doter d’un accès aux mers du Sud, mais aussi d’étendre son emprise sur les républiques d’Asie centrale.

Malgré la présence initiale de 55 000 soldats soviétiques, qui grimpent à 100 000 quelques semaines plus tard, les moudjahidines offrent une résistance surprenante, et ce, avant même que les États-Unis et le Pakistan ne les arment.

Des moudjahidines posent avec leurs armes sur le flanc d'une montagne au début des années 1980.
Des moudjahidines en montagne au début des années 1980. Photo : AFP/Getty Images/AFP

Les Russes n’ont jamais envahi véritablement l’Afghanistan. Qu’est-ce qu’ils contrôlaient? Vingt pour cent du territoire au maximum? Les grandes villes, ça, c’est juste : Hérat, Kaboul, Mazar-e Charif, Kandahar… Et à l’intérieur des zones rurales, eh bien, ils construisaient des forts, et à partir de là, ils essayaient de rayonner pour combattre ces moudjahidines-là. […] Alors, on ne peut pas véritablement dire que ce pays-là, qui est d’ailleurs, essentiellement, un pays rural, a été conquis par les Soviétiques. Ç’a été une guerre de guérilla.

Frédéric Nicoloff

Décennie funeste

Les conséquences de la stratégie de terreur des Russes n’en sont pas moins réelles. Ils brûlent les récoltes et mènent des raids meurtriers. Trois millions de personnes, soit le quart de la population, fuient le pays, produisant la plus forte concentration de réfugiés dans le monde.

Des tentes et des camions militaires à flanc de montagne en bordure de Kaboul, 1980.
Un camp soviétique à l'extérieur de Kaboul, en 1980. Photo : Getty Images/AFP

Au cours de cette guerre qui dure 10 ans, deux figures s’illustrent parmi les rebelles : Ahmed Massoud, commandant des moudjahidines, surnommé le roi du Pandjchir, et Oussama ben Laden, financier de la guérilla pachtoune.

À l’occasion du dernier affrontement indirect entre les deux puissances de la guerre froide, les États-Unis arment lourdement les moudjahidines, les dotant notamment du missile sol-air Stinger, grâce auquel la guérilla viendra à bout des hélicoptères soviétiques. Les pays musulmans sunnites, pour qui il s’agit d’une guerre sainte, s’engagent à leurs côtés.

Au moment où, en Union soviétique, la perestroïka permet une couverture médiatique plus objective, les images de cercueils de soldats russes rentrant au pays sont mal accueillies par le public. Le président Mikhaïl Gorbatchev sonne donc la fin de l’invasion. Un accord de paix est signé à Genève en 1988, et l’armée soviétique quitte le pays quelques semaines plus tard.

Trois moudjahidines armés marchent accroupis, dissimulés derrière des murs de briques.
Des moudjahidines en plein combat, un peu avant la fin du retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan, en mars 1989. Photo : Getty Images/JOEL ROBINE

Le chaos, ce terreau fertile

Par après, l’Afghanistan est irrémédiablement déstabilisé. L’alliance entre guérillas cède lorsque le commandant Massoud cherche à prendre le pouvoir, et la guerre civile éclate, détruisant Kaboul.

Des Pachtounes du sud du pays émergent les talibans, groupe dirigé par le Mollah Omar, qui prennent le contrôle du pays.

Selon Frédéric Nicoloff, la deuxième guerre d’Afghanistan, menée par les États-Unis et les forces de l’OTAN après le 11 Septembre, repose sur une tactique similaire à celle des Soviétiques : la prise de contrôle de villes à partir desquelles on tente de débusquer l’ennemi caché en campagne.

Le journaliste est formel : « Le contrôle de ce pays est absolument impossible. »

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