Magalie Lépine-Blondeau a eu une enfance quelque peu en retrait. Sans nécessairement en être consciente, elle a eu très tôt une forte relation avec le jeu, avant même de comprendre ce qu'était le théâtre, explique-t-elle dans un entretien d'une heure avec Stéphan Bureau. Mais ses rêvasseries étaient aussi souvent synonymes de fuite et de solitude pour elle.
« Ma rencontre avec le jeu a été une rencontre avec moi », explique celle qui est sortie de l’école de théâtre en 2005.
« J’étais enfant, je ne savais pas encore ce qu’était le théâtre, et je disais à mes parents que je voulais faire du théâtre dans la vie. »
Dans sa jeunesse, l'imaginaire débordant de Magalie Lépine-Blondeau a ainsi été à la fois un refuge et, parfois, une certaine forme de prison. « Autant j’ai cultivé [mon âme], autant j’ai, par moments, souffert de cette solitude. Aujourd’hui, elle me sert parce qu’il y a un dialogue intérieur que j’ai énormément nourri. [...] La fuite est devenue une quête. »
Elle explique qu’elle n’était pas particulièrement à la mode ou populaire dans son enfance.
« Je ne retournerais jamais à l’adolescence ou même à ma vingtaine, raconte-t-elle. Je suis beaucoup plus accomplie, cohérente, bien dans ma peau, mûre, intéressante et gentille que je l’étais il y a quelques années. »
On lui propose d’ailleurs maintenant des rôles plus complexes et plus intéressants qu’avant, loin des jeunes premières ou des faire-valoir de rôles masculins.
« J’aime jouer la complexité qui m’habite aujourd’hui, dit-elle. J’aime me colletailler à des personnages féminins qui sont beaucoup plus riches que ce qu’on m’aurait offert dans la vingtaine. »
« Je suis une meilleure version de moi aujourd’hui que je ne l’étais il y a 10 ans. Et j’espère que dans 10 ans, je pourrai dire la même chose, et dans 20 ans, encore plus. »
Après un début de carrière au théâtre, c'est la télévision qui a propulsé Magalie Lépine-Blondeau au firmament du vedettariat québécois, notamment grâce à son rôle de Nadine Legrand dans District 31, une quotidienne suivie en moyenne par plus d'un million de personnes. À la suite de cet immense succès, elle a reçu, grâce à un vote du public, le prix de la personnalité de l’année au dernier Gala Artis de TVA.
« Je n’ai jamais souhaité être une personnalité publique, explique-t-elle. Je sais que ça vient en partie avec mon métier, mais j’aimerais que cet aspect-là soit vraiment derrière [celui du] jeu. »
L’art de changer le monde
Le métier d’acteur est un métier d’humilité, selon l'interprète. Même si les projecteurs sont rivés sur les comédiens, il faut s’effacer derrière un personnage, rappelle-t-elle. Les artistes ont ainsi une immense responsabilité par rapport à ce qu’ils projettent, à l’effet émotionnel qu’ils ont sur le public.
« L’art n’est pas moral en soi, mais, comme artiste, on a une responsabilité morale quant à ce qu’on présente et ce qu’on propose comme discours, comme discussion. Et cette discussion que génère l’art est extrêmement importante. »
L’art serait ainsi essentiel à toutes les sociétés, croit-elle, pour réfléchir au monde autant que pour créer des espaces de répit et de joie, voire de transe.
« L’art crée des espaces imaginaires communs, et ça, on en a immensément besoin, [...] sinon on est des êtres qui se réfugient rapidement dans nos solitudes respectives. »
Références :
Page web de la pièce Électre à l'Espace Go
Le discours de réception d’Edmond Rostand à l'Académie française
Page de l'émission Plan B sur ICI Tou.tv