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Samedi et rien d'autre, ICI Première.
Samedi et rien d'autre, ICI Première.
Audio fil du samedi 3 juin 2017

Entrevue avec 4 chercheurs universitaires au sujet de leurs champs d'études

Robots tueurs ou fantasmes odorifiques : des recherches universitaires vulgarisées

Publié le 3 juin 2017
Le robot-bombe Remotec Andros Mark V-A1, notamment utilisé par la police de Dallas
Le robot-bombe Remotec Andros Mark V-A1, notamment utilisé par la police de DallasPHOTO : Remotec Northrop Grumman

Une lecture existentialiste du Seigneur des anneaux ou un cadre juridique pour les crimes commis par des robots : voilà quelques sujets de thèses parmi ceux d'Antonin Marquis, de Kevin Moustapha, de Natalie Bouchard et de Louise Caroline Bergeron. En marge du congrès de l'Association francophone pour le savoir (Acfas), Joël Le Bigot demande à ces quatre chercheurs de résumer et de vulgariser leurs travaux.

Tolkien et Sartre : même combat
Dans sa thèse en études littéraires, Antonin Marquis croise les narrations, faisant se rencontrer Le Seigneur des anneaux, de Tolkien, et la pensée existentialiste de Jean-Paul Sartre, dans une relecture à la sauce génération Y. Sa thèse? Frodon, personnage inventé par Tolkien, est un existentialiste au sens où l’entendait Sartre – ou un homme révolté, comme le définissait Camus, parce qu’il jouit d’une grande liberté à travers laquelle il se perd et expérimente le vertige de l’existence. À cet égard, Frodon serait aussi un représentant parfait de la génération des millénariaux, laquelle a tant de choix de vie à sa portée qu’elle s’y égare profondément.

Le philosophe et écrivain français Jean-Paul Sartre le 22 octobre 1970.

AFP

Des robots qui échappent au système juridique
Doctorant en droit et spécialiste du droit criminel, Kevin Moustapha s’inquiète de l’absence de cadre juridique pour traiter des cas de robots qui auraient commis des crimes. « Un délinquant a été abattu par l’utilisation d’un robot téléguidé, l’an dernier, à Dallas, se souvient-il. Ça a été la bougie d’allumage de ma recherche. Je me suis demandé : qui est responsable d’un tel crime? Pour l’instant, la plupart des robots du genre sont encore actionnés à distance par des humains. Mais quand les robots du futur fonctionneront de manière autonome grâce à l’intelligence artificielle, comment allons-nous traiter ces cas? Dans l’éventualité où un programmeur aurait fait une erreur de programmation, pourra-t-on tenir criminellement responsable ledit programmeur? Est-ce qu’on pourra poursuivre au criminel des robots qui ne sont pas des entités humaines? Ce sont les questions qui m’intéressent. »

Des architectures qui intègrent la perception des odeurs
« Je m’intéresse à l’aspect intangible de l’environnement et à son impact sur nos états mentaux », explique la designer et chercheure en sciences cognitives Natalie Bouchard. Ses recherches sur le « fantasme odorifique » tentent de démontrer « l’influence de la mémoire olfactive sur notre perception de la réalité » et pourraient, à terme, mener à la prise en compte de l’aspect olfactif dans l’élaboration de projets architecturaux et de planifications urbaines.

« Les odeurs ont le pouvoir de modeler notre perception spatio-temporelle. On arrivera un jour à identifier certains contextes angoissants et à savoir intervenir pour rendre l’expérience olfactive positive. »

—  Natalie Bouchard

Catégoriser le flou
Doctorante en sémiologie, Louise Caroline Bergeron s’intéresse à ce qu’elle a nommé la « flouïfication », qui s’inspire de la « logique floue », c’est-à-dire une manière de nommer et de reconnaître l’aspect fluctuant de l’expérience humaine. Elle l’applique, par exemple, à la notion d’identité de genre. Dans une pensée de catégorie stricte – celle avec laquelle la majorité des savoirs humains composent encore –, on identifie deux possibilités : on peut être soit homme, soit femme. Il n’existe pas d’entre-deux, pas d’autre option à ces deux genres. Or, dans la réalité, de nombreuses personnes considèrent échapper à ces catégories. La flouïfication, dans ce cas précis, serait une pensée qui tient compte de l’aspect dynamique et évolutif de l’identité.