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Jacques Beauchamp
Audio fil du jeudi 14 février 2019

Réjean Ducharme, l'auteur invisible

Publié le

Réjean Ducharme promène ses chiens.
Une des seules photographies connues de l'écrivain Réjean Ducharme.   Photo : La Presse canadienne

Réjean Ducharme a vécu toute sa vie dans l'anonymat. Le mystère autour de son identité n'a fait que renforcer l'intérêt porté à son œuvre, l'une des plus importantes et singulières de l'histoire de la littérature au Québec. La journaliste littéraire Danielle Laurin revient sur son œuvre et sur le mythe qui l'entoure.

L’écrivain a à peine 25 ans quand son premier roman, L’avalée des avalés, paraît chez Gallimard, en 1966. Dès lors, la presse se déchaîne, autant France qu'au Québec. « On se demande qui est ce jeune Rimbaud, on parle d’un nouveau Céline. On se demande si cet auteur va se montrer », explique Danielle Laurin.

Mais l’écrivain gardera son mystère au-delà de sa mort, le 21 août 2017, ne se laissant connaître du public que par son œuvre.

On sait peu de choses de lui, on sait qu’il est né dans une famille modeste dans Lanaudière, qu’il était autodidacte, mais on retient d’abord et avant tout ses romans.

Danielle Laurin, journaliste littéraire

Une œuvre marquée par l’enfance

En lice pour le prestigieux prix Goncourt et lauréat du Prix du Gouverneur général, L’avalée des avalés devient un roman culte. « C’est un roman très particulier, extrêmement ludique, vraiment marqué par une intensité de l’imaginaire de la narratrice Bérénice », fait remarquer Danielle Laurin. « C’est vraiment une petite rebelle qui en veut au monde entier, mais surtout au monde adulte et à toute forme d'institution sociale. »

Réjean Ducharme publie par la suite plusieurs romans en rafale : Le nez qui voque (1967), L’océantume (1968) et La fille de Christophe Colomb (1969), dans lesquels les thèmes de l’enfance et du rejet du monde adulte restent présents.

Ce sont de jeunes héros qui refusent le monde adulte, le monde tel qu’il est, parce qu’ils le jugent trop restrictif.

Danielle Laurin, journaliste littéraire
Détail de la couverture de « L'avalée des avalés » de Réjean Ducharme
Détail de la couverture de « L'avalée des avalés » de Réjean Ducharme   Photo : Gallimard

Même si L’Hiver de force (1973) met en scène des adultes, ces derniers sont « restés en quelque sorte des enfants », dans un « constat nihiliste sur la société de consommation », poursuit Danielle Laurin.

Son œuvre se démarque par son goût pour l’enfance, par sa soif d’absolu, mais aussi par l’inventivité du langage. C’est une œuvre iconoclaste et pleine de fantaisie, mais aussi de violence, de révolte.

Danielle Laurin, journaliste littéraire

De romancier à parolier

Pendant 14 ans, Réjean Ducharme ne publie pas de romans. Il continue toutefois à écrire. À la fin des années 60, il commence à collaborer avec Robert Charlebois, pour qui il écrit des paroles de chansons pendant 12 ans.

C’est Ducharme qui lui a envoyé sur des bouts de papier ou des serviettes de table des refrains et des paroles de chanson. À partir de là, ils ont commencé à se voir.

Danielle Laurin, journaliste littéraire

Il écrit aussi pour le théâtre et la télévision. Il signe entre autres le scénario du film Les Bons Débarras (1980), qui récolte huit prix Génie. Dix ans plus tard, il publie trois derniers romans : Dévadé (1990), Va savoir (1994) et Gros mots (1999).

Si l’écrivain ne s’est jamais montré, même pour recevoir ses prix, il laisse tout de même sa marque. Plusieurs écrivains, dont Monique Proulx et Catherine Makrivakis, se réclament de Ducharme, « à cause de cette inventivité du langage, de cet imaginaire complètement débridé et de son humour », note Danielle Laurin.

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