Vous naviguez sur l'ancien site
Aller au menu principal Aller au contenu principal Aller au formulaire de recherche Aller au pied de page
Ici Radio-Canada Première

Contrôleur audio

Extension Flash Veuillez vous assurer que les modules d'extension (plug-ins) Flash sont autorisés sur votre navigateur.

Chargement en cours

Jacques Beauchamp
Audio fil du mercredi 23 janvier 2019

L’affaire Gilbert Duclos : à qui appartient une image?

Publié le

L'édifice imposant de la Cour Suprême, l'hiver
La Cour suprême du Canada, à Ottawa   Photo : Radio-Canada / Virginie Gagnon-Leduc

En 1987, le photographe Gilbert Duclos a pris un cliché d'une jeune femme. Il était loin de se douter que cette photo le mènerait jusqu'à la Cour suprême du Canada. Le 9 avril 1998, la plus haute cour au pays a reconnu à Pascale Claude Aubry, la personne photographiée, le droit à la vie privée et à l'image. Vincent Lavoie, professeur au Département d'histoire de l'art de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), analyse ce jugement et ses conséquences sur la pratique des photographes au Québec.

La photo de Gilbert Duclos montre une femme assise sur les marches d’un commerce. Elle est vêtue d’un jeans et d’un chandail sombre. Son regard porte au loin. Le jugement précise que la diffusion publique de l’image pose problème.

On croit voir un portrait. Or, le portrait est un genre en principe valorisant. Donc il est très surprenant que cette image soit considérée par l’intimée comme un préjudice.

Vincent Lavoie, professeur d'histoire de l'art

À la fin des années 1980, Gilbert Duclos crée une série intitulée Cités. Il se promène dans diverses villes du monde et il est à la recherche de situations cocasses, de faits inusités, de visages intéressants. Duclos est un artiste humaniste qui photographie dans l’espace public librement.

Un homme regarde la caméra en souriant légèrement.
Gilbert Duclos   Photo : Courtoisie

Pascale Claude Aubry poursuit les éditions Vice-Versa et Gilbert Duclos en 1988. Se sentant lésée, car des amis se sont moqués d’elle quand ils ont vu la photo publiée dans le magazine Vice-Versa, elle demande une forme de réparation.

Les juges sont appelés à soupeser à la fois l’intérêt du public, l’information, l’intérêt privé de la personne en cause et le photographe dans son intérêt comme artiste.

Vincent Lavoie, professeur d'histoire de l'art

Le jugement du 9 avril 1998

Les décisions des cours inférieures sont reconduites. La Cour suprême n’interdit à personne de prendre une photo, mais elle protège la vie privée des gens photographiés en ce qui concerne la publication. Il faut demander le consentement de la personne photographiée. Deux juges sont dissidents sur la question des dommages, qui est difficile à mesurer.

La réaction de Duclos

Gilbert Duclos s’insurge contre le jugement et il continue quand même à faire son métier. Le jugement lui procure une certaine notoriété. En 2005, il fait paraître le documentaire La rue zone interdite, qui porte sur les enjeux de l'arrêt Duclos.

Aujourd’hui, Doisneau ne pourrait plus être Doisneau, Willy Ronis ne pourrait plus être Willy Ronis. [Les photographes] ne peuvent plus travailler comme ils l’ont fait pendant des décennies. […] Toute une tradition passe à la trappe de l’histoire si on suit à la lettre ce jugement. C’est la fin d’une pratique.

Vincent Lavoie, professeur d'histoire de l'art

Chargement en cours