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Hommage aux familles d’accueil

Les matins d'ici

Avec Philippe Marcoux

En semaine de 5 h 30 à 9 h

Hommage aux familles d’accueil

Rattrapage du vendredi 15 novembre 2019
Un père, une mère et leur fils main dans la main

Les familles d'accueil sont en demande en Gaspésie.

Photo : iStock

Cette semaine lors sa chronique d'humeur, l'auteure Catherine Voyer-Léger désire rendre hommage aux familles d'accueil.

Hommage aux familles d’accueil

C’était il y a deux ans presque jour pour jour. Je m’en allais vers l’est de la ville de Gatineau rencontrer des gens que je n’avais jamais vus. Ce couple que je ne connaissais pas encore vivait dans une maison unifamiliale du secteur avec leur grande fille adolescente. Et une autre adolescente encore, pas la leur. Et deux petites filles d’âge préscolaire. Pas les leurs non plus.

Pour la première fois, j’allais m’approcher très près d’une famille d’accueil.

Quand je suis arrivée, il n’y avait que l’homme du couple pour m’accueillir. Il prenait soin d’un des bébés, parce que sa conjointe avait dû s’absenter pour une urgence avec un autre des enfants hébergés chez eux.

Ce matin-là, j’ai commencé à toucher du doigt quel pouvait être le quotidien de ces gens qui, un jour, avait choisi de faire de leur foyer un lieu d’accueil.

On parle beaucoup ces jours-ci des familles d’accueil dans le sillage de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse. Parfois ce qu’on entend déchire le cœur de cruauté : des enfants retirés de milieux inadéquats pour se retrouver dans des familles d’accueil elles aussi inadéquates.

Il est sans doute normal, dans le cadre d’un exercice comme celui que préside Régine Laurent, qu’on veuille insister sur ce qui ne fonctionne pas. C’est l’occasion, après tout, d’espérer faire collectivement mieux dans ce dossier. Mais parfois, ce qu’on entend déchire aussi le cœur de beauté : des jeunes qui témoignent de la différence que les familles d’accueil ont faite dans leur vie. Et aujourd’hui, je voulais surtout rendre hommage à des centaines de famille dans notre région qui jouent ce rôle avec toute la bonne foi possible, ce rôle plus que jamais nécessaire – puisque les signalements à la DPJ ne cessent d’augmenter - et pourtant si antinomique avec l’époque. Après tout, qui dans cette ère reconnue pour son individualisme, pour sa recherche incessante du plaisir et du bien-être individuel, peut bien avoir l’idée de consacrer sa vie, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, à prendre soin des enfants des autres? Je ne sais pas exactement qui ils sont, mais je sais qu’ils sont environ 350 foyers dans notre région et ce n’est pas rien.

Je les admire d’abord parce que ces familles dédient une grande partie de leur vie à des enfants et des adolescents qui débarquent chez eux avec des bagages très lourds, des bagages qui sont souvent inconnus de la part de la famille d’accueil qui se retrouve à naviguer dans le brouillard. Comme l’expliquait récemment Geneviève Rioux, la présidente de la Fédération des familles d’accueil et des ressources intermédiaires du Québec, dans une entrevue : pour des raisons de confidentialité, les familles d’accueil ignorent souvent ce par quoi sont passés les enfants qu’ils reçoivent chez eux. Vous imaginez comme ça complique leurs interventions?

Je les admire aussi parce qu’il y a beaucoup de lourdeurs administratives dans ce réseau. C’est lourd d’abord de devenir famille d’accueil : on vous évalue, on mesure les pièces et les fenêtres de votre maison, on évalue votre couple, votre dynamique familiale. C’est nécessaire, évidemment, mais ce n’est pas une étape facile.

Et c’est lourd au quotidien. Les familles d’accueil ont beaucoup de paperasse à remplir : elles doivent justifier certaines dépenses, demander des autorisations pour certains choix ou prodiguer certains soins, comptabiliser les jours qu’un jeune passe chez eux ou non, garder un registre des achats qui sont faits pour le jeune, etc. Dès qu’un enfant se blesse, il faut faire un rapport d’incident remis à des intervenants. Cette vie familiale bien particulière est régentée par une série de règlements et de cadres qui vous poursuivent dans les plus petits gestes.

Mais j’admire surtout les familles d’accueil parce qu’elles doivent donner le meilleur à des jeunes qui sont pourtant appelés à les quitter. Pensez-y : chaque matin en se levant elles font face à des jeunes qui ont besoin d’une présence rassurante, aimante, indéfectible. Tu ne peux pas être chiche dans ton investissement : plusieurs de ces jeunes ont des enjeux d’attachement. Certains vont être fermés comme des huîtres, d’autres beaucoup trop rapidement à l’aise. Certains vont vouloir tout casser, d’autres vont vouloir fusionner. Il faut leur accorder du temps de qualité, il faut leur donner la chance de trouver un équilibre dans leur attachement, leur donner des limites et parfois tenter de leur apprendre à rétablir la confiance.

Pour le dire autrement : les familles d’accueil reçoivent chez eux des enfants qui, pour la plupart, repartiront à plus ou moins long terme, et pourtant elles ne peuvent pas se permettre de garder une froide distance avec ces enfants-là. Le rôle des familles d’accueil c’est de s’investir dans des relations souvent éphémères. Et parfois vivre avec leur peine quand l’enfant doit repartir. Souhaiter le mieux pour des enfants dont on prend soin, ça ne protège pas de vivre un déchirement lorsque nos chemins se séparent. Surtout qu’il peut arriver qu’on ne soit pas convaincu qu’ils nous quittent pour le mieux.

Au sens de la loi, je suis moi-même une famille d’accueil. Mais je suis ce qu’on appelle une famille d’accueil banque mixte. Sans entrer dans les détails administratifs, disons que moi j’ai ouvert ma maison pour accueillir un enfant, un seul enfant à qui je souhaitais offrir un projet de vie à long terme. C’est très différent de l’engagement d’une famille d’accueil régulière qui sait d’avance qu’elle verra se succéder dans sa vie des relations plus ou moins éphémères. Je vis moi aussi des défis d’attachement, des insécurités quant à notre situation et la lourdeur administrative. Mais moi je vis tout ça en investissant dans une relation à long terme. Je ne pense pas que je pourrais au quotidien vivre avec l’arrivée et le départ d’enfants dans ma vie, enfants dont parfois vous perdrez complètement la trace.

Vous aurez compris que c’est ça que je faisais, il y a deux ans, dans l’est de la ville. Je m’en allais chez ces gens qui gardaient une adolescente et deux bébés pour rencontrer un de ces bébés qui était appelé à venir vivre chez moi. Pendant deux semaines et demie, j’ai côtoyé de près cette famille d’accueil, impressionnée par leur organisation digne d’une petite entreprise, la gestion d’un horaire complexe, la connaissance fine qu’ils avaient de chacun des enfants hébergés chez eux. Et l’absence complète de jugement; l’amour, le profond amour, avec lequel ils accueillaient ces derniers.

Pendant deux semaines et demie, je me suis sentie un peu coupable. Le bébé était bien dans cette famille, elle était heureuse quand on y arrivait, elle montrait de l’attachement. Je n’ai jamais trop su pourquoi les intervenants avaient choisi de la déplacer vers chez moi. C’est ça aussi être famille d’accueil : pas toujours trop comprendre sur quelle base sont prises les décisions qui vous touchent pourtant directement.

Au bout de deux semaines et demie, quand en fin d’après-midi je me suis présentée pour la dernière fois dans l’est de la ville, que j’ai coincé dans ma petite voiture quelques sacs verts et boîtes de couches, que j’ai installé de façon définitive le siège de bébé et suis partie avec l’enfant vers notre nouvelle vie, je savais bien que la famille d’accueil avait le cœur gros pendant que moi j’exultais.

Ils se sont engagés à ça aussi : avoir parfois le cœur gros. Être famille d’accueil, c’est certainement enrichir sa vie, mais c’est aussi un grand sens de l’abnégation. Ça m’impressionne et ça m’émeut aux larmes. Je leur lève mon chapeau.

La petite fleur qui pousse maintenant chez moi a connu plusieurs foyers avant d’arriver à destination. Elle n’a aucun souvenir conscient des nombreux regards aimants qui ont croisé sa vie avant que je devienne sa seule référence et moi-même, je n’aurai pas toutes les réponses à lui donner lorsqu’elle posera des questions. Mais elle grandit en sachant qu’il y a quelque part, pas très loin de chez nous, des gens qui l’ont aimée sans demi-mesure en sachant pourtant qu’elle devrait partir. Elle grandit en apprenant l’immense respect que j’ai pour ces gens dont la vocation est le dévouement.

L'auteure Catherine Voyer-Léger assise dans un studio de radio

L'auteure Catherine Voyer-Léger

Photo : Radio-Canada / André Dalencour

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