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L’industrie musicale doit-elle se renouveler?

Région Zéro 8
Rattrapage du vendredi 17 avril 2020

L’industrie musicale doit-elle se renouveler?

L’industrie musicale doit-elle se renouveler?

Steve Jolin accepte un prix sur scène lors du gala de l'industrie de l'ADISQ.
La maison de disques 7ième ciel a remporté le Félix pour la maison de disques de l'année et d'équipe de production de disques de l'année.PHOTO : Jean-François LeBlanc
Région Zéro 8
Région zéro 8Publié le 18 avril 2020

En cette période où les spectacles et festivals sont annulés et où des spectacles d'envergure comme One World : Toghether at home sont présentés sur le web, l'industrie musicale doit-elle se renouveler?

Les spectacles présentés sur le web peuvent être une avenue intéressante, concède Steve Jolin, propriétaire de Disques 7ième Ciel. Après, je pense qu'il faut considérer un peu le genre de spectacle. Dans le cas du spectacle One World, on parle de vedettes internationales qui génèrent une attention mondiale, donc c'est sur qu'à ce niveau-là, tu peux espérer atteindre une vaste clientèle même à travers le web, même si l'expérience n'est pas optimale, soulève-t-il.

Dans un contexte un peu plus près de chez nous, québécois, c'est sûr que dans notre style de musique, en tout cas nous, je constate que de faire un show de rap interactif virtuel n'a pas nécessairement le même impact et le même soutien du public. L'avantage de faire ça avec des artistes mondiaux, c'est qu'ils peuvent aller chercher une clientèle mondiale, alors que nous, c'est un public plutôt restreint, poursuit-il.

Le gérant de disques et de spectacles réfléchit donc, avec son équipe, à différentes façons de faire rayonner ses artistes. On continue d'être créatifs, c'est-à-dire qu'on incite nos artistes à continuer de produire, à créer de la musique, et on essaie de trouver des façons originales de la présenter au public, dit-il.

Il nomme l'exemple du rappeur Souldia, qui devait lancer son album le vendredi 3 avril. Ce qu'on a fait, c'est que le 2 avril à 21 h le soir, on a fait une écoute publique sur différentes chaînes, comme le YouTube et le Facebook de l'artiste et de 7ième Ciel. On a fait une opération où il parlait de chaque chanson et on écoutait la chanson en primeur, ça a généré beaucoup d'intérêt. Ç'a été une façon intéressante et originale de présenter le projet à défaut de le présenter en direct avec un spectacle, témoigne-t-il, remarquant que plusieurs artistes utilisent les directs sur Facebook et Instagram pour rayonner ces temps-ci.

Pour lui, le danger de cette mode des diffusions en direct, c'est que la quantité importante d'artistes et d'influenceurs qui les utilisent fasse en sorte que les internautes s'y perdent et ne savent plus où donner de la tête. Au début, c'est intéressant, ça semble innovateur, mais on fait le tour rapidement, croit-il.

Des services de vente de billets en ligne comme lepointdevente.com proposent pour leur part aux internautes de payer pour assister à des spectacles virtuels. Est-ce une option intéressante pour le producteur? Je pense qu'il y a une catégorie de fans qui vont vouloir le faire en voulant encourager leurs artistes. Mais ça reste quand même marginal. Je trouve l'initiative très cool et j'ai hâte de voir les résultats, mais je pense que le succès va vraiment dépendre du fanbase de l'artiste et de son taux d'engagement. Un artiste qui est en développement, je ne pense pas qu'il va pouvoir bénéficier vraiment de cet outil-là, mais un artiste qui a vraiment beaucoup de fans, comme les Cowboys Fringants, s'ils en font un, oui je pense que ça peut fonctionner, donne-t-il en exemple.

Souldia les bras croisés sur la poitrine qui regarde la caméra d'un air sérieux. Il est dans une loge et le miroir derrière lui nous renvoie le dos de sa chemise et sa tête tatouée.

Le rappeur Souldia

fournie par SIX media marketing inc. / MIKE MASSA

En attendant que les salles de spectacle puissent recommencer à plein régime, l'industrie de la musique doit donc faire preuve de patience. Les gens doivent comprendre que bien que tous les secteurs sont touchés présentement, on va être possiblement le secteur qui va être le plus longuement touché, parce qu'alors qu'il va y avoir de la reprise, il va quand même y avoir des règles de distanciation sociale et nous, notre travail, c'est du divertissement et c'est une business de rassemblement. À partir du moment où on doit restreindre les rassemblements, on va sûrement être une des dernières industries relancées de façon normale, fait-il remarquer.

L'industrie du disque vivait déjà des années difficiles et connaîtra un été désastreux. Ça fait mal au coeur. Une entreprise comme nous qui avait le vent dans les voiles et qui connaissait sa meilleure année à tous les niveaux, tant des artistes, du nombre de spectacles, des cachets, on a tout vu ça s'envoler. Je ne veux pas avoir l'air de me plaindre parce qu'il y a beaucoup de gens qui sont pires que nous, plusieurs entreprises ne se relèveront pas de cette crise-là, mais c'est sûr que c'est un coup dur pour les artistes et cette industrie-là. On discute souvent de plans de relance, comment on va faire pour traverser, qu'est-ce qu'on peut faire. Tout le monde réfléchit à ce qu'on peut faire, mais on ne sait pas en ce moment, admet-il.

L'industrie musicale devra, à court terme, se contenter des aides gouvernementales. Il faut rester positif, il faut regarder en avant, il faut continuer de créer, il faut sortir de la musique, il faut continuer à voir le tout positivement et avancer. Il faut prendre tout ce qui se présente à nous et attendre que ça passe, conclut Steve Jolin.