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Antoine Charbonneau-Demers nous offre un roman pour le confinement

Région Zéro 8
Rattrapage du jeudi 2 avril 2020

Antoine Charbonneau-Demers nous offre un roman pour le confinement

Antoine Charbonneau-Demers nous offre un roman pour le confinement

Portrait en noir et blanc de l'auteur et comédien Antoine Charbonneau-Demers, sur fond noir.
L'auteur et comédien Antoine Charbonneau-DemersPHOTO : Same Ravenelle
Région Zéro 8
Région zéro 8Publié le 3 avril 2020

L'auteur et comédien natif de Rouyn-Noranda Antoine Charbonneau-Demers a publié, en ligne, un court roman qu'il a écrit en ce temps de confinement. Le jeune homme a également accepté de se confier sur le décès de son grand-père, emporté par la COVID-19 il y a quelques jours à Rouyn-Noranda.

Celui que l'on connaît pour ses romans Coco et Good boy a lancé, en format électronique, le roman Daddy (Nouvelle fenêtre). Dans un contexte où les finances personnelles des gens ne sont pas nécessairement en santé, le prix demandé pour se le procurer en ligne est de 7 $, mais il est possible de se le procurer pour un montant minimal de 2 $.

Un roman écrit dans l'urgence de la crise, preuve qu'Antoine Charbonneau-Demers est un auteur productif. C'est un peu de ça que le roman parle. Oui, je suis productif, ce n'est pas toujours positif dans ma vie. Je me rends compte que c'est un peu un culte aussi dans notre société, la productivité, la performance. Je me rends compte que je suis un peu victime de ça. Tout en étant victime, j'y contribue énormément, souligne-t-il.

En cette période où plusieurs souhaitent profiter du confinement pour ralentir et faire des choses qu'ils ont longtemps remises à plus tard, l'auteur a plutôt senti une urgence de produire. C'est drôle, depuis tantôt on parle d'urgence, mais en fait, je me suis rendu compte à ce moment-là qu'il n'y en avait plus. J'avais un livre qui allait sortir à cette rentrée-ci, en avril, j'en avais un autre qui devait sortir en France, en septembre. Tout à coup, tout est annulé, tout est reporté, et puisque moi j'étais dans l'urgence, le fait qu'il n'y en avait plus, j'ai voulu en créer une.

« Je pense que c'est un peu un problème, ça montre qu'on est conditionné à être dans la productivité et la performance et j'ai créé un besoin où il n'y en avait pas. Au lieu de prendre un recul, qui aurait peut-être été beaucoup plus thérapeutique que l'écriture, je me suis dirigé vers la productivité pour ne pas perdre mon statut, ne pas perdre mon emploi, ne pas qu'on arrête de me lire. »

— Une citation de  Antoine Charbonneau-Demers

La période de crise que l'on traverse voit aussi émerger de nouvelles formes d'art. Ce roman pourra peut-être, dans quelques années, faire partie de ces oeuvres qu'on aura créées en temps de confinement et qui témoigneront de l'époque unique que nous sommes en train de vivre.

À la base, j'avais cet objectif-là, mais ce que j'aborde aussi dans le livre, c'est que c'est aussi en soi un problème. J'ai voulu être le premier à sortir un livre, c'est pour ça que j'ai été dans l'urgence. Je me suis dit les auteurs vont se mettre à écrire, il y a une compétition qui va s'installer, il va y avoir quelque chose, un phénomène, et je veux y contribuer, je veux même être dans les premiers à y contribuer et ça, ce n'est pas naturel dans mon confinement ou dans mon rythme de vie que je veux peut-être ralentir, confie-t-il.

L'auteur ne voulait pas nécessairement tomber dans le journal intime de confinement, puisqu'après tout, tout le monde se retrouve dans la même situation et le fait qu'il soit auteur ne le distingue pas des autres. Ce dont je parle dans le livre, ce n'est pas seulement mon confinement. Je raconte une histoire d'amour, je parle beaucoup de ma sexualité. Ce sont des choses dont j'aurais voulu parler à un moment ou à un autre, mais on dirait qu'en confinement, ces idées-là ont toutes été catalysées, c'était comme une force surnaturelle qui écrivait pour moi. J'ai écrit ça en une semaine, c'était vraiment fulgurant.

Il faut dire que le jeune homme a vécu un moment particulièrement difficile, alors que son grand-père a été la première victime de la COVID-19 en Abitibi-Témiscamingue. C'est d'abord le deuil de mon grand-père, donc c'est comme si tout le reste s'effaçait un peu. Ce qui est drôle, c'est que ça me ramène beaucoup au deuil de ma mère que j'ai vécu il y a deux ans, où c'était central, c'était la seule personne dans la famille qui allait mourir, c'était au centre de tout, raconte-t-il.

Mais là, ce qui me fait drôle, c'est que ça devient un chiffre, un détail, une conséquence de l'épidémie, il va y en avoir d'autres, ma grand-mère aussi est affectée. Je trouve ça dommage qu'il n'ait pas toute la place qu'il mérite dans nos esprits, parce que c'est comme s'il était tombé au combat, mais le combat continue, on doit se protéger nous, protéger nos proches et c'est très étrange, je trouve, témoigne-t-il.

Celui qui demeure à Montréal ne se protège pas nécessairement plus depuis le décès de son grand-père, puisqu'il le faisait déjà. Lui aussi. Là où je me rends compte que c'est pire qu'on le pense, c'est quand on fait tout ce qu'il faut pour ne pas l'attraper et finalement, on l'attrape quand même. Je reste chez moi, je suis assez privilégié, dans le sens que je n'ai pas à sortir et il y a des gens dans des situations bien pires que la mienne. Je ne suis pas inquiet et je suis en santé, mais c'est sûr que ça remet les choses en perspective.