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Le 6 à 9, ICI Première.
Le 6 à 9, ICI Première.
Rattrapage du vendredi 4 décembre 2020

Table ronde sur les aînés durant la pandémie

Entre la peur et l'isolement, le quotidien des aînés durant la pandémie

Publié le 4 décembre 2020
Une femme prend les mains d'une personne âgée
Une femme prend les mains d'une personne âgéePHOTO : iStock

La crise sanitaire a un grand impact sur les populations âgées et fait ressortir les failles des systèmes s'occupant de leur prise en charge. Le 6 à 9 a réuni trois intervenants pour témoigner de la réalité des aînés durant la pandémie et du regard qu'ils posent sur la situation actuelle : Christelle Waldie, vice-présidente de la Fédération des aînés de la francophonie manitobaine (FAFM), Carinie Kururu, Franco-Manitobaine originaire du Burundi, et Amine Choukou, chercheur au Centre sur le vieillissement et professeur adjoint au Département d'ergothérapie de l'Université du Manitoba.

« On vit dans la peur, et on est isolés aussi », déclare d’emblée Mme Kururu. Cette mère de quatre enfants et grand-mère dit qu’il est difficile de « ne pas avoir la visite de nos enfants, de nos petits-enfants, qui jouent, pour nous donner un peu de joie ».

Celle qui travaille toujours comme aide-soignante et qui habite dans une résidence pour personnes âgées de plus de 65 ans souffre également du manque de contact avec les autres résidents de son immeuble. Elle aurait peur de les contaminer si elle les voyait, souligne-t-elle.

Jusqu’à la pandémie, c’est toute sa vie sociale qui tournait autour des réunions avec les autres résidents. La messe était aussi une « routine matinale », qui l’a aidée à « survivre » lors de la mort de son mari, il y a quatre ans. « Ça fait plusieurs années que je me réveillais chaque matin pour aller à la messe », affirme-t-elle.

À la Fédération des aînés de la francophonie manitobaine, qui regroupe des personnes d’âges et de profils variés, précise Christelle Waldie, on constate en effet « un sentiment d’isolement très sérieux et qui affecte la santé mentale », indique la vice-présidente. « Un grand nombre de nos membres, qui ne sont pas forcément dans les maisons de retraite ou sont encore assez autonomes, se sentent effectivement très cloisonnés, en particulier s’ils n’ont pas accès à la technologie », ajoute-t-elle.

Elle note même une forme de « dépression COVID » chez certains membres. « On n’a plus envie de s’habiller, on n’a plus envie de se laver, on n’a plus envie de sortir, tout semble un défi », illustre-t-elle. La perspective de passer Noël sans voir les enfants et les petits-enfants est à cet égard particulièrement difficile, souligne Mme Waldie.

Amine Choukou rappelle que la santé regroupe à la fois le bien-être physique, mental et social. Dans le contexte de la pandémie, qui « s’apparente à un état de guerre », signale-t-il, « l’isolement social, la solitude et le stress vont réduire l’indépendance et l’autonomie de la personne âgée, et ça va affecter naturellement sa participation sociale ».

« De voir qu’on puisse permettre dans une société civilisée comme le Canada que nos aînés soient si peu traités, qu’il y ait un manque de personnel, qu’on ne leur donne pas les soins de base, je trouve ça scandaleux. Si c’était la situation pour nos enfants, je crois qu’on réagirait complètement différemment. »

—  Christelle Waldie, vice-présidente de la Fédération des aînés de la francophonie manitobaine

Amine Choukou insiste aussi sur la situation « alarmante » dans les centres de soins, un système où il faudrait selon lui « tout revisiter ». « Il faut garder les personnes chez elles le plus longtemps possible, idéalement jusqu’à leur mort, avec leur famille. Il faut financer des programmes, il faut financer les familles et les personnes âgées pour qu’elles restent chez elles » avec des occasions de socialisation, martèle-t-il.

Il ajoute que le recrutement de personnel est plus que nécessaire, dans l’optique de traiter les personnes âgées « comme des êtres humains », et non « comme des chiffres et des cas ».

Originaire du Burundi, où « les aînés vivent avec leur famille jusqu’à la mort » et où il est possible d’avoir de l’aide pour veiller aux soins des personnes âgées, Mme Kururu aimerait en effet vieillir et « mourir chez [elle], avec [ses] enfants et petits-enfants qui s’occupent [d’elle] ».

Pour l’heure, Mme Kururu sort de l’isolement pandémique grâce notamment aux rencontres virtuelles organisées par l’organisme l’Accueil francophone. Tous les intervenants sont unanimes : la technologie aide les aînés à traverser la crise et à briser l’isolement.