•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Votre destination audio, maintenant aussi sur le web !

Début du contenu

La croisée, ICI Première.
La croisée, ICI Première.
Rattrapage du mercredi 3 mars 2021

L’histoire des premières garderies albertaines

Les débuts hésitants des premières garderies albertaines

Publié le 4 mars 2021
Huit enfants qui mangent assis dans des chaises hautes.
Des enfants prennent leur repas du soir à la crèche et garderie de jour d'Edmonton le 11 juin 1948.PHOTO : Archives de la Ville d'Edmonton, photo EA-600-1152a

Les premières garderies albertaines sont apparues très graduellement à compte du début du 20e siècle, mais n'ont pas toujours été bien vues par la société et les gouvernements en Alberta, raconte l'historien Stéphane Guevremont.

Le premier service de garde pour enfants en Alberta a vu le jour en 1908 à Edmonton. Le conseil local des femmes avait parrainé la garderie. Ce premier service de garde a, par contre, fermé ses portes en 1910 pour se consacrer uniquement à l'hébergement des enfants négligés, car le gouvernement albertain priorisait maintenant cette orientation.

L'une des raisons principales pour lesquelles un réseau de garderies publiques n'a pas été instauré durant des décennies était en raison des politiques d'adoption du gouvernement albertain. Si une famille ouvrière pauvre essayait de trouver un service de garde, la province s'empressait de saisir les bambins pour cause de négligence et de les donner en adoption à d'autres familles plus aisées, explique Stéphane Guevremont. Des parents en situation financière précaire préféraient donc trouver un arrangement privé plutôt que de perdre leurs enfants.

La Deuxième Guerre mondiale a amené pour la première fois l'idée de créer des garderies publiques puisque l'industrie militaire requérait de la main-d'oeuvre féminine en usine pour remplacer les hommes partis au front. Le gouvernement de l'Alberta a signé une entente avec Ottawa le 13 août 1943 pour se partager les frais d'un service de garde de jour en temps de guerre. Par contre, un comité consultatif créé par le gouvernement du Parti du crédit social de l'Alberta, dirigé par Ernest Manning, a voté en mai 1944 contre la création de garderies publiques en temps de guerre et ce malgré l'entente conclue avec le gouvernement fédéral.

De son côté, dès 1941, le conseil scolaire de Calgary a développé son réseau de jardins d'enfants et de maternelles financé par le ministère de l'Éducation de l'Alberta. En 1947, il offrait plus de douze programmes de maternelle de grande qualité, contrairement à la ville d'Edmonton qui n'a pas suivi pas son exemple. Cette nouvelle activité de garde à l'enfance reflétait un grand changement démographique de l'après-guerre, le « baby boom », suivi d'un exode de la population rurale vers des centres urbains.

Un nouveau programme innovateur a été mis en branle le 1er juillet 1966 par le gouvernement Manning. Il donnait la possibilité à chaque municipalité de créer des services sociaux préventifs que l'Alberta financerait à 30 % et qu'Ottawa subventionnerait à 50 %. Les villes albertaines ont alors commencé à ouvrir des garderies publiques de qualité pour les familles à faible revenu. Sur dix ans, 60 garderies publiques ont vu le jour à travers la province grâce à ces fonds. En 1970, le Collège Mont-Royal à Calgary se dota du premier programme de formation d'éducatrices à la petite enfance. Pourtant, la plupart des membres du caucus du Parti du crédit social voyaient encore les garderies d'un mauvais oeil à cette époque.

Le premier réseau de garderies albertain a été créé par le premier ministre progressiste-conservateur Peter Lougheed, mais son héritage est encore très contesté.

Pour la première fois en Alberta, le gouvernement subventionnait alors le choix des parents pour des services de garde et imposait des règles modestes, voire même faibles, pour opérer une garderie. Les familles à faible revenu recevaient ainsi, pour chaque enfant défavorisé, un montant d'argent pour aller soit en garderie publique, à but non lucratif ou à but lucratif, pourvu que l'institution choisie ait une licence de la province. Ça a été une révolution et un recul simultané, car les standards en services de garde privés n'étaient pas identiques à ceux des municipalités ou des centres communautaires. Des cas de maltraitance ont été signalés dans plusieurs établissements.

En somme, la mentalité conservatrice de la privatisation des services sociaux l'a emporté sur la doctrine de l'État providence à l'époque, explique Stéphane Guevremont.

Il souligne qu'aujourd'hui, il ne reste que trois services de garde publics en Alberta dans des municipalités rurales seulement.