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Pensionnat de Pointe-Bleue  :  témoignage d'Armand MacKenzie

Place publique, ICI Première
Rattrapage du mercredi 30 juin 2021

Pensionnat de Pointe-Bleue  :  témoignage d'Armand MacKenzie

Le souvenir rappelé d'une tante innue jamais revenue du pensionnat de Pointe-Bleue

L'avocat innu Armand MacKenzie
L'ancien avocat criminaliste innu Armand MacKenzie a raconté l'histoire de sa tante qui n'est jamais revenue du pensionnat de Pointe-Bleue.PHOTO : Radio-Canada / Mathieu Arsenault
Place publique, ICI Première
Place publiquePublié le 30 juin 2021

« Mon père racontait une histoire de sa sœur qui avait été au pensionnat à Pointe-Bleue et qui n'en était jamais revenue. »

Un texte de Pascal Girard

Voilà le récit que transmet à son tour l’ancien avocat criminaliste innu, Armand MacKenzie, dans la foulée des découvertes d’enfants autochtones disparus enterrés près de pensionnats. D’ailleurs, mercredi un troisième site est venu s’ajouter en Colombie-Britannique, après ceux de Kamloops et Marieval, avec 182 corps supplémentaires.

Cette famille d’Innus de la Côte-Nord et du Labrador a longtemps cherché ce qui était arrivé à Caroline MacKenzie qui avait été amenée au pensionnat de Pointe-Bleue, à ce qui s’appelle aujourd’hui Mashteuiatsh sur les rives du lac Saint-Jean.

Pour Armand MacKenzie, tout est parti d’une photo noir et blanc. Chez mon grand-père il y avait toujours cette photo d’une jeune fille, les yeux en amande, elle était une très, très, très jolie jeune fille. Je me demandais toujours qui était cette personne, a-t-il commencé au micro de Catherine Doucet dans l’édition de mercredi de l’émission Place publique.

C’est lors de pèlerinages à Sainte-Anne-de-Beaupré, non loin de Québec, que le père d’Armand MacKenzie rappelait ce souvenir familial. C’était une histoire assez troublante, puis je l’écoutais parler avec beaucoup d’émotions. […] Avec l’âge et avec le temps, il m’a demandé de l’aider dans sa recherche. Finalement, j’ai appris qu’elle était quelque part à Pointe-Bleue, a-t-il poursuivi.

Ironiquement, Armand Mackenzie a précisé que les Innus étaient un peuple très pieux.

Un but d'assimilation

Le sort tragique de milliers d'enfants autochtones est bien documenté. Entre 1870 et 1990, au pays, plus de 150 000 enfants autochtones ont été envoyés de force dans 139 pensionnats gérés par des organisations religieuses.

Ce pan de l'histoire canadienne a été orchestré, en partie, par le premier ministre du Canada de 1867 à 1873 puis de 1878 à 1891, John A. Macdonald, qui souhaitait ainsi l'assimilation des peuples autochtones.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le départ de Caroline MacKenzie de sa communauté. À l’automne, voilà la jeune fille qui part. Tout ça c’était orchestré avec les missionnaires, le gouvernement fédéral, l’agent des affaires indiennes de l’époque. Probablement qu’elle est partie en goélette à l’automne vers le Lac-Saint-Jean. Ce n’est seulement qu’à l’été suivant qu’ils apprennent le décès de leur fille. Tout au long de l’hiver, ils pensaient que leur fille était entre bonnes mains avec les religieuses et tout, a ajouté celui qui agit à titre de relationniste pour le Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec.

L'école secondaire Kassinu Mamu

L'ancien pensionnat de Pointe-Bleue accueille maintenant les élèves de l'école secondaire Kassinu Mamu

Radio-Canada / Mélissa Paradis

Mourir seule

Armand MacKenzie éprouve aujourd’hui beaucoup de compassion pour ses grands-parents à qui on a retiré leur fille. Je pense aux années de tristesse de mon père essayant de savoir où a été sa sœur mais surtout les grands-parents qui apprennent au bout d’un an, de façon non officielle, le décès de leur jeune fille et le désarroi dans lequel cette jeune fille-là devait se trouver. On parle de ma tante Caroline, mais ça devait être un état de détresse où elle se trouve finalement très seule, loin de tout le monde, mourir comme ça seule, littéralement sur un champ de bataille, a-t-il enchaîné en faisant allusion au sort réservé à ces soldats morts au combat mais dont le corps a été disposé de façon anonyme.

Ainsi, ces histoires ont longtemps couru au sein des communautés autochtones sans jamais pouvoir en avoir le cœur net sur ce qui était arrivé aux leurs. Des recherches sont possibles, mais elles sont pavées d’embûches. Quelques années après on décide de trouver l’endroit où elle a finalement été enterrée pour arriver au bout de quelques années de recherches auprès du pensionnat, auprès du conseil de bande, auprès de l’hôpital, parce qu’il y avait aussi un sanatorium à Roberval, à Chicoutimi à essayer de retracer dans les archives l’endroit où ma tante, la sœur de mon père, était décédée et de quelle façon. Finalement, on est tombé sur une approximation de l’endroit où elle aurait été enterrée. Et de là mon père a acheté un monument pour marquer un endroit où elle aurait été possiblement enterrée, a donné comme conclusion partielle à cette quête Armand MacKenzie.

Des plaies rouvertes

Toutefois, les récentes découvertes ont ravivé des plaies. La possibilité de trouver également des corps près des pensionnats dans l’Est du Canada se présente également. Il y a plusieurs jeunes Autochtones qui sont disparus comme ça, qui ne sont jamais revenus vers leur famille, qui ne sont jamais revenus dans leur communauté. Il y en a plusieurs, chez les Innus du moins, ceux qui étaient sur la Côte-Nord. Moi j’ai parlé à des gens un petit peu plus âgés que moi qui m’ont mentionné que oui effectivement, il y a des endroits où des jeunes auraient été enterrés qui ne sont pas des cimetières, qui sont des terrains vagues un peu à distance de ces institutions-là religieuses scolaires qui étaient financées par le gouvernement fédéral. Donc, il se peut qu’on trouve des choses, des trucs, des histoires assez semblables à Kamloops, a-t-il poursuivi en indiquant que si des fouilles se font, elles devront se faire en collaboration avec les communautés autochtones.

Lever le voile sur l’histoire des pensionnats, qu’a fréquentés aussi Armand MacKenzie, permet de mesurer l’ampleur des traumatismes vécus par les personnes directement impliquées, mais aussi sur leurs descendants. C’est le lien qu’il a rappelé en faisant référence à sa fille, qui est aujourd’hui avocate. Elle nous a accompagnés dans cette démarche-là alors qu’elle était une adolescente à peu près de l’âge de Caroline. Ça l’a marquée beaucoup en se disant pourquoi on cherche comme ça une personne de ma famille, de ma communauté et qu’on n’arrive pas à la retracer. Il y a quand même un trauma qui accompagne ma famille d’une génération à l’autre, a-t-il offert en guise de conclusion.

Le pensionnat de Pointe-Bleue, le dernier à avoir été fermé au Québec, est devenu depuis une école secondaire où l’enseignement de la culture innue est une priorité.

Avec Samuel Desbiens