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Jacques Beauchamp
Audio fil du jeudi 12 septembre 2019

Les grands bonds dramaturgiques de Françoise Loranger, précurseure oubliée

Publié le

Françoise Loranger regarde à droite en souriant.
Françoise Loranger en 1965   Photo : Radio-Canada / Jean-Louis Frund

À la radio, à la télévision et sur scène, elle a posé les premiers jalons de la dramatique et du théâtre bourgeois québécois avec le radioroman La vie commence demain, la pièce Une maison... un jour et la télésérie Sous le signe du lion. Son passage au théâtre social, avec Médium saignant et Un si bel automne, sur fond de trouble politique, a déclenché les passions. Alexandre Cadieux, enseignant en théâtre, explique à Jacques Beauchamp comment, en voulant approfondir des personnages, Françoise Loranger a secoué les mœurs et la morale.

Françoise Loranger regardant la caméra en 1940.
Françoise Loranger en 1940 Photo : Radio-Canada

Fille d’avocat et petite-fille de l’éditorialiste et politicien Edmond Lareau, Françoise Loranger naît en 1913 à Mont-Saint-Hilaire. Elle fréquente une école de lettres et sciences pour jeunes filles et est élevée dans un climat où les idées circulent.

L’école du radioroman

Elle fait ses débuts à la radio à CKAC, puis passe à Radio-Canada, où elle collabore avec Robert Choquette, architecte des grandes dramatiques du diffuseur public. C’est avec lui qu’elle écrit La vie commence demain, diffusée à partir de 1943.

Elle va écrire pour la voix humaine; elle va beaucoup insister là-dessus. […] C’est surtout l’idée d’écrire des dialogues, de donner [vie] aux personnages. Avec Robert Choquette, ça va être tout un apprentissage. En fouillant, on se rendrait compte qu’en tant qu’assistante, elle a peut-être plus de [pouvoir] sur certaines choses. Par exemple, à un certain moment, c’est elle qui prend en charge La pension Velder, le grand radiofeuilleton de l’époque. Cette idée de développer la sensibilité des personnages par la parole est quelque chose qui va lui rester et qu’elle va emporter, ensuite, à la télévision.

Alexandre Cadieux

Le roman, une aventure non concluante

En 1949, elle publie son seul et unique roman, Mathieu. Lauréat d’un concours du Cercle du livre de France, il est publié mais ne reçoit pas officiellement le prix, puisque les organisateurs lui reprochent de mettre en scène un personnage insensible à la religion. C’est le premier flirt de l’auteure avec la controverse.

Françoise Loranger, assise à un bureau devant une bibliothèque et une fenêtre, ajuste ses lunettes en fumant une cigarette.
Françoise Loranger en 1965 Photo : Radio-Canada/Jean-Louis Frund

Sous le signe de la télévision

Avec l’apparition de la télévision, elle se met à écrire pour le petit écran. Elle écrit notamment Sous le signe du lion, diffusée à partir de 1961. Après une année de paralysie en raison de l’opposition du clergé à son contenu « immoral », la série révolutionne le format du feuilleton à cause de sa structure ambitieuse, qui offre un début, un dénouement et une fin précise au lieu d’une simple chronique du quotidien.

Le théâtre en deux temps

Au théâtre, elle devient le pendant féminin de Marcel Dubé avec les pièces Une maison… un jour (1963) et Encore cinq minutes (1966).

Dans les années 1970, elle expérimente avec des formes d’écriture plus éclatée, mais aussi des sujets politiques controversés. Construite comme une séance de conseil municipal et traitant des droits des minorités, Médium saignant (1970) lui vaut des accusations de racisme de la presse anglophone.

Trois femmes discutent dans un petit salon étroit sur cette photo en noir et blanc de la pièce <i>Une maison… un jour</i>, en 1970.
Monique Miller, Yvette Brind'amour et Yolande Michaud dans Une maison… un jour, en 1970. Photo : Radio-Canada/André Le Coz

Un si bel automne (1971), qui a comme toile de fond la crise d’Octobre, est elle aussi considérée comme explosive.

Il y a cette idée de placer le spectateur en position de juge. Elle disait : "Avant, mes pièces étaient inspirées par des personnages. Maintenant, elles le sont par des situations." Donc, elle développe des formes qu’aujourd’hui on pourrait [qualifier de] théâtre documentaire, un peu théâtre participatif. C’est politique au sens ou ça repense aussi la relation entre le spectateur et l’œuvre.

Alexandre Cadieux
Un homme tenant un petit coffre ouvert et une femme postée devant une console regardent hors-champ vers leur droite dans cette photo de la pièce <i>Encore cinq minutes</i>, en 1970.
Jean Duceppe et Marjolaine Hébert dans la pièce Encore cinq minutes, de Françoise Loranger, en 1970. Photo : Radio-Canada/André Le Coz

Par après, elle délaisse l’écriture théâtrale et enseigne la création littéraire à l’Université Laval. Ses dernières œuvres sont des textes pour la télé écrits en compagnie d’Hélène Pedneault, qui créera une nouvelle version de Sous le signe du lion en 1997.

François Loranger meurt en 1995, à 81 ans.

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