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Jacques Beauchamp
Audio fil du vendredi 18 janvier 2019

Le cinéma des années 1950 : quand la crise inspire les cinéastes

Publié le

Un homme a le bras droit appuyé sur une maison.
James Dean dans le film « Géant », en 1956.   Photo : La Presse canadienne

Pour cette première de cinq émissions spéciales d'une heure consacrée au cinéma, Jacques Beauchamp reçoit le chroniqueur Michel Coulombe, le journaliste au quotidien Le Devoir André Lavoie et le professeur et coordonnateur du programme Arts, lettres et communication au Collège André-Grasset Carlo Mandolini. Durant les années 1950, la jeunesse américaine étouffe dans cette Amérique de l'après-guerre prospère, mais encore très conservatrice. En Europe, les Italiens marquent la décennie avec le néoréalisme. Au Québec, La petite Aurore, l'enfant martyre secoue les cinéphiles.

À cette période, le cinéma est en crise aux États-Unis. Le maccarthysme engendre un climat de peur et la loi antitrust interdit aux studios de tout posséder, soit les droits de production, de distribution et de diffusion en salles.

Le cinéma américain des années 1950 est un géant aux pieds d’argile. Dans les années 1930 et 1940, les gens allaient trois ou quatre fois par semaine au cinéma. L’arrivée de la télévision ébranle Hollywood et le cinéma un peu partout dans le monde, de sorte qu’on fera toutes sortes de choses pour ramener le public [dans les salles], pour le retenir en tout cas.

Michel Coulombe, chroniqueur

Pour André Lavoie, les années 1950 évoquent « la renaissance du cinéma européen sur les ruines de la Deuxième Guerre mondiale ». Les cinéastes évoquent cette désolation, surtout les Italiens et les Français. Cette décennie de reconstruction amène de nouveaux styles et de nouveaux cinéastes, assoiffés de cinéma américain qu’ils n’ont pas vu depuis des années à cause de la guerre. Influencés par ce cinéma, ils jettent tout de même un regard unique sur la société.

Carlo Mandolini estime que Bergman, Tati, Fellini, Antonioni, Hitchcock et Mizoguchi forgent à cette époque l’imaginaire des cinéphiles.

Ces maîtres ont une maîtrise presque absolue du langage cinématographique, une audace formelle très grande qui donne un tremplin extraordinaire au cinéma à venir.

Carlo Mandolini, professeur de communication

Les mythiques James Dean et Marlon Brando

Trois films suffisent pour créer la légende de James Dean, soit À l’est d’Éden (1955), La fureur de vivre (1955) et Géant (1956). Quant à Marlon Brando, son magnétisme transperce l’écran dans Un tramway nommé Désir (1951) et Sur les quais (1954), entre autres.

James Dean et Marlon Brando marquent les années 1950 aux États-Unis, en mettant à mal l’Amérique conservatrice et le maccarthysme. « James Dean représente cette idée nouvelle de la jeunesse », estime Michel Coulombe.

Photo en noir et blanc d'un homme qui regarde la caméra les bras croisés.
Marlon Brando en 1951 Photo : Getty Images/Hulton Archive

Pour André Lavoie, ces deux acteurs évoquent un immense sentiment de liberté : « Ils ont un ton, une manière, un désir de s’affranchir de beaucoup de choses. »

Regardez la bande-annonce de La fureur de vivre

Par contre, depuis quelques années, le mythe de Marlon Brando s’écroule en raison de ce qu’il a fait subir à l’actrice Maria Schneider sur le tournage du film Le dernier tango à Paris (1972).

En plus de ces deux figures masculines du cinéma américain des années 1950, Marilyn Monroe fait aussi figure d’icône grâce à sa sensualité, pendant féminin du magnétisme et de l’animalité de Brando.

Le cinéma québécois

Sorti en 1952, le film La petite Aurore, l’enfant martyre, de Jean-Yves Bigras, est-il un chef-d’œuvre? Le plus grand succès du cinéma québécois des années 1950 est « un objet assez singulier dans l’histoire du cinéma québécois », selon André Lavoie qui rappelle aussi le succès de Ti-Coq (1953), de Gratien Gélinas et René Delacroix.

Les Québécois rêvent d’une industrie privée et populaire, mais le succès de La petite Aurore, l’enfant martyre ne parvient pas à faire en sorte que ce souhait se réalise.

Ce film nous parle d’une société extrêmement étouffante, d’une société où les hommes semblent émasculés.

André Lavoie, journaliste au quotidien « Le Devoir »

Le néoréalisme italien

Officiellement apparut en 1945 avec le film Rome, ville ouverte, de Roberto Rossellini, le néoréalisme italien est d’abord lié à une attitude morale. « L’artiste a un devoir de conscience morale. Il doit donc s’attacher à des problématiques du quotidien, contemporaines », explique Carlo Mandolini.

Regardez la bande-annonce de Rome, Open City (en italien, sous-titré en anglais)

Les cinéastes Roberto Rossellini, Luchino Visconti et Vittorio De Sica veulent faire table rase, réinventer et réécrire la fiction italienne après la mainmise du pouvoir fasciste depuis les années 1920. Par moment, ce cinéma fondamentalement italien choque la société italienne et le pouvoir politique le voit d’un mauvais œil.

Les productions néoréalistes essuient de nombreux échecs commerciaux. Le cinéma néoréaliste italien se transforme lorsque Vittorio De Sica, réalisateur du Voleur de bicyclette (1948), invente avec Miracle à Milan (1951) un néoréalisme qui abandonne les thématiques politiques et sociales pour explorer le surréalisme. Federico Fellini et d'autres réalisateurs italiens prennent le relais par la suite.

Photo en noir et blanc d'un garçon et d'un homme portant un chapeau assis sur la bordure d'un trottoir.
Une scène du film « Le voleur de bicyclette » Photo : Getty Images/ullstein bild Dtl.

Le néoréalisme inspire cependant la Nouvelle Vague française et le cinéma direct des documentaristes québécois.

Enfin, André Lavoie espère qu’avec tous les drames qui frappent des pays comme l’Irak et le Yémen, un nouveau Roberto Rossellini émergera pour raconter ces histoires avec la même puissance.

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