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Région zéro 8 ICI Première.
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Rattrapage du vendredi 26 février 2021

Clotaire Moulounda, pionnier de la musique africaine au Québec

Clotaire Moulounda, pionnier de la musique africaine au Québec

Publié le 26 février 2021
Un homme noir sourit à la caméra lors d'une prise de photo officielle.
Clotaire Moulounda a enseigné au Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, mais s'est aussi fait connaître comme conteur.PHOTO : gracieuseté

Clotaire Moulounda, décédé en novembre 2018, était un personnage bien connu à Rouyn-Noranda. Cofondateur de La Mosaïque interculturelle en 1991, il s'est révélé comme conteur et était aussi très apprécié lorsqu'il faisait le Père Noël lors de célébrations du temps des Fêtes à La Mosaïque. Cependant, le fait qu'il était pionnier de la musique africaine au Québec est beaucoup moins connu! En cette fin du Mois de l'histoire des Noirs, c'est le moment de découvrir son héritage musical.

Un texte de Félix B. Desfossés

Clotaire est né au Congo belge. Le périple qui l’amène au Canada est assez impressionnant. Accepté pour un échange étudiant en URSS au tournant des années 70, il passe ensuite par la Suède avant de se retrouver à Montréal avec l’ambition de se rendre aux États-Unis.

À Montréal, il trouve l’amour et fonde une famille lorsque sa fille, Anna Beaupré Moulounda, voit le jour.

Il étudie alors en ingénierie minière dans la métropole. Parallèlement, il participe activement à la vie culturelle africaine locale, qui entame un certain foisonnement.

Le premier groupe à produire un spectacle de musiques et danses africaines traditionnelles créé par les immigrants africains au Québec fut fondé en 1976. Il portait le nom de Djembekan (le tambour qui parle), explique Monique Provost dans sa thèse de Doctorat en ethnologie et patrimoine, en 2016. Ce groupe est mené par le réputé musicien d’origine malienne Yaya Diallo.

Mme Provost continue : Le premier spectacle de Djembekan a eu lieu à la Bibliothèque nationale de Montréal. À cette époque, ce lieu de diffusion faisait partie du réseau des musiques et spectacles émergents. Une petite troupe fut recrutée pour l’événement, des pièces de différents répertoires traditionnels africains ont été enseignées aux membres du groupe qui devaient s’en imprégner. Ce soir-là, à la Bibliothèque nationale, le groupe de base qui jouait le répertoire africain était composé de Yaya Diallo aux djembés et balafons, de Francine Martel aux congas, de Clotaire Moulounda (Congo) à la guitare ballon à trois cordes…

C’est donc dire qu’avec Djembekan, Clotaire Moulounda est pionnier de la musique africaine à Montréal. Mais ce n’est pas tout. Monique Provost explique ensuite que la discorde s’installe au sein du groupe et qu’une nouvelle formation en émerge : Zibowa.

Percussions africaines avec Zibowa

Avec ce nouveau groupe, Clotaire Moulounda et ses comparses touchent autant aux sons québécois qu’africains. Ils développent une proposition unique, métissée, aux forts accents africains, agrémentée de percussions.

Anna Beaupré Moulounda a conservé les cassettes de son père et nous a permis de numériser quelques enregistrements afin de découvrir la musique de Zibowa.

Cette formation existe environ de 1978 à 1982. Au cours de cette période, de Djembekan à Zibowa, Clotaire fréquente toute une diaspora de musiciens et musiciennes qui s’intéressent aux musiques africaines, dont Michel Séguin. Ce dernier est percussionniste du groupe Ville Émard Blues Band, leader du groupe Toubabou et percussionniste accompagnateur de nombreux artistes populaires, dont Robert Charlebois.

Au cours des années 70, Michel Séguin et son entourage lancent la tradition des dimanches tam-tams au Mont-Royal, à Montréal, une tradition qui perdure toujours (en temps normal!). Clotaire Moulounda fait donc partie des balbutiements de cette grande tradition maintenant inhérente à la vitalité culturelle montréalaise.

À Rouyn-Noranda, le groupe Mélissa

Après ses études en ingénierie minière, Clotaire se fait offrir deux postes dans son domaine : l’un à Rouyn-Noranda, l’autre à Fermont. Sa femme et lui tirent à pile ou face. Rouyn gagne. Anna a 2 ans quand sa famille emménage en Abitibi-Témiscamingue au début des années 80.

Bien qu’il travaille dans son domaine, puis à titre d’enseignant au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, Clotaire continue de jouer de la musique dans ses temps libres. C’est ainsi qu’il fonde le groupe Mélissa. Il participe aussi régulièrement à toutes sortes de soirées musicales, jams et autres spectacles.

Parmi les cassettes conservées par Anna, on retrouve un enregistrement inestimable du groupe Mélissa en concert au mythique Cabaret de la dernière chance de Rouyn-Noranda, en 1992.
Avec cet enregistrement, on peut affirmer qu’il y avait de la musique africaine à Rouyn-Noranda à une époque où peu de régions éloignées auraient probablement pu se vanter de la même chose!

En 2021, La Mosaïque interculturelle célèbre ses 30 ans. L’organisme joue un rôle essentiel dans l’intégration des nouveaux arrivants dans la région entière, à une époque où l’attraction régionale est plus vitale que jamais. Clotaire Moulounda aura non seulement été un précurseur de cette initiative sociale, mais également un pionnier de la musique africaine à l’échelle provinciale et régionale!