Vous naviguez sur l'ancien site
Aller au menu principal Aller au contenu principal Aller au formulaire de recherche Aller au pied de page
Ici Radio-Canada Première

Contrôleur audio

Extension Flash Veuillez vous assurer que les modules d'extension (plug-ins) Flash sont autorisés sur votre navigateur.

Chargement en cours

Jacques Beauchamp
Audio fil du mardi 26 février 2019

Le Grand-Guignol, le théâtre de l’horreur et de la comédie

Publié le

Un homme maquillé de manière horrible est assis devant un cercueil.
Une pièce du Théâtre du Grand-Guignol en 1937.   Photo : Domaine public

Amputations, assassinats, égorgements... Ces actes ont eu lieu à Paris de 1897 à 1963, sur la scène du Théâtre du Grand-Guignol. Tout l'art de la troupe qui y présentait des spectacles a consisté à faire côtoyer sur une même scène l'horreur et la comédie. Alexandre Cadieux, chargé de cours à l'École supérieure de théâtre de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et au Département de théâtre de l'Université d'Ottawa, raconte comment ces artisans ont réussi à faire rire et à horrifier le public parisien de l'époque.

Il ne faut pas confondre le Théâtre du Grand-Guignol avec le Théâtre Guignol, qui présente des spectacles de marionnettes qui font rire les enfants en tapant sur la tête d’un gendarme et celle d’un patron avec un gourdin.

Il y a cette charge de violence chez Guignol qui nous amuse comme les dessins animés. Il porte aussi une charge critique et politique. C’est un ouvrier de la soie, […] celui qui se moque du patron. Il est censuré au départ à cause de cette charge critique.

Alexandre Cadieux

Lors de la fondation du Théâtre du Grand-Guignol, son directeur, Oscar Méténier, fait également face à la censure.

Sur une affiche portant l'inscription « Tournée du Théâtre du Grand Guignol de Paris - Les 3 masques », un clown masqué gît sur une table avec un couteau dans le ventre. Trois hommes déguisés le regardent par une fenêtre avec des barreaux.
Une affiche du Théâtre du Grand-Guignol   Photo : Domaine public

Le Grand-Guignol apparaît dans le Paris de la Belle Époque, marquée par l’Exposition universelle et les Jeux olympiques de 1900, par les progrès techniques et par une effervescence culturelle et sociale.

Oscar Méténier installe le théâtre dans un ancien couvent de jansénistes, un ordre connu pour sa rigueur morale. Son père est commissaire de police et l’inspire en lui racontant une foule de récits sordides qui proviennent des bas-fonds de Paris.

Max Maurey prend la relève d’Oscar Méténier en 1899. Grâce à son sens des affaires et de la mise en marché, le théâtre devient encore plus populaire. En 1914, Camille Choisy le remplace. Son mandat coïncide avec la plus grande époque du Grand-Guignol.

Une soirée au Théâtre du Grand-Guignol

Chaque soir, le théâtre présente quatre ou cinq pièces.

On fait alterner les pièces chaudes et les pièces froides. On conforte le public avec des farces un peu graveleuses, avec un érotisme un peu bouffon. […] Une fois que le public est en confiance, on lui balance ces drames d’horreur pour lesquels on puise dans les faits divers.

Alexandre Cadieux

Ces histoires sont agrémentées de moult effets spéciaux : faux couteaux, démembrement des acteurs sur scène, pompe pour faire jaillir le sang des veines, etc.

Les pièces proviennent entre autres des œuvres d’Edgar Allan Poe et de Guy de Maupassant, mais des auteurs se consacrent spécifiquement à ce théâtre, dont André de Lorde, surnommé le prince de la terreur. Il écrit souvent ses pièces en collaboration avec le célèbre psychologue Alfred Binet.

De jour, à la ville, André de Lorde est un paisible bibliothécaire qui travaille à la Bibliothèque nationale de France. De nuit, il devient cet auteur qui écrit plus de 120 drames d’horreur, avec des titres évocateurs comme L’horrible expérience, La dernière torture, La mort rouge...

Alexandre Cadieux

Le déclin du Grand-Guignol s’amorce à partir des années 1930, lorsque le cinéma devient plus populaire. Les horreurs de la Seconde Guerre mondiale et des camps de concentration achèvent ce type de divertissement théâtral.

Le Théâtre du Grand-Guignol devient un phénomène culte et marginal, puis il disparaît en 1963.

Chargement en cours