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Jacques Beauchamp
Audio fil du lundi 19 novembre 2018

La grandeur perdue de l’Empire ottoman

Publié le

Le couché du soleil avec en contre-jour la silhouette de la mosquée et ses minarets.
La Mosquée bleue d'Istanbul a été construite entre 1609 et 1616, sous le règne du sultan Ahmet Ier.   Photo : Getty Images / iStock / Raufmiski

La grandeur perdue de l'Empire ottoman est une partie intégrante de la politique actuelle du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Dans chacun de ses discours, celui-ci réfère aux victoires des grands sultans pour entretenir le nationalisme des Turcs. Selon l'historien Raphaël Weyland, la nostalgie, qui anime actuellement la Turquie et son président, n'est pas tout à fait fidèle à la réalité historique.

L’Empire ottoman dont il rêve, c’est un Empire ottoman qu’il reconstruit, qu’il réinvente, ce n’est pas exactement l’Empire ottoman.

Raphaël Weyland, historien, à propos du président turc Recep Tayyip Erdogan

L’Empire ottoman s’est effondré après la Première Guerre mondiale. Mustafa Kemal Atatürk en a alors pris le contrôle. Il a d’ailleurs construit la République de Turquie en opposition à cet Empire ottoman, souligne Raphaël Wyland. Aujourd’hui, avec la Turquie kémaliste presque effondrée, c’est sur son dos que le président Erdogan construit à son tour ses avantages politiques.

La naissance d’un empire

Les différents peuples turcs sont chassés de leur territoire d’Asie centrale entre le 11e et le 14e siècle, entre autres par les Mongoles. Établi dans une région au nord de la Turquie actuelle, Osman 1er profite des déchirements de l’Empire byzantin pour tripler la taille du territoire hérité de son père, jusqu’aux portes de Constantinople, aujourd’hui Istanbul.

L’Empire dont Osman 1er a posé les bases continue de s’étendre et de s’agrandir sur le territoire de la Turquie actuelle dans les années suivantes. En 1354, l’armée ottomane conquiert une partie des Balkans et de l’Europe. En 1389, la Serbie tombe entre leurs mains et, en 1453, Constantinople est conquise avant de devenir la capitale du sultanat.

« On fait la jonction entre les territoires asiatiques et les territoires européens, explique Raphaël Wyland, on s’empare de la ville de Constantinople dans un siècle resté fameux. »

Le dixième sultan de l’Empire ottoman, Soliman 1er, aussi connu comme Soliman le magnifique, étend encore les frontières de l’empire. De 1520 à 1566, il portera son armée jusqu’aux portes de Vienne, en Europe, et jusqu’à l’Algérie, en Afrique du Nord.

Avec une armée moderne et professionnelle, l’Empire ottoman continue sa progression au 15e et 16e siècle. Pendant qu’en Europe on part encore en guerre avec des lances et des épées, les Ottomans sont les premiers à adopter les armes à feu.

À son apogée, l’Empire ottoman contrôle la plupart des routes de la soie, en plus de posséder des infrastructures et des technologies plus avancées que leurs voisins, dont les Européens. Un des facteurs ayant mené à leur succès est structurel, avec la construction de nombreux ponts, mais également une grande tolérance religieuse et politique. Tant que la population paie ses impôts, les chefs religieux de chaque communauté, qu’ils soient chrétiens, musulmans ou juifs, sont appelés à gérer leurs ouailles eux-mêmes.

Un pont arqué en pierre relie les deux rives de la rivière.
Le vieux pont de la ville de Mostar en Bosnie-Herzégovine a été construit au 16e siècle au-dessus du fleuve Neretva. Il a été classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2005. Photo : Getty Images/iStock/Ozbalci

Du déclin jusqu’au génocide arménien

Le lent déclin du 17e et 18e siècle s’accélère au 19e siècle avec une succession de grandes défaites militaires en Hongrie et en Égypte, entre autres. En plus des crises de succession pour le contrôle de l’Empire, plusieurs idéaux sécessionnistes sont ressentis dans différentes parties du royaume, sans compter la montée en puissance de l’Autriche et de la Russie. À cela s’ajoute la montée en flèche du commerce mondial dans l’Atlantique, vers les Amériques, au détriment du commerce méditerranéen.

Désormais, chez les Grecs ou les Serbes, par exemple, l’idée de l’indépendance face au grand empire fait son chemin. Un idéal nationaliste commence ainsi à s’opposer à l’esprit multiethnique de la fondation de l’Empire ottoman.

Les morceaux de l’empire vont commencer à se détacher […]. L’empire doit continuer à lutter contre les puissances extérieures, mais en plus, il doit lutter contre lui-même, et rapidement, ça commence à s’effondrer comme un château de cartes.

Raphaël Weyland, historien

À ce titre, la Première Guerre mondiale portera un coup fatal à l’Empire. Affaiblis, les Ottomans se lancent dans la guerre « d’une manière un peu désespérée », explique Raphaël Weyland. Ils se rallient à l’Allemagne, entre autres en raison de la peur engendrée par la montée en puissance de la Russie à leurs frontières.

Certains Arméniens de l’Empire ottoman font cause commune avec les Russes. En raison de cette alliance, tous les Arméniens sont pris à partie, et plus d'un million d’entre eux sont tués dans des conditions atroces. Chez les Ottomans au pouvoir, l’idée que la faiblesse de l’Empire vient du manque de « cohésion », et donc d’une trop grande diversité, se répend de plus en plus, au profit d’un nationalisme ottoman.

En 1920, l’un des plus grands empires musulmans de l’histoire est démembré par le traité de Sèvre, qui accorde tout de même au sultan une retraite dorée à Constantinople. En 1923, Mustafa Kemal Atatürk le fait tomber de son trône et fonde l’État turc moderne et laïque.

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