•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Votre destination audio, maintenant aussi sur le web !

Début du contenu

La liste de l'invité : Les réponses d'Emmanuel Schwartz

Plus on est de fous, plus on lit, ICI Première.

L'acteur Emmanuel Schwartz refait le questionnaire de l’émission

Emmanuel Schwartz au studio 18 de Radio-Canada, à Montréal, le 3 septembre 2018.
Le comédien Emmanuel SchwartzPHOTO : Radio-Canada / Mathieu Arsenault
Plus on est de fous, plus on lit, ICI Première.
Plus on est de fous, plus on lit!Publié le 22 octobre 2021

On peut voir ces jours-ci l'acteur et metteur en scène Emmanuel Schwartz dans le film La contemplation du mystère, « un thriller mystique, une chasse symbolique », explique-t-il. Après avoir répondu une première fois au questionnaire de l'émission en 2018, il se soumet une nouvelle fois au jeu. « Je constate que mes goûts et mes allégeances sont en constante mouvance », affirme le comédien.

Quel mot vous décrit?
Géolocalisation. Ces jours-ci, j’ai le sentiment de n’être que la somme d’où je me trouve et d’où je suis passé.

Quelle est votre devise?
Tourne-toi la langue 77 fois dans la bouche avant de parler. En plus d’éviter de dire des choses que l’on regrette, ça réchauffe l’appareil phonateur et ça permet une meilleure diction!

Où aimeriez-vous être en ce moment?
À l’extérieur de mon corps. D’abord, pour échapper à ce mal de dos qui me taraude, qui m’empêche de faire de l’exercice et qui provoque une prise de poids qui me déprime. Ensuite, pour me libérer de l’effort pandémique et laisser de côté les mesures sanitaires qui, bien que nécessaires, pèsent sur le bobo du manque de réelle connexion entre les êtres à notre époque. Enfin, pour voyager dans l’éther et oublier les choses terrestres et la peur de la mort.

À quel personnage vous identifiez-vous?
Ces jours-ci, à Caden Cotard, dans Synecdoche, New York, de Charlie Kauffman, le metteur en scène incapable de se satisfaire de la pièce qu’il écrit à partir de sa propre vie. Si la vie est une fiction à construire, alors il serait chouette de pouvoir reprendre et de réécrire des passages.

Quel est votre plus ancien souvenir de lecture (le premier livre que vous vous rappelez avoir lu)?
Après les livres de La courte échelle et autres romans jeunesse (le vrai premier livre est, je pense, Le monstre dans les céréales, de Marie-Francine Hébert), je me souviens d’avoir choisi au hasard dans la bibliothèque de ma mère Douze coups de théâtre, l’ouvrage de Michel Tremblay sur ces premiers chocs théâtraux. Force est d’admettre qu’à 11 ans, ça m’a marqué. Mais je confonds peut-être avec Le premier quartier de la lune, que j’avais lu vers la même époque, toujours en pigeant dans la bibliothèque de ma mère. Le rapport d’ostracisé de Marcel au monde qui l’entoure m’avait frappé ainsi que son rapport fusionnel avec son chat, Duplessis. En tout cas, ça commence avec Tremblay!

Quelle est votre madeleine de Proust?
Certaines gammes jouées à la guitare me ramènent tout de suite à une époque précise, où je me réveillais au son des leçons de guitare données par mon père. C’était une époque où tout était à faire encore…

Quelle chanson vous représente?
Pour faire différent de la dernière réponse et parce que tout bouge, ces jours-ci, je dirais un mélange entre Pharaoh’s Dance de Miles Davis, Nocturne 482 de Philippe B, Le tour de l’île de Félix Leclerc et Europe is Lost de Kate Tempest.

Quelle lecture a fait votre éducation sentimentale ou amoureuse?
Alors que j’ai été conditionné à l’amour-passion par le trou dans la mitaine et la neige sur l’épaule de La guerre des tuques, j’ai l’impression que mon rapport amoureux a été intellectualisé, voire tordu, alors que j’ai choisi à 15 ans, encore par hasard, à L’Échange sur Mont-Royal, Les diables amoureux, d’Apollinaire, que je ne savais pas être une étude de la littérature érotique dans l’histoire.

Quelle lecture obligatoire a été une torture?
Je me rappelle que Tartarin de Tarascon, d’Alphonse Daudet, avait été difficile à lire en troisième secondaire. L’apologie d’un douillet qui part à la guerre, ça manquait de rock and roll pour l’ado que j’étais.

Quel livre a changé votre vie?
La lecture de True and False: Heresy and Common Sense for the Actor, de David Mamet, m’a indéniablement lancé sur le chemin de la recherche théâtrale et dans une certaine mesure, sans dire que je me suis conformé à ses thèses, a façonné la posture artistique que j’ai adoptée pendant plusieurs années, celle de l’insatisfait.

Quelle est votre lecture réconfort?
Replay, de Ken Grimwood. Je l’ai lu d’abord à l’adolescence. Je le relis tous les cinq ans, pour son récit qui permet de rêver de recommencer sa vie plusieurs fois et pour son côté Americana. Le récit se déroule entre les années 60 et 80 aux États-Unis et joue avec les grands événements culturels et politiques de ces trois décennies chez nos voisins du sud.

Racontez la nuit la plus folle de votre vie.
Oh, ça ne se raconte pas… ou encore, je ne saurais pas laquelle choisir. En fait, c’était une semaine, et elle a commencé avec une fête d’acteurs pornos et s’est terminée avec une conversation avec l’acteur américain Philip Seymour Hoffman.

Écoutez la deuxième partie de la « liste de l’invité » avec Emmanuel Schwartz

Quel livre avez-vous lu en cachette?
Il me semble avoir déjà lu un Twilight une fois, parce que j’avais vu un des films et que je ne voulais pas attendre la suite. Une déception sur tous les plans. Une honte que je porte encore.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir jamais lu?
Étant souvent désigné comme lecteur de Proust chez vous, j’ai honte de ne m’être jamais attaqué aux livres d’À la recherche du temps perdu, d’autant plus que ça a provoqué quelques bourdes dans mes lectures, comme le fait d’appeler le Marquis de Norpois Monsieur de Norpois, lors de votre émission qui concluait votre Festival Temps perdu.

Quel livre offrez-vous en cadeau?
J’offre des livres qui me font envie, mais que je n’ai pas le temps de lire, comme des cadeaux par procuration. J’ai récemment offert Combats et métamorphoses d’une femme, d’Édouard Louis, Symbiose, de Normand Chaurette, la poésie de Louise Glück, Harlem Shuffle, de Colson Whitehead, et I’m your Man, de Leonard Cohen.

Quel est votre plus récent engouement artistique (livre, film, théâtre, album…)?
Comme plusieurs, la série Succession, dont la troisième saison commence. C’est une écriture cruelle et extraordinaire.

Quelle expression vous exaspère?
Le « gros bon sens » qui, d’après moi, n’existe pas. S’il y a un « bon sens », il doit être local et spécifique, et vu d’ailleurs, c’est certainement le mauvais.

Quelle est votre réplique fétiche?
J’essaie de me tenir loin de toute forme de fétichisme, mais s’il faut choisir une réplique que j’aime beaucoup : « ‘Tu d’bout Guy? » De Gaz Bar Blues.

Et pour la forme, Romeo et Juliette, de Shakespeare.
Mercutio :
A plague on both your houses!
Et
Prince :
A glooming peace this morning with it brings;
The sun, for sorrow, will not show it’s head:
Go hence, to have more talk of these sad things;
Some shall be pardon’d, and some punished:
For never was a story of more woe
Than this of Juliet and her Romeo.

Ou encore Incendies, de Wajdi Mouawad : « Car il n’y a rien de plus beau que d’être ensemble. »

Quel texte pouvez-vous réciter par cœur?
Le monologue de Clytemnestre à Agamemnon dans Iphigénie, de Racine.

Quelle est la pire ou la plus belle chose qu’on vous a dite?
Oh, tant de choses dites et tant de manières de les recevoir. Mais pour rire, dernièrement j’ai joué un tout petit dans le prochain film d’Ari Aster, avec Joaquin Phoenix, et le réalisateur, un peu pressé par la lumière du jour qui arrivait, m’a dit : « Could you try it a little less "bad acting"? ». Fallait y être, mais pris hors contexte, c’est pas mal dur.

À qui voudriez-vous adresser un mot d’excuse?
Aux amis et aux amours perdus. Le temps cicatrise bien des choses, mais ne remplit pas le vide de votre absence.