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Disraeli : le portrait photographique d’un Québec rural à la recherche d’identité

Maxime Coutié anime Aujourd'hui l'histoire.
Disraeli : le portrait photographique d’un Québec rural à la recherche d’identité

Disraeli : le portrait photographique d’un Québec rural à la recherche d’identité

Aujourd'hui l'histoire d'un portrait photographique de Disraeli

Un homme joue du violon à l'extérieur. On voit une grange en arrière-plan. La photo est en noir et blanc.
La photo «Ti-Noir Lajeunesse, le violonneux aveugle», de Claire Beaugrand-Champagne, captée en 1972 dans le cadre d'un projet québécois de photographie maintenant exposé au Musée McCord Stewart.PHOTO : Claire Beaugrand-Champagne
Maxime Coutié anime Aujourd'hui l'histoire.
Aujourd'hui l'histoirePublié le 16 novembre 2022

À l'été 1972, quatre jeunes se sont installés à Disraeli, dans Chaudière-Appalaches, pour y photographier la population. Leurs photos ont ensuite été exposées, au grand déplaisir des notables locaux. Zoë Tousignant, conservatrice en photographie au Musée McCord Stewart, explique pourquoi ces photos ont fait scandale à l'époque.

Pour ce portrait, les photographes Claire Beaugrand-Champagne, Michel Campeau, Roger Charbonneau et Cedric Pearson accumulent 8000 négatifs, et les recherchistes Ginette Laurin et Maryse Pellerin réalisent 15 heures d’entrevues avec la population de Disraeli. « Le groupe avait l’intention de produire un genre de projection qui combinerait sons et images », précise Zoë Tousignant.

La photographie documentaire commence à apparaître au Canada à la fin des années 1960. Elle s’inscrit dans le militantisme des années 1970. Trois des quatre photographes du portrait font partie du Groupe d’action photographique (GAP), qui a cette « vision de représenter la vie du Québécois moyen », mentionne la conservatrice.

L’idée originale de ce portrait vient de Cedric Pearson, d’Ottawa. Il rencontre les membres du GAP à un vernissage de l’Office national du film à Ottawa. Rapidement, une volonté de collaboration prend corps. La ville de Disraeli est choisie.

La population accueille très bien les six membres de l’équipe. Ceux-ci mettent sur pied des mécanismes d’animation sociale et un plan précis d’intervention avec la population. « Ils voulaient faire participer les gens de Disraeli [au portrait], déclare Zoë Tousignant. Ils leur ont montré les outils photographiques afin qu’ils prennent eux-mêmes des images de leur communauté. » Ils réalisent des expositions sur place. « Pour eux, cette génération de photographes, c’était très important de remettre la photographie à son sujet. »

Un scandale

Dix-huit mois après avoir quitté Disraeli, le groupe publie une sélection de 18 images dans le magazine Perspectives, dont les 555 000 exemplaires sont insérés dans les grands journaux francophones de l’époque. Les notables de la ville dénoncent « une vision présentée fausse où on montre seulement les aspects plus pauvres et plus ruraux », note Zoë Tousignant.

En général, les gens de Disraeli sont déçus et se rangent derrière leurs représentants. Le chroniqueur du Devoir Pierre Vallières prend la défense des photographes. La polémique éclate. « C’était la première fois au Québec que la photographie, que les enjeux éthiques de la photographie étaient débattus de façon très publique », affirme-t-elle.

En terminant, la conservatrice raconte brièvement comment d’autres exercices photographiques du même genre ont tenté de représenter le Québec de l’époque.