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Plus on est de fous, plus on lit, ICI Première.
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Audio fil du mercredi 12 septembre 2018

Son 1er roman After : Entrevue avec Jean-Guy Forget

After : les errances de Jean-Guy Forget

Publié le 12 septembre 2018
Il pose devant la tour de Radio-Canada.
L'auteur Jean-Guy ForgetPHOTO : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

« L'écriture s'impose à soi, on peut plus ou moins lui résister. » Dans un style qui mélange le français, l'anglais et la langue inclusive, l'auteur Jean-Guy Forget succombe à l'appel de l'écriture et propose un premier roman : l'autofiction After. Il souhaite entraîner le lecteur dans l'intimité de ses souvenirs : dans les méandres des fêtes et des excès nocturnes montréalais. Il répond à notre « Questionnaire du premier roman ».

After, Jean-Guy Forget, Hamac, 4 septembre 2018
 (Nouvelle fenêtre)
Résumé de l'éditeur : After, c'est le récit autofictionnel d'une passion qui se brûle à la vitesse d'un glissement de doigt sur l'écran d'un téléphone, d'une rupture arrivée trop tard et d'une relation polyamoureuse qui s'efface doucement. Les rencontres s'entremêlent à travers des partys redondants du Mile-End. Les intimités trébuchent, deviennent des « Je t'aime », peu importe la langue, sans jamais vraiment parvenir à se fixer. L'écriture devient le refuge pour s'expliquer à soi-même, encore plus qu'aux autres, ce qui fait réellement mal lorsque l'on peut dire que l'on se situe « après » quelque chose. Présenté comme une série de souvenirs épars, After élève une voix disloquée en résistance face à ces relations dont on ne se remet jamais vraiment; il ne s'agit pas d'un deuil, mais de s'accepter fragile entre les blackouts et les amours qui disparaissent en cassant tout.

« After », Jean-Guy Forget, Hamac, 4 septembre 2018

Hamac

Questionnaire du premier roman

Racontez-nous la prémisse de votre roman.
After, c’est une excursion à travers le nightlife montréalais. C’est une volonté de faire sens d’un monde chaotique à travers l’écriture quand la solitude trouve le moyen de s’immiscer même au centre des couples, même au centre des partys bondés de celles et ceux qu’on appelle parfois ami.e.s À travers trois relations qui s’entrecroisent, After, c’est une autofiction qui erre à travers les souvenirs, les échecs et les déboires pour arriver, peut-être infructueusement, à se comprendre.

Comment en avez-vous eu l’idée?
Pour moi, l’écriture s’impose à nous, à plus forte raison, l’écriture autofictionnelle s’impose aussi. Ma vie est une sorte de chaos que je n’arrive généralement qu’à m’expliquer en verbalisant ses highlights, en créant une sorte de trame narrative cohérente qui me donne un recul momentané pour comprendre ce trop-plein qui compose mon quotidien. After est apparu comme une urgence, comme une volonté de cristalliser une période de ma vie que j’arrivais à peine à m’expliquer en dressant le portrait de ce nightlife que j’habitais et en mettant par écrit la montagne russe émotionnelle dans laquelle je me retrouvais.

Quel a été le plus grand obstacle rencontré pendant l'écriture du livre?
Devoir sans cesse retourner au texte dans l’édition pour constamment approfondir ce que j’appelle dans le texte « la plongée en moi » en évinçant les aspects plus anecdotiques pour en faire ressortir les émotions plus pures, pour créer un texte qui soit plus un écho à ma voix qu’un simple compte-rendu de nuits que j’arrive à peine à me rappeler.

Quelle a été votre réaction quand vous avez appris que vous seriez publié?
Ayant eu quelques refus avec des manuscrits envoyés par le passé, j'ai en quelque sorte été soulagé de savoir qu’il y avait possibilité d’une tribune pour mon écriture et que le travail acharné des dernières années pouvait m’amener à être lu à mon tour. Je dois dire que j’étais par contre un peu anxieux, voire confus à un certain point, par rapport aux réactions que pourrait engendrer un texte comme celui-là vu mon rapport à l’oralité et son influence sur la syntaxe, au mélange de l’anglais et du français ainsi que l’importance que j’accorde à la neutralité des genres dans la langue. C’était une joie intense qui a oscillé incessamment entre l’inquiétude et l’extase, quelque chose de vraiment bittersweet, mais de tellement excitant.

Qu'avez-vous ressenti quand vous avez tenu votre livre dans vos mains pour la première fois?
C’était particulièrement surréaliste de voir mon nom, mon chest, mes mots sur un objet qui m’appartient, mais qui demeure tellement loin de moi, tellement indépendant. Un peu comme un enfant qu'on doit apprendre à laisser partir et à détacher de soi. Ça fait plus d’un mois que j’ai le livre et même si ça me rend heureux de le tenir, je ne me suis pas encore habitué à la distance qui existe maintenant entre ce que j’ai passé des années à écrire et l’objet que les gens peuvent lire.

Qui vous a donné envie d'écrire?
L’écriture, ça s’impose à soi. Les gens permettent de libérer l’écriture qui gronde en nous. Je ne sais pas à qui je pourrais attribuer le déblocage, mais je n’oublierai jamais le jour où, en secondaire 3, une enseignante m’a remis un travail corrigé sur lequel elle m’avait écrit : « Tu as la plume d’un futur poète. » Ç’a pris du temps avant que ça trouve écho chez moi, mais elle a su semer une étincelle dans mon parcours.

Quelle auteure ou quel auteur vous inspire?
Les gens qui m’entourent, qui pavent les nuits et les scènes de leurs mots. Je pense à mon amie Emmanuelle Riendeau, qui s’assure d’imposer sa voix nécessaire qui casse tout partout où elle va. Je pense à Baron Marc-André Lévesque, qui nous donne le droit de rêver et de réinventer le monde morose dans lequel on vit. Je pense à Emmanuel Deraps, qui embrasse les échecs et qui fait surgir une sorte de lyrisme de cuir à mi-chemin entre le Fernand Durepos des années 90 et Éric Lapointe.

Quel destin souhaitez-vous pour votre livre?
Je n’arrive pas à me projeter dans un futur lointain, à jouer le jeu des attentes quant à la pérennité d’une œuvre quand j’arrive à peine à me projeter moi-même dans quelques semaines. J’aimerais surtout que le livre arrive à résonner personnellement chez les lecteurs, à en aider quelques-un à faire sens de leur propre mess, à briller quelque part dans les nuits que l’on étire jusqu’au débordement et des relations qu’on laisse nous consumer. J’ai juste l’espoir que mes mots arrivent à résonner jusque dans la solitude des autres.