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Prise au mot avec Elkahna Talbi : Présentation de son texte du jour

Dessine-moi un été sur ICI Première.
Rattrapage du 28 juin 2020 : Goélands, Guantanamera et Dany Laferrière

Prise au mot avec Elkahna Talbi : Présentation de son texte du jour

Prise au mot, avec Elkahna Talbi : présentation de son texte du jour

Un troll avec des cheveux roses est debout sur une roche dans un jardin. Il y a des fleurs dans l'arrière plan.
Cette semaine, on découvre la capitale du Manitoba, Winnipeg! PHOTO : Radio-Canada
Dessine-moi un été sur ICI Première.
Dessine-moi un étéPublié le 28 juin 2020

Tous les dimanches de l'été, Elkahna Talbi, connue aussi sous le nom de Queen Ka, va rédiger un texte juste pour nous. Pour que le défi soit intéressant, elle a proposé qu'on lui annonce deux contraintes durant l'émission, vers 7 h. Elle a ensuite deux heures pour créer le texte, qu'elle nous présentera dans la dernière heure de Dessine-moi un été.

C’est vous, les auditeurs, qui allez être invités à proposer des contraintes, par courriel à dessine-moi@radio-canada.ca ou sur la page Facebook de l’émission. Toutefois, ce matin, c’est Marie-Christine Blais et Franco Nuovo qui ont tendu un piège à Elkahna Talbi. Marie-Christine a proposé d'utiliser l'expression « vive les trolls » et Franco a suggéré le mot « soleil ».

Voici la création d'Elkahna Talbi dans son intégralité :

« J’habite
un monde nouveau
couvert de lumière bleue,
je n’habite plus tes yeux,
je suis seule,
mais ne recueille rien,
je ne suis pas en moi,
j’habite à l’extérieur de moi
sans vivre à l’extérieur,
je vis sans nous,
mais j’ai un "toit"…
j’ai tout de même des privilèges.

J’habite
dans ce Nouveau Monde,
je m’y promène
d’un onglet à un autre,
je navigue en surface
de vagues en vogue
à la recherche du grand chavirement,
j’habite des eaux troubles
où les mots ont le dos large,
alors que le sens se noie
et moi
je
scrolle
de ville en ville,
je scrolle
dans ce monde où vivent les trolls,
je me défile de mon mieux,
je surfe sans boussole.

J’habite
un temps qui n’avance
ni ne recule,
un temps opaque
dense
temps-écran,
j’aime ce temps,
de toute manière
dehors tout le monde est à cran,
alors je reste en dedans.

Dans ce lieu que j’habite,
je vous vois tous,
mais
je centre ma réflexion,
je me vois réfléchir
et je ne pense plus à rien d’autre,
je me vois tout le temps,
mimique d’attente
fausse écoute
l’attention flottante
combattant la pitié
en cheveux, bataille
en contreplongée
de chez moi
dans ce monde
à toute vitesse
sous la lumière
bleue
si loin de tes yeux,
je lis,
j’écoute,
je ris,
je commande,
je regarde,
je commente,
j’aime,
j’aime
pas.

Je me fâche,
je sors de mes gonds,
je masque souvent,
oui,
je masque aussi dans ce monde.

Je rentre mon numéro de carte de crédit,
je rentre mon code,
je change de code
parce que j’ai oublié mon code,
mais…
je ne décode toujours pas grand-chose
du trajet périlleux des baleines,
des poissons qui retournent au bercail,
du soleil qui s’éclipse, alors que le jour est en scène
de l’éveil assidu d’une abeille endormie,
ou de l’éclosion délicate d’une fleur de nénufar.

Je vois la vie en bleu
tous les jours
mon amour,
mais je ne vois plus tes yeux,
j’ai la batterie à terre
de moins en moins autonome,
j’ai besoin d’être prise en charge.

Et même si poppe une fenêtre d’alerte,
je l’ignore
et continue,
j’habite un monde
que je ne peux plus quitter,
je n’ai nulle part où aller,
mon amour.

Je m’abîme
avec une lenteur
si violente,
j’aimerais partir
partir à contrecourant
maîtriser le flux de mes pensées
courir dehors
crier ton nom
sortir d’ici,
mais pour aller où,
mon amour,
pour aller où?

Tu n’y es plus
dans ce monde
et tout ce qu’il me reste
c’est ce bleu,
cette lumière
bleue
qui me rappelle tes yeux. »

— Une citation de  Elkahna Talbi, autrice