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Jacques Beauchamp
Audio fil du mercredi 19 juin 2019

Les belles années des ciné-parcs, un des symboles du rêve américain

Publié le

Des personnes sont assises et appuyés sur une voiture décapotable alors qu’ils regardent un film dans un ciné-parc.
Un ciné-parc durant les années 1970   Photo : Getty Images / Agence France Presse

Les premiers ciné-parcs sont apparus dès les années 1930 aux États-Unis. À leur apogée, durant les années 1950, ils ont été le symbole parfait du rêve américain : on y voyait les grosses voitures et les icônes hollywoodiennes. Au Québec, ils ont fait leur apparition au début des années 1970, car l'Église les jugeait peu fréquentables. Le critique de cinéma au Devoir André Lavoie retrace leur histoire.

En 1933, Richard Hollingshead installe un drap entre deux arbres de sa cour, près du stationnement de sa maison. Il place un projecteur au-dessus de sa voiture pour regarder un film depuis l’intérieur de celle-ci. Le 16 mai 1933, il obtient un brevet de ciné-parc et en ouvre un premier le 9 juin 1933 à Camden, au New Jersey. Les ciné-parcs poussent ensuite un peu partout aux États-Unis, mais la crise des années 1930 ralentit leur expansion.

Photo en noir et blanc de voiture des années 1930 dans un ciné-parc.
Le ciné-parc de Richard Hollingshead   Photo : Domaine public

L’explosion des ciné-parcs se produit à la fin des années 1940 et au début des années 1950. Elle est directement liée au développement des banlieues et à la prospérité économique d’après-guerre aux États-Unis.

Beaucoup de travailleurs de la ville décident de s’acheter des maisons en banlieue. […] Ces travailleurs ne veulent pas retourner en ville les soirs et les week-ends. […] Le ciné-parc devient un divertissement intéressant et peu coûteux pour eux, mais surtout un divertissement familial.

André Lavoie

À l’époque, le quart des recettes de l’industrie du cinéma proviennent des ciné-parcs, car le prix d’entrée y est moins élevé que celui d'un billet de cinéma.

Pas le royaume des cinéphiles

Un sondage réalisé au cours des années 1980 révèle que seulement 8 % des spectateurs de ciné-parcs s’intéressaient au film présenté.

Pendant longtemps, les films qui y sont offerts sont de second ordre, mais quand les familles commencent à déserter les ciné-parcs, leurs propriétaires y présentent des exclusivités, des films de série B et de porno soft, ce qui entache leur réputation.

Le déclin des ciné-parcs survient en raison de l’augmentation de la densité des banlieues qui les encerclent. Leur luminosité altère la qualité de l’image et les citoyens se plaignent de l’achalandage créé par eux.

Ironiquement, l’expansion de l’automobile contribue au déclin des ciné-parcs, dans la mesure où l’on construit de plus en plus d’autoroutes, qui contournent les routes nationales aux États-Unis, ce qui fait en sorte qu’elles contournent aussi des ciné-parcs.

André Lavoie

De plus, au début des années 1960, 90 % des foyers américains possèdent un téléviseur. Enfin, l’ère numérique mettra fin à la pellicule. Les cinémas s’adapteront rapidement à la projection numérique, qui se répandra au cours des années 2000, mais pas les ciné-parcs.

Le Québec en retard

Au Québec, le premier ministre Maurice Duplessis, qui a été au pouvoir jusqu’en 1959, refusait que les ciné-parcs s’installent dans la province. En 1968, une loi autorise enfin leur implantation. Les premiers ciné-parcs accueillent le public québécois en 1970. En 1975, la Belle Province en compte 28 pour 34 écrans et 1,6 million de spectateurs les fréquentent.

L’année 1984 est celle de tous les records : le Québec compte alors 44 ciné-parcs pour 64 écrans, que fréquentent 2,2 millions de spectateurs. Par la suite, le déclin des ciné-parcs est inévitable avec l’essor du magnétoscope dans les habitations.

Une personne regarde un film dans sa voiture dans un ciné-parc.
Un ciné-parc Photo : Reuters/Lucas Jackson

En 2019, il en reste près de 300 aux États-Unis et quelques-uns au Québec, fréquentés par des nostalgiques.

Notre rapport à l’automobile a changé. Notre rapport au cinéma a aussi changé.

André Lavoie

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