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Le café show, ICI Première.
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Rattrapage du mercredi 10 mars 2021

Prédictions sur la demande et la production de pétrole  :  comment s’y retrouver ?

Prédictions sur la demande et la production de pétrole  :  comment s’y retrouver?

Publié le 10 mars 2021
Des puits de pétrole au crépuscule.
La pression se fait de plus en plus forte pour que le RPC cesse d'investir dans les énergies fossiles.PHOTO : Reuters / Nick Oxford

Selon l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), la demande de pétrole dans le monde va s'accroître jusqu'en 2045. Parallèlement, de nombreuses compagnies tournent le dos aux énergies fossiles et promettent un futur sans hydrocarbure.

Pour bien comprendre comment les prévisions de demande pétrolière sont établies, nous avons demandé l’avis de Normand Mousseau, professeur de physique et directeur académique de l’Institut de l’énergie Trottier, basé à Polytechnique Montréal et auteur du livre Au bout du pétrole.

Portrait de biais du professeur de physique et auteur Normand Mousseau.

Portrait du professeur de physique et auteur Normand Mousseau.

Radio-Canada

Comment établit-on les prévisions de la demande de pétrole

Il y a des scénarios de références qui reproduisent des scénarios déjà vécus et ce sont ces modèles qui vont créer les prévisions de demandes les plus fortes. À mesure qu’on ajoute aux scénarios des actions pour diminuer les gaz à effet de serre, la demande en pétrole va réduire.

Ce sont des modèles qui ont des limites. Il faut aussi voir ce qui se passe sur le terrain, c’est là que les scénarios qui soutiennent un accroissement de la demande ne tiennent pas la route. Ford a annoncé qu’elle allait cesser de produire des véhicules à essence d’ici 2035, Volvo en 2025. Donc d’ici 15 ans, on ne vendra presque plus de véhicules à essence et ça aura un impact majeur sur la demande en pétrole.

Est-ce que la transition énergétique nécessitera du pétrole et, à elle seule, justifie-t-elle l’accroissement de la demande?

Non. La demande en pétrole va plafonner. À partir du moment où on fait des transformations majeures dans le secteur automobile, la demande va chuter. Le secteur de l’électricité s’en va vers des énergies renouvelables. Il reste de la marge dans le secteur des bâtiments pour le chauffage des espaces, mais c’est de moins en moins intéressant avec les thermopompes plus efficaces entre autres.

Les produits dérivés comme le bitume pour mettre sur les routes et le plastique, représentent entre 10 à 15% des produits pétroliers. On est loin de justifier une augmentation de la demande avec une fraction aussi faible surtout qu’une partie de ces plastiques sera recyclée ou transformée.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole, l'OPEP, prévoit une chute de la demande du pétrole de 20% en Amérique du Nord, qu’est-ce que cela veut vraiment dire?

Il faut prendre ça avec un gros grain de sel. L’Europe est embarquée dans une transition beaucoup plus avancée donc on doit s’attendre que sa demande baisse. La Chine veut être carboneutre d’ici 2060. Pour l’OPEP, il y a tout un jeu de production et de prévision pour tenter de maintenir les revenus alors que le marché du pétrole se transforme.

Pour le Canada qui exporte 98% de son pétrole vers les États-Unis, à quoi s’attendre pour le bitume canadien?

Le pétrole canadien est dans une mauvaise posture, peu importe. Si les prix remontent assez, le pétrole de schiste à grande échelle aux États-Unis va revenir ce qui va maintenir le marché américain saturé. Si les prix chutent, la production américaine va chuter et les prix seront trop faibles pour la rentabilité au Canada.

Est-ce que des pipelines pour l’exportation vers des marchés émergents où la demande est croissante est une option réaliste?

C’est peu viable parce que le temps qu’on construise les pipelines, les autres pays vont se tourner vers du pétrole moins cher. S’il y a une chute de la demande du pétrole aux États-Unis et en Europe, les prix vont demeurer bas et dans ce scénario c’est difficile de voir comment le Canada va s’en sortir.

Les gros investisseurs étrangers se sont tous retirés des sables bitumineux, ils ne voient pas d’avenir à investir dans ce secteur. Une fois que la mine est en fonction, on peut produire à des prix raisonnables, mais c’est difficile d’imaginer une croissance de la production.