Son opposition au régime stalinien lui a valu le goulag, et le livre qu'il en a tiré a forcé l'Occident à ouvrir les yeux sur la réalité des camps soviétiques. Grâce à l'immensité de son témoignage et à la force de sa plume, Alexandre Soljenitsyne a ébranlé tout un système, comme le raconte l'historien Jean-Lévesque, spécialiste de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et de la Russie.
Alexandre Soljenitsyne vient du sud de la Russie. Il étudie en mathématiques, en physique et en littérature, domaine pour lequel il a un grand intérêt. En 1941, il est mobilisé pour la guerre. Grâce à ses études en mathématiques, il est envoyé dans l’artillerie, où il est officier et décoré trois fois.
Ses problèmes commencent peu après. Dans une correspondance avec un ami d’enfance, il critique le régime. « Il ridiculise Staline, qu’il appelle "le caïd" », raconte Jean Lévesque. Alexandre Soljenitsyne est envoyé dans une prison, puis dans un camp pour scientifiques. Après quelques années, il est transféré dans un camp plus dur au nord du Kazakhstan, où il découvre les conditions du goulag.
« Il découvre un monde en soi, avec ses codes de fonctionnement, avec sa langue. »
Le futur écrivain est libéré juste avant la mort de Staline. Puisqu’il ne peut s’installer à moins de 200 km de Moscou, il vit dans un village, où il enseigne les mathématiques. C’est le dégel de Nikita Khrouchtchev et l’on commence à parler des crimes de Staline. « Déjà en 1958, il est prêt à publier Ivan Denissovitch, qui raconte la journée typique, normale, sans joie ni grande peine, d’un détenu ordinaire. »
Le roman Une journée d'Ivan Denissovitch est finalement publié en 1962 dans la revue Novy Mir, « après que le directeur en a fait la lecture privée à Khrouchtchev ».
Alexandre Soljenitsyne reçoit le prix Nobel de littérature en 1970, avant la publication de son chef-d’œuvre, L’archipel du goulag, en 1973. « Il rencontre des anciens détenus, au moins 200. Il recueille leurs témoignages et il tente de faire une histoire de ce goulag, mais le sous-titre du livre est Essai d’investigation littéraire, donc il se donne certaines libertés artistiques », explique Jean Lévesque, qui raconte en détail l’incroyable écriture et la publication clandestine du roman.
Jean Lévesque explique comment ce roman ébranle le régime soviétique, qui exile l’écrivain. Notre invité dévoile ensuite les occupations d’Alexandre Soljenitsyne durant cet exil et analyse sa personnalité complexe.