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Jacques Beauchamp
Audio fil du mercredi 8 mai 2019

Camille Laurin, le père de la psychiatrie moderne au Québec

Publié le

Photo en noir et blanc d'un homme en costume cravate assis sur une table et les mains croisées.
Camille Laurin en 1958   Photo : Radio-Canada / André Le Coz

« On a connu très bien le père de la loi 101, mais on a connu très mal le psychiatre. Et pourtant, [...] il a été psychiatre avant d'être politicien, et il a été psychiatre après avoir été politicien. Et peut-être que sa politique a aussi été inspirée par la psychiatrie », résume Alexandre Klein, philosophe et historien de la santé, au sujet du rôle fondamental de Camille Laurin dans le développement de cette discipline au Québec.

Destiné à la prêtrise, Camille Laurin embrasse plutôt la médecine au début des années 1940 à l’Université de Montréal et s’oriente assez rapidement vers la psychiatrie, un domaine peu développé dans la province. Il doit cependant quitter le Québec de 1951 à 1957 afin de se spécialiser au Boston State Hospital aux États-Unis et à l’Institut de psychanalyse en France.

À son retour, un emploi de psychiatre l’attend à l’Institut Albert-Prévost, un centre de soins et de formation lié à l’Université de Montréal, où il y enseigne aussi très tôt après son arrivée. À la fin de 1957, Karl Stein, le directeur de l’Institut, démissionne. Camille Laurin hérite du poste. En 1958, Fernand Côté démissionne lui aussi de sa fonction de directeur du Département de psychiatrie à l’Université de Montréal.

Camille Laurin se retrouve à la fois à la tête du plus important institut et de l’enseignement à l’Université de Montréal. Il a 35 ans.

Alexandre Klein, philosophe et historien de la santé

Il devient une vedette de la psychiatrie au Québec avec une mission : transformer la psychiatrie québécoise, qui n’existe pas officiellement. Il veut répandre l’idée que la maladie mentale est une maladie comme les autres, et que la psychiatrie est une science médicale.

En août 1961, la publication d’un livre lui vient en aide dans sa démarche. Les fous crient au secours de Jean-Charles Pagé, dont Camille Laurin signe la postface, crée une onde de choc au Québec. L’auteur y raconte les mauvais traitements que ces malades subissent à l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu.

Un mois plus tard, le nouveau gouvernement de Jean Lesage lance une commission d’enquête. Le rapport de la commission Bédard paraît six mois plus tard et dénonce des conditions problématiques de prises en charge des malades ainsi que le manque de personnel et de thérapies dans les hôpitaux psychiatriques. Les mesures que présente la commission sont tout de suite mises en place. Les malades sont davantage traités dans la communauté et dans les hôpitaux généraux.

La politique

Le 29 avril 1970, le Parti québécois (PQ) fait élire sept députés à l’Assemblée nationale. Camille Laurin, qui s’intéresse à la politique active depuis le milieu des années 1960, est l’un de ceux-ci. Après l’arrivée au pouvoir du PQ en 1976, il hérite de plusieurs ministères importants.

Par contre, la psychiatrie n’est jamais loin du politicien. Lorsqu’il dépose le projet de Charte de la langue française le 1er avril 1977, Camille Laurin affirme que la loi 101 est une forme de thérapie collective.

Camille Laurin est aussi un psychiatre politique, c’est-à-dire qu’il contribue à la science psychiatrique un peu, mais qu’il contribue surtout à […] transformer l’enseignement en psychiatrie et l’accueil des malades mentaux.

Alexandre Klein, philosophe et historien de la santé
Camille Laurin
Camille Laurin arrive à l'Assemblée nationale le 27 avril 1977 pour présenter la loi 101. Photo : La Presse canadienne/Louise Bidault

Quand il quitte la politique en 1985, Camille Laurin retourne à la pratique de la psychiatrie. Il revient auprès du Parti québécois et de son chef Jacques Parizeau en 1994.

Le psychiatre et politicien meurt en 1999.

Les fous crient au secours : témoignage d’un ex-patient de Saint-Jean-de-Dieu, Jean-Charles Pagé, postface de Camille Laurin, Écosociété, 2018

Camille Laurin, l’homme debout, Jean-Claude Picard, Boréal, 2003

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