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La réalité des travailleurs sociaux

Ça vaut le retour, ICI Première
Rattrapage du mardi 28 septembre 2021

La réalité des travailleurs sociaux

Une travailleuse sociale qui a quitté le réseau public lance un cri du coeur

Portrait de Marie-Pier Héroux sur la terrasse d'un restaurant, souriante.
La travailleuse sociale Marie-Pier Héroux lance un cri du coeur.PHOTO : gracieuseté
Ça vaut le retour, ICI Première
Ça vaut le retourPublié le 28 septembre 2021

Alors que toute l'attention est tournée vers les difficultés vécues par les infirmières depuis le début de la pandémie, d'autres travailleurs du réseau public de la santé vivent de la détresse, à l'insu du grand public. Une travailleuse sociale de Rouyn-Noranda, Marie-Pier Héroux, a lancé un cri du cœur sur les réseaux sociaux la semaine dernière.

Le 9 septembre 2021, elle a choisi de quitter le réseau public pour se lancer dans le privé. Il y a beaucoup de raisons. Le contexte de travail n’était pas super agréable avant la pandémie, mais depuis, c’est de pire en pire. Manque de reconnaissance, pression, la lourdeur des cas qu’on voit… Il y a de plus en plus de demandes et de moins en moins d’intervenantes, les listes de rappel pour les intervenantes sont vides, donc les postes vacants ne sont pas comblés. J’avais beaucoup de collègues en arrêt de travail aussi, donc tout ça m’a amenée à un arrêt de travail, témoigne Mme Héroux.

Cet arrêt de travail lui a permis de réfléchir pendant plusieurs mois et de faire le point sur sa carrière. J’ai réalisé, comme une grenouille dans un chaudron d’eau chaude, que je n’étais vraiment plus bien. Donc j’ai décidé de quitter le navire, un peu à contrecœur, dit-elle.

À contrecoeur parce que quand on décide de faire ce métier-là, on veut aider les gens, on veut aider les plus vulnérables, et j’ai l’impression d’abandonner mes collègues et d’abandonner la population la plus vulnérable, parce que c’est cette population-là qui se retrouve dans les CLSC et dans le réseau public plutôt que le privé, poursuit-elle.

Mais les conditions de travail étaient devenues trop difficiles pour elle, ce qui l’a poussée à se lancer au privé. D’une part, j’ai beaucoup plus d’autonomie. De l’autre, le salaire est vraiment meilleur. C’est certain que la clientèle avec qui j’oeuvre au privé, ce sont des travailleurs, ce sont des gens qui sont actifs, qui sont fonctionnels, donc les cas sont plus agréables à traiter, croit-elle.

Que serait-il arrivé si elle était restée dans le réseau public? Je ne sais pas, parce que je ne peux même pas m’imaginer être restée dans le public. J’avais deux choix devant moi, poursuivre ma pratique au privé ou changer de carrière complètement, lance-t-elle.

Selon elle, avec les années, la demande d’aide en santé mentale a continuellement augmenté, mais les ressources n’ont pas été bonifiées. Les ressources tendent même à diminuer, on nous a enlevé nos agendas, on nous a enlevé nos Post-its, on se ramasse à être plusieurs à devoir travailler dans le même bureau, c’est rendu un luxe d’avoir un bureau à nous seuls, donc je vous dirais vraiment que la demande grandit, mais les ressources diminuent. C’est ce qui ne fonctionne pas, affirme-t-elle.

Pour elle, des primes comme celles annoncées par le gouvernement du Québec pour convaincre les infirmières de revenir dans le réseau public sont loin d'être suffisantes.

« D’après moi, c’est insuffisant. Moi, si vous me donniez 20 000 $ pour que je retourne au travail demain, je vous dis non. Il s’agit vraiment de ma santé mentale. Je ne sais pas de quoi ça va avoir l’air dans plusieurs années, mais présentement, ce n’est pas l’argent qui suffit. Il est un peu tard pour venir proposer des salaires plus hauts. »

—  Marie-Pier Héroux, travailleuse sociale

Marie-Pier Héroux croit que les tragédies que l’on entend dans les nouvelles ces derniers mois, comme les drames familiaux, suicides et féminicides sont des conséquences directes du manque de services en travail social. La pandémie n’a fait qu’empirer la situation, dit-elle.

Quelles solutions propose-t-elle pour améliorer la situation? Ça prendrait une grosse réforme. Il y a trop de choses, je pourrais vous en parler pendant des heures. Mais déjà en partant, il manque de bureaux, de locaux, il y a le salaire, mais aussi la reconnaissance et les soins psychologiques. Moi, je trouve anormal, durant mon arrêt de travail, que je ne puisse pas avoir accès à un psychologue via mon programme d’aide aux employés, que je doive consulter d’autres travailleurs sociaux qui ont les mêmes outils que moi, lance-t-elle.

Mes assurances, si je veux rencontrer un psychologue pour m’aider à passer à travers de mon burn-out, me coûtent 500 ou 600 $ par mois, donc je suis aussi bien de consulter au privé à 100 $ la consultation pour avoir des soins. Ça, au niveau de mon travail, c’est essentiel. On écoute et on vit les problèmes des gens, leurs humeurs profondes, donc veux, veux pas, on finit par être affectés, avoue-t-elle.

Pour écouter l’entrevue complète, cliquez sur l’audiofil.