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RÉCIT - Les forêts

Récit, ICI Première.

Les forêts, malmenées par l’humain

Une forêt traversée par une rivière.
La forêt et une rivière au BrésilPHOTO : iStock
Récit, ICI Première.
RécitPublié le 22 juillet 2019

Avant, la terre était recouverte de forêts. Puis, sont apparus les champs, les clôtures, les murs de la ville, les universités, l'Église et le savoir des livres. « La forêt était reine, mère de la poésie et des contes, des remèdes et des potions, généreuse, protectrice, notre première chapelle entre l'ombre et la lumière », relate Serge Bouchard. Quand donc avons-nous commencé à décapiter les grandes forêts? L'animateur nous invite dans le bois pour prendre conscience du destin lié des arbres et des humains, car les forêts de demain nous sauveront peut-être.

À l’origine, l’humain respectait la forêt et la considérait comme un monde improbable de miracles rempli de divinités. Elle était notre première religion, l’animisme, une cathédrale, un temple.

Les forêts sont de remarquables organismes qui participent à la régulation du climat terrestre, et leur action est bonne pour notre santé. Des recherches récentes indiquent même que les arbres communiquent entre eux. Ceux-ci peuvent vivre plusieurs milliers d’années. Old Tjikko, le plus vieil arbre du monde, est une épinette de 9500 ans et se trouve en Suède. Au Québec, les plus vieux arbres se trouvent quant à eux au lac Duparquet, en Abitibi. Ces thuyas (cèdres blancs) ont presque 1000 ans.

Une épinette entourée de corde blanche.

Old Tjikko, le plus vieil arbre du monde

iStock

Un ennemi, l’humain

Transportons-nous il y a plus de 3000 ans, en Mésopotamie, à l’époque des Sumériens, dans la ville d’Uruk, où régnait le roi Gilgamesh. En constatant le pouvoir extrême de la nature, Gilgamesh n’avait qu’un désir, soit que l’humain la surpasse. Il en a développé une obsession : abattre les forêts. Le roi avait donc fait abattre les cèdres pour tuer Humbaba, le gardien de cette forêt, située en Syrie aujourd’hui.

Plus tard, les Grecs de l’Antiquité ont décimé sauvagement des arbres du pourtour de la Méditerranée. Encore plus tard, les Européens du Moyen-Âge ont pillé les forêts pour construire les forges nécessaires à la création d’armes.

« En renversant la déesse mère, l’homme, le mâle, a pris sa place. […] La déforestation générale de l’Europe et de l’Amérique est liée à l’infériorisation de la femme. »

— Une citation de  Serge Bouchard

Cette destruction est aussi celle du progrès, du capitalisme sauvage et des conquêtes coloniales. La révolution patriarcale a fait également disparaître l’animisme au profit d’un monothéisme radical.

Aujourd’hui, l’enjeu des forêts est planétaire; l’humain doit se protéger de la crise climatique avec leur concours. « Nous en avons besoin pour la qualité de l’air et notre vie en société. » Après plusieurs centaines d’années d’irrespect envers la forêt, nous cherchons à retrouver le pouvoir et la magie de celle-ci.

Référence :

Forêts : promenade dans notre imaginaire, Robert Harrison, Flammarion, 2018