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Le livre Des hommes en crise : Entrevue avec Francis Dupuis-Déri

Le 15-18 sur ICI Première.
Audio fil du lundi 9 avril 2018

Le livre Des hommes en crise : Entrevue avec Francis Dupuis-Déri

La crise de la masculinité, un mythe propagandiste vieux de 2000 ans

PHOTO : iStock / Adam Petto
Le 15-18 sur ICI Première.
Le 15-18Publié le 12 avril 2018

Le professeur de science politique Francis Dupuis-Déri ne croit pas en la crise de la masculinité. Pour l'auteur du livre Des hommes en crise : autopsie d'un mythe tenace, le concept de crise de la masculinité n'est qu'un prétexte pour justifier la suprématie des hommes.

Le professeur, affilié à l’Institut de recherches et d’études féministes de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), s’est notamment attardé sur le taux de suicide chez les hommes et le taux de décrochage scolaire chez les garçons, deux phénomènes qui sont souvent utilisés pour prouver l’existence d’une crise de la masculinité. Il ne nie pas que les taux de décrochage et de suicide sont plus élevés chez les hommes. « Le problème, c’est qu’on parle de ce constat en disant que c’est la faute des femmes, que c’est la faute des filles, que c'est la faute des féministes », déplore Francis Dupuis-Déri.

« Ce que les masculinistes et les antiféministes, ceux qui portent le discours de la crise de la masculinité, veulent nous faire croire, c’est que la réponse est simple, ajoute-t-il. Mais en fait, quand on regarde les études, on voit que la réalité est beaucoup plus compliquée. »

Il précise que des études montrent que même dans des pays où il existe de fortes inégalités entre les deux sexes, le taux de suicide est plus élevé chez les hommes. Francis Dupuis-Déri mentionne d’ailleurs qu’à la fin du 19e siècle au Canada, bien avant l’émancipation des femmes, le taux de suicide était déjà plus élevé chez les hommes.

« C’est une sorte de propagande en faveur de la suprématie des hommes sur les femmes. »

— Une citation de  Francis Dupuis-Déri

Pour ce qui est du décrochage scolaire, il fait remarquer que, bien que les taux nationaux montrent que les filles ont moins tendance à décrocher que les garçons, si on regarde par région ou par classe sociale, il n’existe parfois aucune différence entre les garçons et les filles, surtout dans les milieux aisés.

Francis Dupuis-Déri ajoute que, selon les spécialistes, c’est le contexte économique qui est la variable la plus importante lorsqu’on parle de suicide ou de décrochage scolaire.

Les stéréotypes entourant l’identité masculine pourraient aussi jouer un rôle à son avis : « Il y a quand même beaucoup d’études qui montrent que l’identité conventionnelle masculine, disons le combattant un peu agressif, autonome, fier de soi, qui n’aime pas trop vivre un échec parce que ça serait un scandale pour son identité, ça fait des personnes qui sont plus fragiles face au suicide et à la réussite scolaire. »

Quand les Romaines ne pouvaient pas conduire

Francis Dupuis-Déri précise que la crise de la masculinité est un concept que l’on retrouve à plusieurs époques et qui remonterait jusqu’à la Rome antique.

Il raconte qu’en 195 avant Jésus-Christ, les Romains ont adopté une loi interdisant aux femmes de conduire des chars, de peur de perdre leur statut privilégié.