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Jacques Beauchamp
Audio fil du mercredi 13 mars 2019

L’assassinat de Talaat Pacha, un des responsables du génocide arménien, durant l’opération Némésis

Publié le

Photo en noir et blanc d'un homme moustachu qui regarde au loin et est assis à un bureau.
Talaat Pacha   Photo : Library of Congress

Le 15 mars 1921, à Berlin, Soghomon Tehlirian a assassiné Talaat Pacha. « C'est comme si un juif avait eu la chance de mettre une balle dans la tête d'Adolf Hitler », affirme avec fermeté le géopolitologue Gérard Chaliand au sujet de cet événement lié au génocide arménien de 1915.

Joceline Chabot, professeure d'histoire et de géographie à l'Université de Moncton, rappelle le contexte de l’opération Némésis, menée contre les responsables du génocide arménien.

En 1918, la Turquie, alliée à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie durant la Première Guerre mondiale, est vaincue. Son gouvernement, dirigé par le comité Union et Progrès (les Jeunes-Turcs) est responsable du massacre des Arméniens. Ses principaux dignitaires démissionnent, et plusieurs fuient à Berlin avant l’arrivée des troupes alliées.

Photo en noir et blanc d'officiers militaires, dont deux se serrent la main, près d'un cours d'eau.
Rencontre entre des officiers militaires français et turcs après la défaite de l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale. Photo : Getty Images/Hulton Archive

Au printemps 1919, le nouveau gouvernement turc condamne par contumace les Jeunes-Turcs d’avoir entraîné la Turquie dans la Première Guerre mondiale et le massacre des Arméniens, mais justice n’est pas rendue.

La victime et son assassin

Talaat Pacha est ministre de l’Intérieur durant la Première Guerre mondiale et le principal architecte du génocide des Arméniens dès 1913, quand le comité Union et Progrès prend le pouvoir.

Photo en noir et blanc d'un homme en costume assis et accoudé à un meuble.
Soghomon Tehlirian   Photo : Domaine public

Durant la Première Guerre mondiale, Soghomon Tehlirian fait partie des volontaires arméniens qui combattent auprès des Russes contre l’Empire ottoman. La plus grande partie de sa famille est éliminée durant le génocide.

Il est recruté pour l’opération Némésis, une traque organisée sur trois continents à partir de Boston, Genève et Constantinople par la Fédération révolutionnaire arménienne.

Après avoir tué Talaat Pacha publiquement le 15 mars 1921, Soghomon Tehlirian reste sur place et se fait arrêter par la police. Son procès commence le 2 juin. Les architectes de l’opération Némésis veulent que le procès serve aussi à juger les responsables du génocide arménien.

L’idée derrière ce procès est de relancer la cause arménienne, qui tend à tomber dans l’oubli. Ce procès informe aussi la population allemande des événements qui se sont déroulés chez leur allié durant la Première Guerre mondiale.

Joceline Chabot, historienne

La stratégie fonctionne. La presse allemande et la presse internationale couvrent largement le procès. Soghomon Tehlirian plaide la folie et sa condition d’épileptique. Il est acquitté.

En tout, six responsables du génocide arménien, ceux des massacres d’Arméniens de Bakou (en Azerbaïdjan) de 1918 ainsi que des traîtres sont exécutés. Le mode opératoire est le même : la victime est tuée à bout portant par une balle dans la tête. L’opération s’arrête en 1922 à la suite d’un manque de fonds.

Après son acquittement, Soghomon Tehlirian séjourne brièvement à Paris avant de rejoindre sa fiancée à Belgrade. Une fois mariés, ils émigrent aux États-Unis. Soghomon Tehlirian meurt à San Francisco en 1960.

L’éthique de la vengeance

L’opération Némésis ouvre la porte aux questions éthiques sur le sort réservé aux responsables de génocides. Le juriste juif polonais Raphael Lemkin se fascine pour le procès Tehlirian.

Pour Raphael Lemkin, le procès Tehlirian est quelque chose de juste. Étant donné que justice n’est pas rendue, Tehlirian pose un geste juste, du point de vue éthique.

Joceline Chabot, historienne

Durant la Seconde Guerre mondiale, Raphael Lemkin se réfugie aux États-Unis, mais toute sa famille est exterminée par les nazis. En 1943, il crée le terme « génocide » et il met tout en œuvre pour qu’une loi internationale punisse ce crime. L’Organisation des Nations unies (ONU) adopte la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide en 1948.

Le génocide des Arméniens : représentations, traces, mémoires, sous la direction de Joceline Chabot, Marie Michelle Doucet, Sylvia Kasparian, Jean-François Thibault, Presses de l’Université Laval, 2017

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