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Michel le samedi, ICI Première.
Michel le samedi, ICI Première.
Rattrapage du samedi 24 avril 2021

Découverte d'un aboiteau géant dans la région de Kingsport en N.-É.

Découverte d’un immense aboiteau acadien en Nouvelle-Écosse

Publié le 30 avril 2021
Richard Laurin prend la pose en souriant devant l'aboiteau qu'il a découvert.
Richard Laurin se passionne pour l'histoire acadienne depuis plus de 25 ans et est réputé pour son expertise de l'histoire de la région d'Annapolis, en Nouvelle-Écosse. Il a fait la découverte d'un aboiteau très ancien à l'automne 2020.PHOTO : Radio-Canada / Gracieuseté de Richard Laurin

Richard Laurin est passionné de l'histoire acadienne depuis au moins 25 ans. Il y a quelques mois, il a fait une découverte extraordinaire dans la région de Kingsport, en Nouvelle-Écosse : un énorme aboiteau, vraisemblablement construit avant la Déportation de 1755. Si des tests plus poussés sont nécessaires afin de confirmer cette hypothèse, la mise au jour de ce trésor historique n'en reste pas moins de taille, et ce dans tous les sens du terme.

L’ingéniosité de nos ancêtres acadiens est reconnue depuis longtemps parmi les experts et les amateurs d’histoire de l’Acadie, surtout en ce qui a trait à leurs techniques d’assèchement des marais salants. La découverte faite à l’automne 2020 par Richard Laurin le prouve une fois de plus. Il s’agit d’un immense aboiteau acadien oublié et enfoui dans le limon depuis plus de 260 ans et dont l’érosion a fait ressortir une partie de l’ouvrage colossal. Selon les hypothèses de Richard Laurin, cela voudrait dire que la structure remonterait possiblement bien avant le début de la Déportation.

L'amas de terre, d'arbres et de branches qui constitue la digue.

La structure constituant la digue et l'aboiteau découverts par Richard Laurin à l'automne 2020 est immense. Elle est située dans la région de Kingsport en Nouvelle-Écosse.

Radio-Canada / Gracieuseté de Richard Laurin

Qu’est-ce qu’un aboiteau ?

Selon Richard Laurin, il y a souvent une confusion entre les termes digue et aboiteau dans le discours populaire. Il explique que le terme aboiteau, qui est sûrement dérivé de ''boîte à eau'', est le conduit ou la partie mécanique qui est installée à la base de la digue.

« L’aboiteau comme tel c’est ce canal qui est habituellement fait, les premières générations, avec d’immenses troncs d’arbres qui étaient évidés et qui étaient placés à la base de la digue avec le fameux clapet qui non seulement empêche l’entrée ou le débordement de la mer, de l’eau salée sur les marais qu’on veut asséchés, mais étant fonctionnelle seulement dans un sens, le clapet pouvait s’ouvrir et laisser couler l’eau douce vers la mer à marée basse. »

—  Richard Laurin

La digue quant à elle, est la levée de terre constituée d’un amas de branches et de petits arbres, souvent des épinettes, qui sont placés de façon successive et de façon logique, eux-mêmes consolidés par des cubes de glaise compactés. Richard Laurin explique que deux types de digues sont prises en compte dans ce cas-ci : longitudinales et transversales. La digue longitudinale longe la rivière de part et d’autre de façon à contenir celle-ci et ainsi empêcher le débordement des marées sur les marais de part et autre. Cela permettait aux habitants de naviguer parfois très loin à l’intérieur des terres. Le long de ce type de digue, on retrouve souvent des criques qui se jettent dans la rivière. Dans ce cas, les digues utilisées sont appelées des digues transversales.

Les restes d'une structure en bois dans un marais.

Une partie des vestiges de l'aboiteau acadien découvert par le passionné d'histoire Richard Laurin.

Radio-Canada / Gracieuseté de Richard Laurin

La découverte

C’est en suivant les vestiges de l’une de ces digues transversales, entre les communes de Canning à l’ouest de Kingsport en Nouvelle-Écosse, que Richard Laurin a fait son impressionnante découverte, sur la pointe de la rivière que nos ancêtres appelaient la ''rivière aux vieux habitants''.

Un rivage et les restes d'une digue.

La digue et l'aboiteau trouvés par Richard Laurin se trouve dans la région de Kingsport en Nouvelle-Écosse.

Radio-Canada / Gracieuseté de Richard Laurin

Il s’agit de la première embouchure entrant dans le Bassin des Mines et donc idéale pour permettre l'arrivage et le départ des navires acadiens. Richard Laurin, explique d’ailleurs que les caboteurs acadiens étaient nombreux et très actifs avant la Déportation de 1755 et que des quantités importantes de marchandises étaient transportées vers Louisbourg ou l’Île Saint-Jean. En se basant sur ces informations, Richard Laurin et les experts qu’il a consultés, pensent très possible qu’un énorme quai pour accoster puisse être adjoint à la digue qu’il a découverte.

En ce qui a trait à la dimension, la structure mise au jour par Richard Laurin est immense.

« Quand on observe l’aboiteau ici, qui est exceptionnellement très impressionnant, à la base, là où se trouve l’aboiteau en question, et je devrais peut-être dire les aboiteaux puisque ce n’est pas qu’un seul canal mais bien un triple aboiteau, il y a à peu près 100 pieds. »

—  Richard Laurin

En matière de longueur, ce qui reste de la structure initiale excède la surface d'un terrain de football moderne. De plus, pour contenir l'entrée des marées, il a fallu ériger la levée à au moins 13 mètres, soit 40 pieds de haut. Selon le passionné d’histoire, cela témoigne une fois de plus du génie de nos ancêtres.

« Il faut lever notre chapeau à nos ancêtres qui étaient des ingénieurs incroyables. La levée comme telle ou la digue et l’aboiteau qui va y être placé éventuellement au besoin est aussi gros que l’écoulement ou le volume d’eau qui a besoin de s’écouler à cet endroit-là. [...] Donc il y en a de toutes les tailles et le génie de nos ancêtres est fascinant. »

—  Richard Laurin

Des tests de dendrochronologie : la preuve ultime

Bien que plusieurs indices viennent appuyer les hypothèses avancées, Richard Laurin tient absolument à préciser que seuls des tests de dendrochronologie pourront confirmer qu’il s’agit bien d’un aboiteau acadien datant d’avant la Déportation. La procédure consiste à faire un échantillonnage du bois de la structure en utilisant une technique de carottage pour ensuite pouvoir étudier ces échantillons.

« Il faut percer des arbres qui sont intacts, c’est-à-dire tous les anneaux ou les cernes de l’arbre ou des arbres qui constituent l’aboiteau. On va pouvoir non seulement déterminer l’âge des arbres mais aussi l’époque à laquelle ils ont été coupés. Donc ça, ça va être la preuve ultime et on a vraiment besoin de stimuler un petit peu l’intérêt de nos gouvernements pour accélérer le processus pour dater la structure. »

—  Richard Laurin

Le temps presse en effet, puisque selon M. Laurin, on estime avoir déjà perdu environ 25 pieds de la structure depuis sa création. Il est donc très important de procéder aux tests de dendrochronologie sans attendre afin de pouvoir préserver et mettre en valeur ce trésor historique acadien, témoins de l’ingéniosité et de la cohésion sociale de nos ancêtres. Richard Laurin espère que les tests de dendrochronologie pourront être effectués d’ici les prochains mois.