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L'histoire du bronzage avec Laurent Turcot

Le 15-18, ICI Première.
Audio fil du lundi 2 juillet 2018

L'histoire du bronzage avec Laurent Turcot

De signe de santé à symbole de pauvreté : la petite histoire du bronzage

PHOTO : iStock
Le 15-18, ICI Première.
Le 15-18Publié le 2 juillet 2018

À travers l'histoire, l'être humain a toujours entretenu une relation amour-haine avec le bronzage. Tantôt honni par l'aristocratie en raison de ses liens avec la classe populaire, le teint hâlé a aussi été recherché à certaines époques pour donner une impression de bonne santé, explique Laurent Turcot, professeur d'histoire à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

À l’époque de l’Antiquité, la peau hâlée est bien vue, souligne Laurent Turcot. À Rome, le bronzage est notamment le lot des gladiateurs, et en Grèce, celui des athlètes olympiques, des gens respectés de la société. « De facto, on est dehors », indique le professeur d’histoire.

Au Moyen-Âge, c’est tout le contraire. Une peau bronzée est associée à la classe populaire qui travaille à l’extérieur. Pour l’aristocratie, il est alors primordial de se distinguer le plus possible du peuple en conservant un teint laiteux, explique Laurent Turcot : « Et même, pour aller plus loin, on va se mettre nu et se faire farder le corps pour avoir un beau teint, quasi livide. Et ça, c’est le symbole de la richesse. »

Les aristocrates sont prêts à tout pour conserver leur blancheur et ne sortent jamais au soleil sans emporter une ombrelle avec eux, précise le professeur d'histoire.

Durant l’ère victorienne, le bronzage ne retrouve pas ses lettres de noblesse. La mode est à la pudeur, et autant les hommes que les femmes se recouvrent entièrement le corps, même pour se baigner, raconte Laurent Turcot.

Selon le professeur, il faut attendre le 20e siècle pour que le teint basané redevienne populaire. Il cite les propos de Pierre de Coubertin, l’un des fondateurs des Jeux olympiques modernes, qui a dit : « Je rebronzerai cette jeunesse veule », associant ainsi un teint hâlé à un signe de bonne santé.

L’émancipation des femmes, qui délaissent progressivement leurs robes et leurs corsets, contribue aussi à cette mode.

Mais pour Laurent Turcot, c’est surtout l’apparition des congés payés qui rend le bronzage populaire. « En France, en 1936, grande révolution : on donne deux semaines de congé payé, raconte-t-il. Les gens partent en vacances. Ils vont sur la Côte d’Azur, ils se font bronzer. »

Dans les années 1930 et 1940, les magazines de mode vont même décliner le type de bronzage qu’il faut avoir avant de se présenter à la plage.

C’est à partir de ce moment que le bronzage devient une véritable industrie, avec la vente de crèmes solaires et de lunettes de soleil, souligne Laurent Turcot.

Aujourd’hui, la tendance est plutôt à un retour à la blancheur, précise-t-il, notamment en Chine, où les gens portent de plus en plus le « face-kini », un masque qui recouvre le visage durant la baignade.

« On revient à l’idée selon laquelle être bronzé, c’est être de la roture », affirme le professeur d’histoire.