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Samedi et rien d'autre, ICI Première.
Samedi et rien d'autre, ICI Première.
Audio fil du samedi 9 juin 2018

L'histoire du football en Russie racontée par je journaliste Régis Genté

Le soccer russe : une joute aussi politique que sportive

Publié le 9 juin 2018
L'affiche officielle de la Coupe du Monde de la FIFA 2018, dévoilée dans le métro de Moscou
L'affiche officielle de la Coupe du Monde de la FIFA 2018, dévoilée dans le métro de Moscou PHOTO : FIFA

Vladimir Poutine ne cache pas sa fierté d'accueillir cette année la Coupe du monde de soccer, une manière comme une autre pour la Russie de jouer un rôle de premier plan au sein du concert des nations les plus puissantes du monde. Il n'en a pas toujours été ainsi, selon le journaliste Régis Genté, mais le soccer russe a toujours été l'antichambre de la politique du pays.

Un peu d’histoire
Quand les Anglais ont initié les Russes au ballon rond à la fin des années 1870, le sport a connu une popularité quasi immédiate à Saint-Pétersbourg. « Toutefois, la progression du soccer ne plaisait pas aux autorités », explique Régis Genté, co-auteur du livre Futbol – Le ballon rond de Staline à Poutine, une arme politique. La révolution bolchévique de 1917 a proscrit tout ce qui appartenait à la culture bourgeoise des pays capitalistes, notamment le soccer, considéré comme un divertissement et non comme une activité apte à « dresser les corps », tel que le voulait l’idéologie. Le peuple a néanmoins continué de s’enticher profondément des sports occidentaux et le soccer a fini par s’imposer en Russie comme partout ailleurs.

« Le soccer russe a toujours été en quelque sorte le miroir de la vie politique », explique Régis Genté. Le sport a été au cœur des tensions entre le régime et la population qui y était soumise. Pendant que les autorités conspuaient le ballon rond et encourageaient fortement une forme d’athlétisme appelée le « sport rouge » que le gouvernement nommait la « culture physique », la population n’a cessé de développer son intérêt pour les sports dit « bourgeois ».

Pour les autorités de l’URSS, il ne fallait pas cultiver le « goût du record sportif » ou le « désir d’être champion », mais plutôt valoriser une culture de mise en forme individuelle pour l’atteinte d’un esprit sain dans un corps sain. « Des idéologues bolchéviques ont même considéré transformer le soccer pour que soient déclarés vainqueurs non pas les joueurs ayant marqué le plus de points, mais bien ceux dont le jeu était le plus beau. Ces critères esthétiques n’ont jamais été adoptés par les équipes sportives ni par les supporteurs », rappelle Régis Genté.

La couverture du livre Futbol : Le ballon rond de Staline à Poutine, une arme politique, de Régis Genté et Nicolas Jaillot

Allary Editions

Le vedettariat sportif, désormais un outil politique
Dans l’ex-URSS, les amateurs de sport étaient critiqués pour leur attachement à certains joueurs vedettes, une vénération que le régime désirait voir portée seulement aux élites politiques. Le régime prônait l’idée que la collectivité doit l’emporter sur la personne, mais les choses ont bien changé, au point qu’aujourd’hui la Russie met en vedette sur l’affiche de la Coupe du monde le légendaire gardien de but des années 1950 et 1960 Lev Yachine. Il est représenté récupérant un énorme ballon dont le cuir déchiré laisse apparaître le globe terrestre et les contours de l’immense territoire russe.

« Le soccer est devenu une manière pour la Russie de s’affirmer comme une superpuissance mondiale. Toute l’ambition géopolitique de Poutine est là : remettre la Russie sur le devant de la scène internationale et se mesurer le plus favorablement possible à l’Occident. »

—  Régis Genté, journaliste de RFI et auteur