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Le Epoch Times distribué jusque dans la région

Région Zéro 8
Rattrapage du jeudi 21 janvier 2021

Le Epoch Times distribué jusque dans la région

The Epoch Times distribué jusque dans la région

La page couverture de janvier 2021 du journal The Epoch Times.
Des résidents de l'Abitibi-Témiscamingue ont commencé à recevoir le journal The Epoch Times.PHOTO : Radio-Canada / Alex Perreault
Région Zéro 8
Région zéro 8Publié le 21 janvier 2021

Depuis quelques jours, des citoyens de l'Abitibi-Témiscamingue reçoivent dans leur boîte aux lettres une copie non sollicitée du journal The Epoch Times, un journal qui fait la promotion de théories conspirationnistes.

Des internautes de la région ont dit éprouver un malaise à recevoir ce journal, qu’ils n’ont jamais demandé. Une situation semblable a été vécue à Montréal en mai 2020, lors de la première vague de la pandémie.

Le journaliste des Décrypteurs et animateur du balado Ça s’explique, Alexis De Lancer, s’était alors intéressé à ce journal pro-Trump, qui est en croisade avec le Parti communiste chinois. Il est en quelque sorte le bras médiatique d’un mouvement spirituel, le Falun Gong, qui est né en Chine, et qui vers la fin des années 90, a été déclaré hors-la-loi par l’état central en Chine, explique-t-il.

Le journal a donc été créé par des adeptes du Falun Gong en exil aux États-Unis. L’objectif premier était, et est toujours, de combattre le Parti communiste chinois, le PCC, c’est leur bête noire. Essentiellement, dans les premières années, dans l’Epoch Times, on s’attardait à toutes sortes de dossiers sur la communauté, ça semblait assez bénin. Mais depuis 2016, selon une enquête de NBC News, et depuis, c’est patent, ce journal-là a adopté un tournant pro-Trump qui s’est accéléré, radicalisé au fil du temps et a commencé à épouser les théories conspirationnistes de la mouvance Qanon à travers tout ça.

« Ce qu’on y trouve, essentiellement, c’est de la propagande et beaucoup de désinformation. »

— Une citation de  Alexis De Lancer, animateur des Décrypteurs

Malgré l’apparence traditionnelle du journal, il ne faut donc pas prendre tout ce qui s’y dit au sérieux. Je pense qu’il faut regarder ça avec beaucoup de prudence. On avait interrogé, au printemps dernier, Jean-Hugues Roy qui est professeur à l’école des médias de l’UQAM là-dessus, qui connaît bien la publication, qui l’a regardée, qui l’a analysée pour nous, et dans son esprit, il n’avait aucun doute : il s’agit dans une large mesure de propagande, souligne M. De Lancer.

Le journal contient en effet de nombreux textes d’opinion et il est difficile de savoir si de vrais journalistes y travaillent. Les Décrypteurs avaient tenté de joindre la rédaction du journal le printemps dernier, sans succès. On se pose la question : pourquoi ils distribuent ça un peu partout au Canada?, lance l’animateur et journaliste.

Serge Grenier, spécialiste de la Chine de l’Université de Sherbrooke, croit qu’il s’agit d’une façon pour la diaspora chinoise qui adhère au Falun Gong de faire sortir ses idées en dehors de la communauté sino-canadienne un peu partout au pays grâce à une campagne d’envois massifs non sollicités. C’est ça qui dérange les gens, c’est qu’ils ne l’ont pas demandé et ils le reçoivent, fait remarquer Alexis De Lancer.

Le spread du journal The Epoch Times montrant l'influence du PCC sur les institutions internationales.

La distribution de ce journal au grand public crée un malaise chez plusieurs internautes de l'Abitibi-Témiscamingue

Radio-Canada / Alex Perreault

Postes Canada continue pourtant de distribuer le journal et n’a pas l’intention d’arrêter de le faire. Ça n’a pas changé, à l’époque [de notre reportage] et maintenant, Postes Canada ne change pas sa position : ils vont continuer à distribuer ce journal gratuit et la représentante des relations médias de Postes Canada a dit que Postes Canada n’était pas dans un rôle de censure. [...] Leur point de vue, s’il y en a un, sur le contenu, ne change rien à leur obligation de livraison. C’est en gros le message de Postes Canada, qui relève d’un ministère qui, jusqu’à présent, ne s’est pas prononcé là-dessus. On nous disait, lors de la première vague, qu’il n’y avait pas d’enfreinte au Code criminel, et étant donné la Charte, il y a certaines protections qui doivent être garanties, ajoute-t-il.

Néanmoins, une pétition circule présentement en ligne pour demander à Postes Canada de cesser de distribuer ce journal dans les boîtes aux lettres. J’ai hâte de voir si la pression populaire, citoyenne, va générer un changement. Il y a une unité syndicale de Postes Canada, au printemps, qui avait signifié son malaise, mais ça n’avait rien changé. Et pas plus tard qu’aujourd’hui, il y a un facteur de Regina en Saskatchewan qui a été suspendu parce qu’il a refusé de livrer The Epoch Times, avance-t-il.