•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Votre destination audio, maintenant aussi sur le web !

Début du contenu

On remet les pendules à l'heure sur  :  le glyphosate

L'heure de pointe Acadie, ICI Première.
Rattrapage du vendredi 18 septembre 2020

On remet les pendules à l'heure sur  :  le glyphosate

Cinq mythes sur le glyphosate

Un tracteur épand du glyphosate sur un champ de blé.
L'épandage de glyphosate est monnaie courante dans les champs de blé canadiensPHOTO : Radio-Canada
L'heure de pointe Acadie, ICI Première.
L'heure de pointe - AcadiePublié le 22 septembre 2020

Le glyphosate est un herbicide qui tue les feuillus et les mauvaises herbes. Dans les années 1970, il devient l'ingrédient actif du produit Roundup de la compagnie américaine Monsanto. Son utilisation ne fait pas l'unanimité, certains le défendant, d'autres souhaitant que son utilisation soit bannie. La professeure en chimie environnementale à l'Université de Moncton Céline Surette se penche sur cinq mythes entourant cet herbicide contesté.

Des contenants du pesticide Roundup sur une tablette de magasin

Le pesticide Roundup de Monsanto

Reuters / Yves Herman

Mythe no 1 : le glyphosate est sans danger si on respecte le mode d’emploi

D’entrée de jeu, la professeure rappelle que les pesticides sont réglementés par une agence de Santé Canada, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA). Tous les pesticides vont être évalués pour déterminer si on peut les utiliser ou pas. Le glyphosate a été réévalué par Santé Canada en 2017 et on a donné une homologation à ce pesticide-là pour les 15 prochaines années, ajoute Céline Surette.

Elle souligne qu’avant de communiquer sa recommandation, le processus d’homologation de Santé Canada est long et consiste en l’analyse de données scientifiques et de données qui vont être produites par l’industrie, donc par ceux qui utilisent le produit.

« Il n’existe pas de consensus scientifique clair, au moment où on se parle, pour savoir quels sont les effets du glyphosate sur la santé ou même sur l’environnement. »

—  Céline Surette, professeure en chimie environnementale, Université de Moncton

En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avait classé le glyphosate comme un agent cancérigène probable. Ç’a été très contesté par plusieurs agences par la suite, mais il demeure que dans la littérature scientifique, on va trouver des études qui montrent qu’il pourrait y avoir des effets et d’autres études qui ne sont pas capables de montrer ces liens-là, signale la professeure en chimie environnementale.

Céline Surette, professeure de chimie environnementale à l'Université de Moncton.

Céline Surette, professeure de chimie environnementale à l'Université de Moncton.

Radio-Canada / Guy LeBlanc

Céline Surette explique que certaines recherches, également contestées, ont démontré que l’herbicide pourrait être la cause d’autres enjeux de santé, tels que des problèmes respiratoires, dermatologiques, reproductifs et hormonaux.

Comment expliquer autant d’opinions et d’études contradictoires? Une des raisons, c’est que ça ne fait pas longtemps qu’on est capables de bien le détecter. Donc, les méthodes d’analyses qui nous permettaient de détecter le glyphosate autant chez l’humain que dans l’environnement sont assez récentes, avance-t-elle.

« On pourrait se retrouver dans les prochaines années avec des revirements de décisions autour du glyphosate, avec des études qui démontrent plus clairement les effets sur la santé. »

—  Céline Surette, professeure en chimie environnementale, Université de Moncton


Mythe no 2 : le glyphosate est indispensable aux agriculteurs et à l’agriculture

C’est une question qui est ambiguë et complexe, précise Céline Surette.

Elle explique que l’agriculture industrielle, particulièrement la monoculture, utilise des pesticides et que 90 % du glyphosate mondial est utilisé en agriculture, donc c’est vraiment l’utilisation principale.

Pulvérisation d'herbicide dans un champs de plantes de couverture.

Le glyphosate est l’herbicide numéro 1 au Canada et dans le monde.

Radio-Canada

Céline Surette précise que l’utilisation du glyphosate en agriculture dépend du type de culture. Ce qui est certain, c’est qu’il existe d’autres moyens de faire de l’agriculture, mais souvent ça va exiger plus de main-d’oeuvre, ajoute-t-elle.

« C’est vraiment une question économique, c’est une question de profit et de combien tu vas être capable de produire sur une terre, combien d’argent tu vas pouvoir faire. »

—  Céline Surette, professeure en chimie environnementale, Université de Moncton

Mythe no 3 : le glyphosate est nécessaire pour réduire le CO2 dans la lutte contre les changements climatiques

La professeure en chimie environnementale n’est pas convaincue de la véracité de cette affirmation. Elle explique tout d’abord que l’utilisation du glyphosate en forêt vise à éviter la régénération de la forêt au moment de planter les semis.

Ces plantes-là [la régénération de la forêt] accumulent du dioxyde de carbone aussi. Donc, si c’est vrai que les conifères vont grandir plus vite, qu’ils vont être plus productifs si on s’est bien débarrassé des végétaux qui sont en compétition avec eux, de dire que ça va réduire le dioxyde de carbone, c’est vraiment étirer un petit peu les faits, souligne Céline Surette.

Elle cite une étude de 2019 publiée dans la revue scientifique Nature qui affirmait que le meilleur moyen d’emprisonner le dioxyde de carbone passe par la restauration des forêts naturelles, et non par la plantation.

« La plantation, c’est une façon de générer un produit qu’on va ensuite pouvoir utiliser. C’est pour assurer une industrie, ce n’est pas pour assurer la réduction du dioxyde de carbone. »

—  Céline Surette, professeure en chimie environnementale, Université de Moncton

Mythe no 4 : le glyphosate n’est pas présent dans les aliments parce qu’il se dégrade

Céline Surette rappelle une étude publiée en 2017 par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) qui a montré que 30% des aliments contenaient des traces de glyphosate […] Par contre, il y avait peu de ces aliments-là qui dépassaient les normes de santé qu’on a établies au Canada, précise-t-elle.

Il y a une étude récente qui a été faite sur le miel. Les abeilles qui vont aller butiner les fleurs dans les champs, et souvent dans les champs agricoles, on avait trouvé que jusqu’à 59 % des échantillons contenaient du glyphosate dans le miel.

Le glyphosate peut aussi se trouver dans l’eau potable et dans l’eau souterraine, surtout dans les zones d’agriculture intensive, précise Céline Surette.

Mythe no 5 : le glyphosate n’est pas un sujet de débat en dehors de l’Amérique du Nord

C’est complètement faux, répond Céline Surette. Elle ajoute que le glyphosate est hautement débattu en Europe.

Des manifestants protestent à Bruxelles contre la prolongation de l'autorisation d'utilisation du Glyphosate dans les cultures.

Des manifestants protestent à Bruxelles contre la prolongation de l'autorisation d'utilisation du Glyphosate dans les cultures.

Reuters / Yves Herman

La professeure en chimie environnementale se trouvait sur le continent avant le débat au sein de l’Union européenne sur le glyphosate et son homologation.

« Le glyphosate, c’est l’un des pesticides les plus utilisés. Il est utilisé dans 140 pays, donc il n’y a certainement pas juste en Amérique du Nord où on discute de son utilisation. »

—  Céline Surette, professeure en chimie environnementale, Université de Moncton

Avec les informations d'Amélie Gosselin