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Michel le samedi, ICI Première.
Michel le samedi, ICI Première.
Rattrapage du samedi 20 février 2021

La mère de Sandra Le Couteur écrivait pour ceux qui ne pouvaient pas le faire

Anita Lanteigne : Écrire pour les gens de Miscou qui ne le peuvent pas

Publié le 21 février 2021
Photo d'époque d'Anita Lanteigne.
Anita Lanteigne, la mère de la chanteuse Sandra LeCouteur, écrivait pour les gens de Miscou qui ne le pouvait pas.PHOTO : Radio-Canada / Gracieuseté de Sandra LeCouteur

Dans les années 60, le taux d'analphabétisme au Nouveau-Brunswick était l'un des plus élevés au pays alors que toute correspondance se faisait principalement par courrier. Pour les gens ne sachant ni lire ni écrire, cette situation pouvait leur rendre la vie compliquée. Heureusement pour les habitants de l'île Miscou, ils pouvaient compter sur Anita Lanteigne. Elle était en quelque sorte une écrivaine publique; elle écrivait pour ceux et celles qui ne pouvaient pas le faire. Cette femme, Sandra Le Couteur l'a bien connue; elle était sa mère.

La chanteuse de Miscou se rappelle que les gens venaient voir sa mère, Anita, de façon régulière. Ils lui demandaient de remplir leurs impôts, de remplir des bons de commande et d'écrire des lettres. Les gens n’hésitaient pas à faire confiance à Anita, même quand il était question d’affaires un peu plus intimes.

Sandra Le Couteur, souriante.

Sandra Le Couteur.

Radio-Canada

Sandra Le Couteur explique qu’à l’époque, les hommes quittaient l’école très tôt et avaient rarement plus qu’une septième année. Pour aider leurs familles, souvent nombreuses, à joindre les deux bouts, ils devenaient pêcheurs ou s’en allaient en Ontario ou aux États-Unis pour travailler dans des usines de fabrication de voitures.

Elle se rappelle qu’un jour, l’un d’eux, qui était tombé amoureux d’une anglophone de l’Ontario, était venu voir sa mère avec une lettre qu’il avait reçue de sa prétendante. Comme Anita Lanteigne était bilingue en plus de savoir lire et écrire, il voulait qu’elle lui lise la lettre et qu’elle lui réponde.

Il faut dire que les secrets des habitants de Miscou étaient bien gardés. Selon Sandra Le Couteur, sa mère était religieuse et prenait son rôle très au sérieux.

Et, comme le précise la chanteuse, avec le rôle d’écrivaine venait aussi celui de psychologue, lorsque les nouvelles n'étaient pas bonnes.

« Quand la fille ne voulait plus, il fallait qu’elle s’arrange pour lui dire ça dans des mots pas trop durs pour pas qu’elle soit pognée avec le gars une semaine à brailler! »

—  Sandra Le Couteur

Sandra pense toutefois que sa mère n’était pas la seule à jouer le rôle d’écrivaine publique à Miscou. L’île étant grande, d’autres femmes rendaient sûrement ce même genre de service communautaire. Il faut dire que la notion de communauté était très importante à l’époque. Tout le monde ou presque se connaissait.

« Chez nous, y’avait pas de porte. Les gens rentraient. [...] Ça cognait pas, ça rentrait. Dans ce temps-là, c’était comme ça. Les gens venaient chez nous, s'asseyaient à la table, puis elle remplissait leurs impôts. C’était pas secret. »

—  Sandra Le Couteur

Chose certaine, c’est qu’Anita Lanteigne a joué un rôle important, même essentiel, au sein de sa communauté. Les gens de l’île Miscou lui faisaient confiance, même en ce qui concerne leurs affaires de cœur. Pas étonnant qu’ils se souviennent de cette femme au sourire apaisant, même si elle est décédée il y a 40 ans.

Le jour de la Saint-Valentin, le 14 février dernier, Sandra Le Couteur s’est d’ailleurs rendue sur la plage de Miscou pour lui rendre hommage, en chantant l’une des rares chansons que l’interprète a écrite elle-même : Anita, de son album Le Phare, paru en 2015.