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Le 15-18 sur ICI Première.
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Audio fil du jeudi 7 février 2019

Une visite dans l’antre du Novitchok : Entrevue avec Yan Thompson, journaliste

Bienvenue à Chikhany, berceau russe des armes chimiques

Publié le 8 février 2019
Des techniciens en tenue protectrice examinent les lieux de l'empoisonnement au Novitchok à Salisbury, au Royaume-Uni.
L'affaire Skripal a profondément empoisonné les relations entre le Royaume-Uni et la Russie.PHOTO : Associated Press / Matt Dunham

Dans une petite ville russe de 5500 habitants, tout près de la frontière avec le Kazakhstan, a été développé l'un des poisons les plus dangereux de la planète : le Novitchok. C'est cet agent neurologique qui a été utilisé dans le meurtre de l'ancien officier russe Sergueï Skripal, au Royaume-Uni. Pendant près de 30 ans, la petite ville de Chikhany a été fermée à tout visiteur. Le journaliste français Yann Thompson est le premier à y avoir mis les pieds.

À l’époque soviétique, Chikhany était le berceau des armes chimiques, explique Yann Thompson. C’est là que les chercheurs soviétiques faisaient toutes les recherches dans ce domaine.

En 1975, un jeune diplômé a été envoyé à Chikhany par le régime soviétique pour y continuer les travaux des chercheurs sur un puissant poison. Il fait partie de ceux qui y ont inventé le Novitchok. Le Novitchok est présenté comme étant cinq à huit fois plus puissant que le gaz sarin et le gaz VX, qui étaient jusque-là les poisons les plus dangereux connus au monde, souligne Yann Thompson. Le journaliste s’est entretenu avec le chimiste, qui lui a affirmé que c’était la version la plus terrible du Novitchok qui a été utilisée pour tuer Sergueï Skripal.

Lorsque l’URSS est tombée, au début des années 90, les autorités russes ont voulu protéger la quarantaine de villes qui, à l’instar de Chikhany, avaient accueilli des laboratoires d’armes chimiques. C’est à ce moment qu’elles ont créé le statut officiel de ville fermée, qui empêchait toute personne venant de l’extérieur de l’une de ces villes d’y pénétrer. Yann Thompson précise que si un résident voulait y faire venir des membres de sa famille, il devait passer par un processus complexe de demande d’autorisation.

Ce statut n’existe plus aujourd'hui. Les étrangers sont désormais autorisés à Chikhany, mais les vieilles habitudes ont la vie dure, comme l’explique Yann Thompson : Tous les habitants qui m’entendaient parler français avec la [guide] avec qui je travaillais ont eu le réflexe de prévenir les autorités locales que quelqu’un de l’extérieur de la ville était là.

Les souvenirs de l’époque soviétique se sont estompés dans l’ancienne ville fermée. Quand on y arrive aujourd’hui, on ne remarque pas vraiment quelle est l’histoire de cette ville parce que le site chimique a aujourd’hui fermé ses portes, et la ville tourne un peu au ralenti, indique Yann Thompson.

Plusieurs citoyens s’inquiètent même de l’avenir de leur ville, selon le journaliste : Certains redoutent de voir cette ville mourir à petit feu. D’autres, au contraire, ont beaucoup d’espoir du fait de l’ouverture de cette ville fermée qui est enfin accessible à des investisseurs, à des entrepreneurs.

Un élément effraie cependant les écologistes : la possible présence de déchets chimiques dans les sols de Chikhany.