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Jacques Beauchamp
Audio fil du mercredi 6 mars 2019

La renaissance du Ku Klux Klan dans les années 1920

Publié le

Des membres du Ku Klux Klan en 1922
Des membres du Ku Klux Klan en 1922   Photo : Getty Images

Né dans le sud des États-Unis autour des années 1870, le Ku Klux Klan (KKK) a connu son apogée dans le Midwest américain dans les années 1920. Harold Bérubé, professeur d'histoire à l'Université de Sherbrooke, raconte la renaissance de ce mouvement suprémaciste blanc aux États-Unis et son arrivée au Canada.

Le KKK prend racine au Tennessee après la guerre de Sécession. « Comme l’esclavage a été aboli, il s’agit de réinstaurer les frontières raciales entre Noirs et Blancs par la violence et par l’intimidation », explique le professeur.

Le gouvernement américain, qui craint des actes spectaculaires, réprime rapidement le mouvement en procédant à des centaines d’arrestations, si bien qu’il disparaît presque complètement.

Un KKK nouveau genre

Le film La naissance d’une nation de D. W. Griffith fournit l’étincelle qui permettra au mouvement de renaître dans les années 1920. À ce moment, un pasteur évangélique, William J. Simmons, restaure l'Ordre des chevaliers de l’Empire invisible.

Les éléments théâtraux qu’on associe au KKK vont apparaître à ce moment-là. Simmons s’inspire beaucoup plus du film que du KKK de 1870 pour faire renaître le mouvement.

Harold Bérubé, professeur d’histoire à l’Université de Sherbrooke

Le KKK tente alors de se dissocier de son passé raciste violent et élargit son message. La question raciale demeure centrale, mais la religion prend de l’importance. Le clan se positionne contre les juifs, les catholiques, mais aussi contre les communistes, les féministes et les syndicats. « Tout ce qui met en péril l’image d’un certain ordre ancien, les Blancs protestants d’origine anglo-saxonne », résume Harold Bérubé.

Le mouvement n’est par ailleurs plus associé aux zones rurales. Il gagne les villes du Midwest américain comme Denver, Portland et Détroit. Il compte notamment 50 000 membres à Chicago. En 1925, quatre millions d’Américains revendiquent leur adhésion au clan.

Les membres sont principalement des protestants de classe moyenne assez éduqués, selon des données sur l’adhésion qui ont refait surface dans les années 1970.

Hiram Wesley Evans préside la marche du KKK à Washington en 1926.
Un rassemblement du Ku Klux Klan à Washington en 1926. Photo : Archives nationales américaines

Le KKK au Canada

Photo en noir et blanc de la croix en train de brûler.
Le Ku Klux Klan brûle une croix lors d'un rassemblement à Regina en 1928.   Photo : Archives de la Saskatchewan

Au Canada, le Ku Klux Klan connaît surtout ses heures de gloire en Saskatchewan, où il compte quelque 40 000 membres à son apogée.

Dans les années 1920, cette province est l'une des plus prospères au Canada après l’Ontario et le Québec. De plus, la création de l’Église unie du Canada, en 1925, crée une certaine polarisation parmi les congrégations protestantes. « Les plus conservatrices se sentent un peu laissées de côté. Certaines sont de franches collaboratrices dans l’organisation du KKK », explique Harold Bérubé.

Selon lui, l’esprit du clan s’adapte bien au contexte canadien : « On s’attaque aux papistes catholiques, aux francophones et aux juifs, à l’immigration en général. »

On prétend défendre le caractère anglo-saxon et britannique du Canada, on s’oppose à l’immigration et on défend la prohibition.

Harold Bérubé, professeur d’histoire à l’Université de Sherbrooke

Il ajoute que le KKK ne se traduit pas par des actions terroristes en milieu urbain. Ses membres font plutôt du lobbyisme auprès des politiciens, ce qui aide les conservateurs à chasser les libéraux du pouvoir en 1929.

Le KKK aujourd’hui

Le mouvement s'estompe en quelques années. Il refait une percée dans la foulée du mouvement des droits civiques aux États-Unis dans les années 1950 et 1960, mais « par rapport aux années 1920, il n’est plus que l’ombre de lui-même », selon M. Bérubé.

S’il en reste des traces aujourd’hui, sa présence est « folklorique, dit-il. [...] D’autres mouvements de droite ont repris le flambeau ».

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